| Utilisateur | Message |
|
20:58 29 janvier 2009
| Augustin
Admin
| | Paris | |
|
| messages 1914 |
|
|
DIVERS – 13 Poèmes célèbres mis en musique
Source : Club des Poètes.
Alfred de Musset – À Pépa (recueil : Premières poésies)
Pépa, quand la nuit est venue, Que ta mère t'a dit adieu ; Que sous ta lampe, à demie nue, Tu t'inclines pour prier Dieu ;
A cette heure où l'âme inquiète Se livre au conseil de la nuit ; Au moment d'ôter ta cornette Et de regarder sous ton lit ;
Quand le sommeil sur ta famille Autour de toi s'est répandu ; O Pépita, charmante fille, Mon amour, à quoi penses-tu ?
Qui sait ? Peut-être à l'héroïne De quelque infortuné roman ; A tout ce que l'espoir devine Et la réalité dément ;
Peut-être à ces grandes montagnes Qui n'accouchent que de souris ; A des amoureux en Espagne, A des bonbons, à des maris ;
Peut-être aux tendres confidences D'un coeur naïf comme le tien ; A ta robe, aux airs que tu danses ; Peut-être à moi, peut-être à rien.
|
|
|
21:31 29 janvier 2009
| Augustin
Admin
| | Paris | |
|
| messages 1914 |
|
|
Alfred de Musset – Chanson (recueil : Poésies nouvelles)
À Saint-Blaise, à la Zuecca, Vous étiez, vous étiez bien aise À Saint-Blaise. À Saint-Blaise, à la Zuecca, Nous étions bien là.
Mais de vous en souvenir Prendrez-vous la peine ? Mais de vous en souvenir Et d’y revenir,
À Saint-Blaise, à la Zuecca, Dans les prés fleuris cueillir la verveine ? À Saint-Blaise, à la Zuecca, Vivre et mourir là !
|
|
|
21:38 29 janvier 2009
| Augustin
Admin
| | Paris | |
|
| messages 1914 |
|
|
Alfred Jarry – La chanson du décervelage (extrait de la pièce Ubu cocu)
Je fus pendant longtemps ouvrier ébéniste Dans la rue du Champ d' Mars, d' la paroiss' de Toussaints. Mon épouse exerçait la profession d' modiste, Et nous n'avions jamais manqué de rien.
Quand le dimanch' s'annonçait sans nuage, Nous exhibions nos beaux accoutrements Et nous allions voir le décervelage Rue d' l'Échaudé, passer un bon moment.
Voyez, voyez la machin' tourner, Voyez, voyez la cervell' sauter, Voyez, voyez les rentiers trembler ; Hourra, cornes-au-cul, vive le père Ubu !
Nos deux marmots chéris, barbouillés d' confitures, Brandissant avec joie des poupins en papier, Avec nous s'installaient sur le haut d' la voiture Et nous roulions gaîment vers l'Échaudé.
On s' précipite en foule à la barrière, On s' fich' des coups pour être au premier rang ; Moi j' me mettais toujours sur un tas de pierres Pour pas salir mes godillots dans l'sang.
Voyez, voyez la machin' tourner, Voyez, voyez la cervell' sauter, Voyez, voyez les rentiers trembler ; Hourra, cornes-au-cul, vive le père Ubu !
Bientôt ma femme et moi nous somm's tout blancs d' cervelle Les marmots en boulottent et tous nous trépignons En voyant l' Palotin qui brandit sa lumelle, Et les blessur's et les numéros d' plomb.
Soudain j' perçois dans l' coin, près d' la machine, La gueul' d'un bonze qui n' m' revient qu'à moitié. Mon vieux, que j' dis, je r'connais ta bobine, Tu m'as volé, c'est pas moi qui t' plaindrai.
Voyez, voyez, la machin' tourner, Voyez, voyez la cervell' sauter, Voyez, voyez les rentiers trembler ; Hourra, cornes-au-cul, vive le père Ubu !
Soudain j' me sens tirer la manche par mon épouse : Espèc' d'andouille, qu'ell' m' dit, v'là l' moment d' te montrer : Flanque-lui par la gueule un bon gros paquet d' bouse, V'là l' Palotin qu'a just' le dos tourné.
En entendant ce raisonn'ment superbe, J'attrap' sus l' coup mon courage à deux mains : J' flanque au rentier une gigantesque merdre Qui s'applatit sur l' nez du Palotin,
Voyez, voyez la machin' tourner, Voyez voyez la cervell' sauter, Voyez voyez les rentiers trembler ; Hourra, cornes-au-cul, vive le père Ubu !
Aussitôt j' suis lancé par-dessus la barrière, Par la foule en fureur je me vois bousculé Et j' suis précipité la tête la première Dans l' grand trou noir d'où s' qu'on n' reviens jamais.
Voilà c' que c'est qu' d'aller d' promener l' dimanche Rue d' l'Échaudé pour voir décerveler, Marcher l' Pinc'-Porc ou bien l' Démanch'-Comanche, On part vivant et l'on revient tudé.
Voyez, voyez la machin' tourner, Voyez, voyez la cervell' sauter, Voyez, voyez les rentiers trembler ; Hourra cornes-au-cul, vive le père Ubu !
|
|
|
21:40 29 janvier 2009
| Augustin
Admin
| | Paris | |
|
| messages 1914 |
|
|
Charles Cros – À ma femme endormie (recueil : Le collier de griffes)
Tu dors en croyant que mes vers Vont encombrer tout l'univers De désastres et d'incendies ; Elles sont si rares pourtant Mes chansons au soleil couchant Et mes lointaines mélodies.
Mais si je dérange parfois La sérénité des cieux froids, Si des sons d'acier ou de cuivre Ou d'or, vibrent dans mes chansons, Pardonne ces hautes façons, C'est que je me hâte de vivre.
Et puis tu m'aimeras toujours. Éternelles sont les amours Dont ma mémoire est le repaire ; Nos enfants seront de fiers gas Qui répareront les dégâts, Oue dans ta vie a faits leur père.
Ils dorment sans rêver à rien, Dans le nuage aérien Des cheveux sur leurs fines têtes ; Et toi, près d'eux, tu dors aussi, Ayant oublié, le souci De tout travail, de toutes dettes.
Moi je veille et je fais ces vers Qui laisseront tout l'univers Sans désastre et sans incendie ; Et demain, au soleil montant Tu souriras en écoutant Cette tranquille mélodie.
|
|
|
21:42 29 janvier 2009
| Augustin
Admin
| | Paris | |
|
| messages 1914 |
|
|
Clément Marot – Languir me fais (recueil : L'Adolescence clémentine)
Languir me fais sans t'avoir offensée : Plus ne m'écris, plus de moi ne t'enquiers. Mais nonobstant autre Dame ne quiers : Plutôt mourir que changer ma pensée.
Je ne dis pas t'amour être effacée, Mais je me plains de l'ennui que j'acquiers, Et loin de toi humblement te requiers Que loin de moi, de moi ne sois fâchée.
|
|
|
21:46 29 janvier 2009
| Augustin
Admin
| | Paris | |
|
| messages 1914 |
|
|
François de Maucroix – Stances
Chloris, je vous le dis toujours, Ces faiseurs de pièces tragiques, Ces chantres de gens héroïques Ne chantent pas bien les amours.
De beaux mots leurs oeuvres sont pleines, Ils sont sages comme Catons, Ils sont discrets pour les Hélènes, Et muets pour les Jeannetons!
Tout ce qu'on nomme bagatelle Déplaît à ces rares esprits; On dirait qu'ils sont en querelle Avec les Grâces et les Ris.
Pour moi qui hais la muse austère Et la gravité de ses tons, Je vous ai choisi, ma bergère, Pour le sujet de mes chansons.
Au doux murmure des fontaines Je mêlerai des airs si doux Que les dieux des prés et des plaines Deviendront amoureux de vous.
Mais gardez bien d'être infidèle A votre fidèle berger; Car, ma Chloris, pour être belle, Il n'est pas permis de changer.
|
|
|
21:48 29 janvier 2009
| Augustin
Admin
| | Paris | |
|
| messages 1914 |
|
|
Gaston Couté – Cantique païen
Je suis parti sans savoir où Comme une graine qu'un vent fou Enlève et transporte : A la ville où je suis allé J'ai langui comme un brin de blé Dans la friche morte
J'ai dit bonjour à bien des gens Mais ces hommes étaient méchants Comme moi sans doute. L'amour m'a fait saigner un jour Et puis j'ai fait saigner l'Amour Au long de ma route.
Je suis descendu bien souvent Jusqu'au cabaret où l'on vend L'ivresse trop brève; J'ai fixé le ciel étoilé Mais le ciel, hélas! m'a semblé Trop haut pour mon rêve.
Las de chercher là-haut, là-bas Tout ce que je n'y trouve pas Je reviens vers celle Dont le sang coule dans mon sang Et dont le grand coeur caressant Aujourd'hui m'appelle.
Au doux terroir où je suis né Je reviens pour me prosterner Devant les miracles De celle dont les champs sans fin De notre pain de notre vin Sont les tabernacles.
Je reviens parmi les guérets Pour gonfler de son souffle frais Ma poitrine infâme, Et pour sentir, au seuil du soir, Son âme, comme un reposoir S'offrir à mon âme.
Je reviens, ayant rejeté Mes noirs tourments de révolté Mes haines de Jacques, Pour que sa Grâce arrive en moi Comme le dieu que l'on reçoit Quand on fait ses Pâques.
Notre Dame des Sillons! Ma bonne Sainte Vierge, à moi! Dont les anges sont les grillons O Terre! Je reviens vers toi!
|
|
|
21:50 29 janvier 2009
| Augustin
Admin
| | Paris | |
|
| messages 1914 |
|
|
Jean-Pierre Rosnay – À tire d'elles
… (à venir)
|
|
|
21:52 29 janvier 2009
| Augustin
Admin
| | Paris | |
|
| messages 1914 |
|
|
Louise Labé – Sonnets, VIII
Je vis, je meurs : je me brûle et me noie, J’ai chaud extrême en endurant froidure ; La vie m’est et trop molle et trop dure, J’ai grands ennuis entremêlés de joie.
Tout en un coup je ris et je larmoie, Et en plaisir maint grief tourment j’endure, Mon bien s’en va, et à jamais il dure, Tout en un coup je sèche et je verdoie.
Ainsi Amour inconstamment me mène Et, quand je pense avoir plus de douleur, Sans y penser je me trouve hors de peine.
Puis, quand je crois ma joie être certaine, Et être en haut de mon désiré heur, Il me remet en mon premier malheur.
|
|
|
21:53 29 janvier 2009
| Augustin
Admin
| | Paris | |
|
| messages 1914 |
|
|
Paul Verlaine – Green (recueil : Romances sans paroles)
Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous. Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux.
J'arrive tout couvert encore de rosée Que le vent du matin vient glacer à mon front. Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée Rêve des chers instants qui la délasseront.
Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête Toute sonore encor de vos derniers baisers; Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête. Et que je dorme un peu puisque vous reposez.
|
|
|
21:54 29 janvier 2009
| Augustin
Admin
| | Paris | |
|
| messages 1914 |
|
|
Pierre de Ronsard – Madrigal (recueil : Sonnets pour Hélène)
Si c’est aimer, Madame, et de jour et de nuit, Rêver, songer, penser le moyen de vous plaire, Oublier toute chose, et ne vouloir rien faire Qu’adorer et servir la beauté qui me nuit ;
Si c’est d’aimer de suivre un bonheur qui me fuit, De me perdre moi-même et d’être solitaire, Souffrir beaucoup de mal, beaucoup craindre et me taire, Pleurer, crier merci et m’en voir éconduit ;
Si c’est aimer de vivre en vous plus qu’en moi-même, Cacher d’un front joyeux une langueur extrême, Sentir au fond de l’âme un combat inégal, Si cela c’est aimer, furieux je vous aime ;
Je vous aime, et sais bien que mon mal est fatal ; Chaud, froid, comme la fièvre amoureuse me traite ; Honteux, parlant à vous, de confesser mon mal : Le cœur le dit assez, mais la langue est muette.
|
|
|
22:04 29 janvier 2009
| Augustin
Admin
| | Paris | |
|
| messages 1914 |
|
|
Pierre de Ronsard – Les Amours, CLXXI
Ni les dédains d'une Nymphe si belle, Ni le plaisir de me fondre en langueur, Ni la fierté de sa douce rigueur, Ni contre amour sa chasteté rebelle, Ni le penser de trop penser en elle, Ni de mes yeux la fatale liqueur, Ni mes soupirs messagers de mon coeur, Ni de ma flamme une ardeur éternelle, Ni le désir qui me lime et me mord, Ni voir écrite en ma face la mort, Ni les erreurs d'une longue complainte, Ne briseront mon coeur de diamant, Que sa beauté n'y soit toujours empreinte, Belle fin fait qui meurt en bien aimant.
|
|
|
22:05 29 janvier 2009
| Augustin
Admin
| | Paris | |
|
| messages 1914 |
|
|
Rémy de Gourmont – Les feuilles mortes (recueil : Simone, 1901)
Simone, allons au bois : les feuilles sont tombées ; Elles recouvrent la mousse, les pierres et les sentiers.
Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?
Elles ont des couleurs si douces, des tons si graves, Elles sont sur la terre de si frêles épaves !
Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?
Elles ont l'air si dolent à l'heure du crépuscule, Elles crient si tendrement, quand le vent les bouscule !
Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?
Quand le pied les écrase, elles pleurent comme des âmes, Elles font un bruit d'ailes ou de robes de femme.
Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?
Viens : nous serons un jour de pauvres feuilles mortes. Viens : déjà la nuit tombe et le vent nous emporte.
Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?
|
|