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(O) BOUTEILLER, Gaël (de) – Poèmes (Sélection)

Sujet verrouillé
UtilisateurMessage

16:44
3 décembre 2011


bruissement

Membre

messages 235

1

Bonjour à tous les donneurs et donneuses de voix

Je soumets à vos suffrages, avec l'accord de l'auteur, une sélection de poésies de Gaël de Bouteiller qui publie dans la revue « Poésie Directe »

version audio:

http://dl.free.fr/f3zgQm0zc

version texte:

A travers les sublimes pâleurs des oasis de mon pays

Et des arbres irréels, perlent les dures lumières.

Sur mon rocher, sur hier, je me suis assis.

A mon côté, le lac des pleurs amers

Où j'ai trempé l'âme d'acier,

Plus loin, mon char attend de dévaler

Des contrées inconnues aux lueurs nouvelles.

D'or, je grave mon nom dans le ciel.

Messager blessé des temps désespérés,

Mon chant s'évapore comme une douce rosée:

J'annonce la joie d'être abandonné.


Nous rêvions d'un désespoir

Si noir qu'il pût illuminer

Le bitume d'atroces trottoirs

Et assombrir le passé

Nous voulions cueillir l'espoir

Dans d'autres champs

Que les sillons du présent,

Et briser tous les miroirs,

Oublier le temps

Qui assèche nos abreuvoirs.


J'irai casser tous vos jouets

Et déranger les places dans la nuit;

Meurtrir vos rêves

Et mettre aux fers vos enfants,

Repousser vos projets

Et abolir vos droits.


Je vous tendrai des miroirs sans fard,

Raboterai vos paysages.

Nos milices laisseront un goût sauvage de ruine

Dans votre histoire.


Vos richesses vous condamneront,

La pauvreté vous aveuglera,

Vos oeuvres périront.


Et au coeur de ces heures

Des larmes vous accuseront….


Je tisserai alors le linceul de votre être

Dans votre appel éperdu

_ dit le Temps.


Partons, ô mon coeur, ô mon âme,

Et toi aussi mon corps, allons

Tous trois boire à la flamme

Qui nous assèche au fond.

Que l'âme parte devant,

Le coeur dans la main

Le corps ira suivant,

Il arrivera demain matin.

Passez la nuit en prière,

La chair veillera

A vos souhaits de lumière

Tant qu'elle pourra.

Que l'âme parte devant,

Ne vous trompez pas de chemin,

Le corps ira suivant,

Il arrivera demain matin.


Mon espoir se meurt

Les balises sont restées au port

Et le ciel est si bas

Si bas que mes larmes le mouillent.

Nous étions partis de bon matin

Et puis…Rien!

Mon espoir est un grand blessé

D'une guerre de tranchées…

Qui pourrait encore reconnaître son visage enfantin?


J'avais marché de longues années,

Traversé des villages amicaux et familiers

Et des forêts aux paroles de vent étranges.

J'ai été le jeu des étoiles filantes.


Enfant une montagne m'appelait

L'horizon est plus loin que l'on pourrait croire

Mais j'ai joint la crête ce soir!

Et une table m'attendait…


Je t'ai cherché

D'abord dans mes nuits,

Dans mon lit.

Je t'ai cherché

Parmi les côteaux des villes,

Dans les ruelles rouges.

Je t'ai cherché

Dans l'homme et la femme;

Dans les creux de mon âme.

Je t'ai cherché

Dans la soif et la faim,

Dans les danses et le vin.

Je t'ai cherché

A l'écart du monde, aux lumières fécondes

En solitude, en pauvreté, en liberté et en beauté.

Je t'ai cherché

Du plus fort de mes forces

Avec la volonté de l'impie.

Je t'ai cherché

Le long des bibliothèques,

Dans la nature comme architecte.

Je t'ai cherché

A travers mes mains, dans l'attention à Toi,

Dans les regards de l'intelligence

Ou de l'indigent sans défense.

Je t'ai cherché

Sur les sentiers de mon Europe,

Par toute la terre,

Sous-sols et monastères.

Je t'ai cherché

Sens dessus dessous,

Abandonné aux ondes,

Je t'ai cherché.

J'ai voulu te concevoir

Et nous voilà ce soir!

Je t'ai cherché,

Et j'ai froid

Perdu en moi.

Je t'ai cherché

Avidement,

Et si je ne t'ai pas saisi,

J'ai appris à t'aimer.


Viens prends ma main

Nous allons bercer

Des rythmes sereins.

Allons à côté

Dans le jardin,

Tu verras les fleurs

Qui naissent sur ma terre.

Tu verras mon coeur

Comprendras ses mystères.


Il est si facile de s'écarter un peu.


Baisse les cils

Sur tes si beaux yeux.

Je te donnererai mon domaine,

Mes élans vers Dieu.

Je t'apprendrai mes peines,

Tu me consoleras un peu.

Viens, prends ma main,

Viens ma Confiance,

Sur des rythmes sereins,

Allons à nos espérances.


De la paix, nous n'avions que le nom,

Elle semblait triste

A mon corps assoiffé d'excès.


Hier nous apprend nos faiblesses.

Dans l'holocauste de l'amour

Peu de place pour les armes:

Nous les avons redéfinies

Avec les forces, les champs d'investigations,

Les combats, les luttes….

Au service d'un seul chef, le Christ.


Pauvrement vêtus, de vulgaires sacs,

L'amour dans les mots

Et la seconde joue en bandoulière.


Aujourd'hui de la paix, nous avons un certain sens,

Et l'empreinte de nos pas allégés

Espère laisser un peu de sa vie,

De son temps à Elle.


Si s'élargit la réalité pour nos regards,

Alors un jour arrive où la raison s'émerveille.


Ce que vous m'avez donné

Je l'ai offert,

L'or, je l'ai dilapidé

Comme j'ai pu.


Puis les genoux plantés en terre,

J'ai essayé la prière.

Mon sillon d'homme,

Mes forces ont travaillé à sa profondeur.

Toute ma volonté, mes nerfs

D'enfant du décalage

Sont en partage pour la bataille.


Reste dans mes mains vides

Un visage:

Mon âme qu'elles te tendent,

Comme ça.

Comme il s'en allait,

Bercé de souvenirs défunts,

Il les prit d'un air distrait

Dans la paume de sa main.


Puis les jeta sur la table

Avec une nonchalance équivoque,

Le temps est bien du sable

Et le navire prend l'eau par la coque.


Ma mémoire est un automne

Aux mille feuilles séchées

Et moi je suis un homme

Qui aime à cultiver.


J'ai bien des horizons

De tous mes voyages,

J'arrache le masque des mirages

Et m'achemine sans cesse à une moisson.


Nous offrirons ces fruits

Aux saveurs essentielles

Pour faire goûter le ciel

A ceux qui logent ici.


Viens

Comme l'extrême espérance!

Tu viens

Contre toute attente!


Viens

Ne lasse pas l'absence

Les vides ennuient.

Tu viens

Echos des prières!


Viens

Déchirer le silence!

Tu viens au coeur des corps

Vêtu de lumière


Viens

Répondre à la litanie des siècles!

Et à l'heure de la mort.

Tu viens

Révéler le visage du temps

A nos philosophies endormies,,

Révéler à nouveau la vie

Aux âmes saoules de patience et de veille.

Viens, toi

Qui n'oublieras pas

De t'incliner

Devant le vide

Le pauvre inconnu

En signe

De remerciement


Car ce geste

T'était naturel.


Viens, la lumière

De tes yeux et de ton coeur

Nous fera passer l'hiver.


J'ai des trésors plein ma cave

Souvenir, plaisirs et réjouissances.

Dans un petit coffre, les perles

Des amitiés échangées.

Mais il ne veut tenir nulle part

Le bien le plus précieux:

Ce temps que tu m'as donné.


Tu es mon véhicule,

L'oiseau des matins,

Le silence nocturne,

L'instant qui bouscule.

Tu es le quotidien

L'univers qui respire.

Tu es l'unique

Preuve du présent

Incertain qui s'en va,

Le coeur du réel.

Tu es la promesse

Faite au coeur de chair

Le petit bonheur et la grâce,

Notre humanité et sa fin.

Tu es la voile et le vent,

La mer et l'esquif,

Et le phare souriant.


Ta couronne s'effeuille

Et disperse ses pétales

Au souffle du temps.


Résonances du Verbe en prière,

Qui sur les lèvres ardentes

Ou sous les plumes ailées se révèlent.


Je cherche à te nommer

Et t'appelant, je t'approche,

Vers toi, ma langue se délie.


Coeur du livre de vie,

Naturellement fécond en son rythme,

En sa respiration, le Verbe nomme.


Tu es la clef du sens, si je l'oublie

La Substance de la réalité s'échappe

Et je laisse une porte close.


Comme toute raison perd sa cause

Lorsqu'à travers les effets

Nous cessons de Te voir vivant.


Dans la brise fraîche,

Dans le rayon ardent,

Dans le plus tumultueux des vents

Et dans la sécheresse,

Dans la nature en fête,

Dans l'hiver piquant de froid,

Dans l'ombre des bois

Et partout où je m'arrête,

Que ton regard, Seigneur,

Partout m'accompagne,

Jusqu'à cette montagne

Que ma foi transporte avec ferveur.


L'oeil vert enlacé

De ses mille cheveux

Me renvoie le baiser

De ces malheureux

Qui, comme moi, croient

Que la vie est un songe

Où l'on meurt sans effroi,

Sans risque ni peur.

Oubliant le malheur

Qui la frappe,

Qui me frappe,

Qui me tue

Et la tue,

Qui l'aime et que j'aime.

L'oeil vert enlacé

De ses mille cheveux

Me renvoie le baiser

Que je n'ai pas donné.

Que deviendra-t-il

Notre petit exil?

Ce fragile champ clos,

Notre armure de fleurs…

Que deviendra-t-elle

Ma peau

Sans celle

Qui veille sur un berceau?


Elle passe la caravane,

La caravane des âmes,

Traversant les cultes

Et des vents de perdition,

Avec ses fous, ses ânes

Et ses dompteurs de tumulte.

Tout un peuple aux noms improbables.

Elle passe la caravane,

La caravane des âmes…

Nous sommes les pauvres gueux,

Les gueux de l'Eternité

Et nous soulevons sous nos pieds

La poussière des villes jusqu'aux cieux!

J'aime m'asseoir et m'emplir d'Esprit.

Nous sommes la caravane,

La caravane des pauvres âmes.

Il y a pour nous la conscience

Et les talents prostrés,

Des dons qui ont perdu sens

Dans l'ivresse et la nécessité

Des temps,

Un renversement

Pour ordonner.

La caravane passe

Sur les bonheurs et les fatalités…

17:20
3 décembre 2011


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