Vous devez être identifié(e) pour écrire un message Connexion S’enregistrer

Recherche 
Rechercher dans les Forums:


 




(O) DEGANDT, Alain – Lamentations d’un chien-prétexte

Sujet verrouillé
UtilisateurMessage

10:25
20 mars 2020


Alain Degandt

Membre

Haute-Vienne/France

messages 225

1

Bonjour à tous,

Face à l'adversité, essayons de garder si possible notre humour, notre bonne humeur et notre fantaisie. Je vous espère tous en bonne santé, ainsi que vos proches et je soumets à votre approbation ce texte court :


 

 

LAMENTATIONS D'UN CHIEN-PRÉTEXTE

 

Je suis un clébard de base, un clebs dûment estampillé bâtard (je possède tous les certificats et tampons officiels requis). Les enfants m'appellent Ul', mon charmant maître : Ducon (il m'adore !) et ma maîtresse : Ulysse, qui est mon nom officiel, celui qui est inscrit sur ma carte d'identification.

Comme mon célèbre homonyme et comme le non-moins célèbre Jason, son compatriote argonaute, j'aime les beaux voyages.

En premier lieu, et en temps ordinaire, j'aime l'agrément que me procurent mes trois promenades quotidiennes dans le quartier où je réside avec la famille de mes sympathiques propriétaires. C'est pour moi comme un petit cabotage (voyage d'un cabot ?) côtier autour de mon Ithaque perso. Je musarde. Patte en l'air, je m'attarde au pied d'un arbre, d'un lampadaire ou d'un bas de pantalon, et mon p'tit robinet émet rapidement deux ou trois giclées de pipi qui disent : « - Ulysse est passé ici et il a conquis ce territoire, qu'on se le dise ! » Un genre de drapeau d'appropriation unilatérale, comme au bon vieux temps de la colonisation, en quelque sorte.

 

J'aime tirer sur ma laisse (parfois jusqu'à m'étrangler) et, lorsque mon maître ou ma maîtresse s'arrête pour bavarder avec un voisin ou une copine, je me montre impatient et jaloux : je ne tarde pas à les ficeler comme des saucissons, en exécutant une danse de sioux autour de leurs guibolles (ça me fait toujours marrer intérieurement, je suis resté très primesautier malgré mon âge).

 

J'aime draguer les femelles en allant me frotter la truffe contre la leur, la queue frétillante.

 

J'aime, j'ai honte à le dire, aller renifler le derrière de mes coreligionnaires pour savoir s'ils sont ennemis ou amis (méthode infaillible qui mérite quelques petits sacrifices olfactifs).

 

Après avoir, d'un rapide coup d'œil expert, bien vérifié qu'il est dûment harnaché et réglementairement muselé, j'aime aboyer à la face baveuse d'un bouledogue ou d'un rottweiler, jusqu'à m'en faire péter les cordes vocales haut-perchées de petit-roquet-à-sa-mémère-du-seizième-arrondissement.

 

J'aime, davantage encore, aboyer aux mollets de notre voisin Adolphe, un nostalgique du Maréchal Pétain, qui fait son jogging en treillis militaire, genre le beauf' du regretté Cabu.

 

Mais ce dont je raffole, ce sont les sorties du week-end, à la campagne. Là, on me libère de mes chaînes et j'en profite un max. Je me défonce : je gambade, je batifole, je poursuis tout ce qui bouge, je joue, j'exécute des roulades, j'essaie d'attraper les feuilles et les papillons au vol, je rapporte avec une soumission fidèle les bâtons ou la ba-balle des adultes (c'est vraiment pour leur faire plaisir à ces deux grands nigauds), j'essaie de choper les bulles de savon fabriquées par les enfants (ils vont bien dans les traces de leurs géniteurs, ces deux morveux) etc.

 

Or, il y a quelques jours, le gouvernement a pris un arrêté décrétant le confinement obligatoire de la population, sur l'ensemble du territoire, en raison d'une grave épidémie mondiale qui se propage à la vitesse d'un cheval au galop, comme la marée montante sur les sables mouvants de la baie du Mont Saint-Michel, et qui répand la mort sur son passage.

 

Un seul mot d'ordre : RESTEZ CHEZ VOUS !

 

Il s'en suit toute une liste d'interdictions et de restrictions dont j'ignore le détail, mais qui font que dorénavant, mes maîtres n'étant plus autorisés à sortir de leur domicile (qui est aussi le mien), je me les coltine 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 sur le paletot, ce qui est bien plus pénible que d'être assailli par un black block de puces et de tiques !

 

Mais le pire est ailleurs : à ces obligations fixées par le gouvernement, il existe quelques possibilités de dérogations, parmi lesquelles, paraît-il, celle au motif certifié sur l'honneur, coché, daté et signé, de « déplacements brefs, à proximité du domicile, liés […] aux besoins des animaux de compagnie. »

 

Vous pensez bien que ceci n'a pas échappé à l'attention perfide de ma petite famille Tartempion !

 

Alors, depuis hier je vis un véritable calvaire. On me force, à l'aide d'un entonnoir (comme le pauvre Fernandel, dans le film François Ier), à absorber des litres et des litres d'eau, de soupe, de cidre et de bière (heureusement sans alcool), de café, de thé, de camomille (Beurk!), dans lesquels ils dissolvent, ces pervers, quelques cachets de diurétique !

 

Pour favoriser la grosse commission, ils mêlent à la viande de ma pâtée : des épinards, des lentilles, des blettes, des poireaux, etc. Ma maîtresse y est même allée d'une série de cinq suppositoires laxatifs glycérinés ! Du coup, j'ai la désagréable impression que mon transit intestinal accomplit le trajet du pylore au rectum en première classe du TGV, les jours où celui-ci n'est pas tombé en panne de caténaire !

 

Quant à Charles-Édouard, le petit dernier (très calme, seulement quand il dort), il s'assied de tout son poids de façon sadique sur mon ventre, à m'en faire éclater les boyaux et la vessie ! Des vrais malades, je vous dis ! C'est à désespérer de la race humaine !

 

Et tout ce cirque, simplement pour pouvoir, grâce à mon sacrifice, sortir chacun à tour de rôle pour me promener, jusqu'à des vingt ou trente fois tout au long de la journée et en toute légalité, afin de s'extraire des quatre murs de leur prison dorée !

 

Moi qui comptais passer cette maudite période de confinement tranquille-peinard, vautré sur les coussins du canapé, à écouter des audio-livres comme : « L'appel de la forêt » , « Croc-blanc » ou « Le Roman de Miraut, chien de chasse » sur le merveilleux site totalement GRATUIT de Littérature-audio(*) , tiens, BERNIQUE !

 

 

© Alain DEGANDT – Écrit en situation de confinement obligatoire, face à l'épidémie du virus covid-19, le18/03/2020.

 

(*) http://www.litteratureaudio.com

11:28
20 mars 2020


Jean-Pierre Baillot

Membre

messages 347

2

O

C'est exactement ce dont nous avions besoin. Merci Alain.

Mon fidèle Max me trouve même plus fréquentable qu'à l'habitude depuis qu'il a lu votre texte (par dessus mon épaule).

11:46
20 mars 2020


Pomme Arnaudon

Membre

France

messages 1130

3

O

OUI OUI à ce retour en si joyeuse forme!

12:24
20 mars 2020


Bruissement

Membre

Dijon/France

messages 592

4

Le point de vue qui manquait!

O

13:15
20 mars 2020


Domi

Membre

Ile de France

messages 297

5

O  O O 

Même mes chats qui ont un balcon approuvent. 


14:14
20 mars 2020


Esperiidae

Membre

Esperiidae

messages 162

6

😂

mais OUI, non d'un chien ! 🐶

16:30
20 mars 2020


Ahikar

Membre

ahikar

messages 439

7

O

Attention, bientôt le drone sera obligatoire !

 

https://www.koreus.com/video/drone-promene-chien.html

 

 

18:41
20 mars 2020


Christine Sétrin

Modérateur

Castellón, Espagne

messages 823

8

O

En Espagne, nous avons quelques jours d'avance sur le confinementLangue tirée

(PS: Une fois n'est pas coutume, je partage une foto dont je ne connais pas l'auteur… EmbarasséRigolant)

14:31
21 mars 2020


Carole

Modérateur

Paris

messages 2985

9

O

 

A propos du forum Litterature audio.com

Actuellement en ligne :

6 Invités

Nombre max. d’utilisateurs en ligne : 165

Forums :

Groupes : 2

Forums : 11

Sujets : 2902

Messages : 15390

Membres :

Il y a 8010 membre(s)

Il y a 109 invité(s)


Augustin a rédigé 1956 message(s)

Auteurs les plus prolifiques :

Carole – 2985

Victoria – 1790

Prof. Tournesol – 1508

Pomme Arnaudon – 1130

Vincent de l'Epine – 1079

Administrateurs : Augustin | Modérateurs : Augustin, Carole, Christine Sétrin, Vincent de l'Epine