Vous devez être identifié(e) pour écrire un message Connexion S’enregistrer

Recherche 
Rechercher dans les Forums:


 




(O) SEYLLER, Sandrine – Le Matriarcat ou la révolte des hommes

Sujet verrouillé
UtilisateurMessage

0:55
31 juillet 2015


Sandrine Seyller

Membre

messages 42

1

Bonjour,

Je vous propose un court texte intitulé Le Matriarcat ou la révolte des hommes où je me suis permis d’inverser les règles, où ce sont les hommes qui portent le voile et non les femmes. J’avais écrit ce texte il y a bien longtemps et c’est en découvrant le film Jacky au royaume des filles, basée sur la même idée, que j’ai eu envie de le présenter.

Bonne lecture,

Sandrine

 

 

 

 

Le Matriarcat ou la révolte des hommes

 

 

 

 

C'était un pays où sévissait le matriarcat. Les hommes n'avaient pas d'identité. Seules les femmes en avaient une. Et pour mon plus grand malheur j'étais né homme. Oui pour mon plus grand malheur ! Car j'étais obligé de regarder le monde à travers un voile noir qui me couvrait entièrement le visage. Ah ! combien de fois n'ai-je pas eu envie de me révolter et de déchirer ce voile pour voir le monde dans toute sa splendeur ! Combien de fois n'ai-je pas rêvé que le soleil venait délicatement me caresser la peau du visage ! Mais tout cela n'était que des rêves, car les femmes m'avaient condamné à vivre dans l'ombre. — Ah ! pourquoi n'était-ce pas un homme qui avait écrit notre Constitution ? Car je suis absolument sûr et certain que si c'était un homme qui avait écrit notre Constitution, aujourd'hui ce seraient les femmes qui vivraient voilées et non les hommes. Oui tout avait été fait pour les femmes, et rien pour les hommes ! C'était comme dans le pays voisin où l'on disait que l'homme avait été créé à partir de la côte de la femme. — Encore un écrit de femmes ! ne pus-je m'empêcher de m'exclamer. Et le pire c'est que nous ne nous révoltons pas ! Aucun homme ne semble jamais s'être rendu compte que si ce fût un homme et non une femme qui écrivit ce texte, ce serait la femme qui serait née de la côte de l'homme et non l'inverse. — Mais tout ça doit changer, TOUT ÇA DOIT CHANGER ! ai-je alors crié soudain. Nous allons réécrire les textes ! Oui nous les hommes allons réécrire l'Histoire. Et la femme n'aura plus le premier rôle !

Je suis alors allé voir d'autres hommes qui eux aussi vivaient voilés. Je ne les connaissais que par la voix. Oui que par la voix ! Car nous les hommes n'étions que des voix enfouies derrière un voile noir. Mais je me doutais bien qu'il y aurait des réticences. Les hommes avaient peur. Oui les hommes avaient vraiment peur des femmes ! — Nous n'avons déjà plus que la voix ! me dit l'un d'eux. Et si en nous révoltant nous perdions la seule chose qui nous reste ? Si notre révolte n'aboutissait qu'à une défaite, les femmes ne voudraient-elles pas nous punir cruellement ? Et ne risqueraient-elles pas alors de nous arracher la langue ? Nous ne pourrions même plus parler. — Oui ! dit alors un autre homme, rappelez‑vous ce que les Amazones faisaient aux hommes qui tentaient de se rebeller. Cruel matriarcat ! On dit même qu'elles mutilaient leurs enfants mâles à la naissance, les aveuglant ou les rendant boiteux. On dit même encore qu'elles pouvaient aller jusqu'à les tuer, et qu'à certaines époques elles s'unissaient à des étrangers pour perpétuer la race, et ne gardaient que les enfants de sexe féminin. Aussi je ne suis pas sûr que de nous révolter améliorerait notre sort. Bien au contraire. Cela pourrait être pire ! Nous pourrions alors voir se lever une aurore sanglante, où tous les hommes qui se révolteraient seraient impitoyablement tués, déchiquetés par la monstrueuse bestialité des femmes. Non ! Je vous le dis, nous devons être sages et subir, plutôt que de nous voir immoler sur l'autel ensanglanté de la Constitution. Non ! n'offrons pas aux femmes de raison pour nous tuer. Préférons la vie à la mort ! Abandonnons toute idée de révolte !

L'homme se tut. A ce moment une phrase d'Homère me revint en mémoire : « Tout esclavage, fût‑il le plus juste, est une cage et une prison publique pour l'âme. Il enlève au mortel la moitié de sa valeur. » Tout esclavage, fût‑il le plus juste : je voyais bien là la révolte intérieure d'un homme qui avait néanmoins accepté les lois de la théocratie. Car en vérité il n'y a pas de juste esclavage. Pas plus qu'il n'y a de dieux au-dessus de nos têtes. Nous sommes nos propres maîtres ! Et ça les plus grands hommes depuis tout temps l'ont toujours su. Naturellement qu'ils le savaient, puisque c'étaient eux-mêmes qui nous avaient imposé des dieux pour nous sortir de notre bestialité. Mais les temps ont changé. La pensée a évolué. Oui la pensée a évolué, même si la nature humaine – elle – reste inchangée. Que dire alors ? Que les démocraties tiennent mieux les hommes que les religions et que les lois sont plus efficaces que les sermons. Que la conversion des idéaux éthiques en institutions représente ce que l'humanité a accompli de plus grand ces derniers siècles pour l'égalité des conditions. Une égalité concrète et non plus abstraite.

Je m'arrêtai un instant de réfléchir. Pendant quelques minutes j'avais complètement oublié les hommes qui m'entouraient. Ou plutôt les voiles noirs ! devrais-je dire. Et soudain reprenant pleinement conscience de l'horrible réalité dans laquelle je vivais, je ne pus réprimer un cri qui semblait venir de loin, de très très loin, comme jailli des entrailles de l'univers. Je le sentis monter en moi comme un raz-de-marée, et quand il déferla je sus que ce cri c'était moi, et je CRIAI : — Je sais ce que je veux. Je veux être libre. Je veux être moi-même. Plutôt mourir que d'être esclave. Non ! Je ne serai pas un homme à qui on enlève la moitié de sa valeur. Je serai ou ne serai pas !

 

5:02
31 juillet 2015


cocotte

Membre

messages 879

2

O

Excellent !

7:49
1 août 2015


Pomme Arnaudon

Membre

France

messages 1139

3

Ce texte me provoque un léger malaise: pourquoi avoir transposé ce problème d' »esclavage » chez les hommes pour aboutir à ce cri final? Doit-on en conclure que les femmes ne sont pas capables d'arriver à cette réflexion et cette révolte? Je pense que ce n'est pas votre intention, Sandrine, mais telle est ma réaction à la lecture de votre texte.

Pomme

14:51
1 août 2015


Bruissement

Membre

Dijon/France

messages 598

4

O

Bien sûr que les femmes (du moins certaines d'entre elles) peuvent arriver, seules, à cette réflexion. Cependant, les hommes (du moins un bon nombre d'entre eux), moins enclins à la rétrospection, eux,  ont parfois besoin, de se sentir concrètement pris dans les rêts de l'esclavage, pour prendre la mesure de l'oppression, et en tirer les conclusions adéquates. C'est l'honneur de la femme de savoir inverser la situation pour la rendre compréhensible par l'homme de bonne volonté, de façon à ce qu'il lui redonne la liberté.

Bravo Sandrine et merci.


15:52
1 août 2015


Bruissement

Membre

Dijon/France

messages 598

5

Aïe! que ne me suis-je relue! Je voulais parler « d'introspection » (plutôt que de rétrospection) de réflexion sur sa façon de se comporter avec autrui, comme par exemple une propension à dominer son conjoint etc…

12:30
12 août 2015


Jean-Pierre Baillot

Membre

messages 347

6

Je me suis fait, à la lecture, la même réflexion que Pomme.

Cela dit, j'avais un voile sur les yeux !

17:38
21 août 2015


Carole

Modérateur

Paris

messages 2985

7

Sandrine Seyller a écrit :


Merci pour vos votes et vos commentaires.

L’exercice était difficile.

La révolte n’est pas toujours facile.

 

D’ailleurs Jean-Pierre, enlevez votre voile et révoltez-vous !   Clin d'oeil

 

Amicalement,

Sandrine


 

A propos du forum Litterature audio.com

Actuellement en ligne :

7 Invités

Nombre max. d’utilisateurs en ligne : 165

Forums :

Groupes : 2

Forums : 11

Sujets : 2924

Messages : 15464

Membres :

Il y a 8026 membre(s)

Il y a 109 invité(s)


Augustin a rédigé 1956 message(s)

Auteurs les plus prolifiques :

Carole – 2985

Victoria – 1790

Prof. Tournesol – 1508

Pomme Arnaudon – 1139

Vincent de l'Epine – 1095

Administrateurs : Augustin | Modérateurs : Augustin, Carole, Christine Sétrin, Vincent de l'Epine