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BAUDELAIRE, Charles – Une charogne (Poème)

UtilisateurMessage

16:21
15 avril 2008


Augustin

Admin

Paris

messages 1955

1

BAUDELAIRE, Charles – « Une charogne »

(Recueil : Les Fleurs du mal, 1857)


Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
         Ce beau matin d’été si doux :
Au détour d’un sentier une charogne infâme
         Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,
         Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
         Son ventre plein d’exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
         Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
         Tout ce qu’ensemble elle avait joint ;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
         Comme une fleur s’épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l’herbe
         Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
         D’où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
         Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague,
         Ou s’élançait en pétillant ;
On eût dit que le corps, enflé d’un souffle vague,
         Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,
         Comme l’eau courante et le vent,
Ou le grain qu’un vanneur d’un mouvement rythmique
         Agite et tourne dans son van.

Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve,
         Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève
         Seulement par le souvenir.

Derrière les rochers une chienne inquiète
         Nous regardait d’un œil fâché,
Épiant le moment de reprendre au squelette
         Le morceau qu’elle avait lâché.

— Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
         À cette horrible infection,
Étoile de mes yeux, soleil de ma nature,
         Vous, mon ange et ma passion !

Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,
         Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,
         Moisir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
         Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
         De mes amours décomposés !

 

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