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DIVERS – Bouquet de roses délicates

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18:07
4 mars 2016


Bruissement

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Dijon/France

messages 538

1

DIVERS – Bouquet de roses délicates

 1_ Charles-Marie Leconte de Lisle (1818-1894)_ Les Roses d'Ispahan

Les roses d'Ispahan dans leur gaine de mousse,
Les jasmins de Mossoul, les fleurs de l'oranger
Ont un parfum moins frais, ont une odeur moins douce,
O blanche Leïlah! que ton souffle léger.

Ta lèvre est de corail, et ton rire léger
Sonne mieux que l'eau vive et d'une voix plus douce,
Mieux que le vent joyeux qui berce l'oranger,
Mieux que l'oiseau qui chante au bord du nid de mousse.

Mais la subtile odeur des roses dans leur mousse,
La brise qui se joue autour de l'oranger
Et l'eau vive qui flue avec sa plainte douce
Ont un charme plus sûr que ton amour léger!

O Leïlah! depuis que de leur vol léger
Tous les baisers ont fui de ta lèvre si douce,
Il n'est plus de parfum dans le pâle oranger,
Ni de céleste arôme aux roses dans leur mousse.

L'oiseau, sur le duvet humide et sur la mousse,
Ne chante plus parmi la rose et l'oranger;
L'eau vive des jardins n'a plus de chanson douce,
L'aube ne dore plus le ciel pur et léger.

Oh! que ton jeune amour, ce papillon léger,
Revienne vers mon cœur d'une aile prompte et douce,
Et qu'il parfume encor les fleurs de l'oranger,
Les roses d'Ispahan dans leur gaine de mousse!

2_ Émile Verhaeren (1855-1916)_ Roses de juin

Roses de juin, vous les plus belles,
Avec vos cœurs de soleil transpercés;
Roses violentes et tranquilles, et telles
Qu'un vol léger d'oiseaux sur les branches posés;
Roses de juin et de juillet, droites et neuves,
Bouches, baisers qui toutà coup s'émeuvent
Ou s'apaisent, au va et vient du vent,
Caresse d'ombre et d'or, sur le jardin mouvant;
Roses d'ardeur muette et de volonté douce,
Roses de volupté en vos gaines  de mousse,
Vous qui passez les jours du plein été
À vous aimer, dans la clarté;
Roses vives, fraîches, magnifiques, toutes nos roses
Oh! que pareils à vous nos multiples désirs,
Dans la chère fatigue ou le tremblant plaisir
S'entr'aiment,  s'exaltent et se reposent!

3_ Pierre de Ronsard (1524-1585)_ Comme on voit sur la branche

Comme on voit sur la branche au mois de may la rose,
En sa belle jeunesse, en sa première fleur,
Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l'Aube de ses pleurs au poinct du jour l'arrose;

La grâce dans sa feuille, et l'amour se repose,
Embaumant les jardins et les arbres d'odeur;
Mais battue ou de pluye, ou d'excessive ardeur,
Languissante elle meurt, feuille à feuille déclose.

Ainsi en ta première et jeune nouveauté,
Quand la Terre et le Ciel honoraient ta beauté,
La Parque t'a tuée, et cendres tu reposes.

Pour obsèques reçoy mes larmes et mes pleurs,
ce vase plein de laict, ce panier plein de fleurs,
Afin que vif et mort ton corps ne soit que roses.

4_Francis Jammes (1868-1938)_ Ô toi, Rose moussue

Ô toi, Rose moussue et blonde, à tes oreilles,
Que mes vers chantent comme un murmure d'abeilles.

Que mon regard, vers toi glisse comme la Nuit
Qui glisse et qui t'endort sous l'or dont elle luit!

Que je te charme en invocations très douces,
_ Comme les chants de la rosée au fond des mousses!

Quand tu voudras mon cœur pour t'amuser, je veux
Qu'il soit comme une fleur de sang dans tes cheveux!

Lorsque je pleurerai, je veux, ô petite oie,
Que tu prennes mes cris pour des accès de joie,

Et, lorsqu'on me mettra dans l'ombre du cercueil,
Que ta dernière larme embellisse ton œil,

Pour que ceux qui vivront, en te voyant plus belle,
Admirent dans ma mort ta jeunesse immortelle.

5_ Jean Moréas (1856-1910)_ Roses de Damas

Roses de Damas, pourpres roses, blanches roses,
Où sont vos parfums,  vos pétales éclatants?
Où sont vos chansons, vos ailes couleur du temps,
Oiseaux miraculeux, oiseaux bleus, oiseaux roses?

Ô neiges d'antan, vos prouesses, capitans!
À jamais abolis les effets et les causes,
Et pas d'aurore écrite en les métempsychoses:
Baumes précieux, que tous des orviétans!

Surpris les essors aux embûches malitornes.
Les cerfs s'en sont allés la flèche entre les cornes,
Aux durs accords des cors les cerfs  s'en sont allés.

Et nous sommes au bois la belle dont les sommes
Pour éternellement demeureront scellés…
Comme une ombre au manoir rétrospectif, nous sommes.

6_Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859)_ Les roses

L'air était pur, la nuit régnait sans voirles;
Elle riait du dépit de l'amour:
Il aime l'ombre, et le feu des étoiles,
En scintillant, formait un nouveau jour.

Tout s'y trompait. L'oiseau, dans le bocage,
Prenait minuit pour l'heure des concerts;
Et les zéphyrs, surpris de ce ramage,
Plus mollement le portaient dans les airs.

Tandis qu'aux champs quelques jeunes abeilles
Volaient encore en tourbillons légers,
Le printemps en silence épanchait ses corbeilles
Et de ses doux présents embaumait nos vergers.

Ô ma mère! On eût dit qu'une fête aux campagnes,
Dans cette belle nuit, se célèbrait tout bas;
On eût dit que de loin mes plus chères compagnes
Murmuraient des chansons pour attirer mes pas.

J'écoutais, j'entendais couler, parmi les roses,
Le ruisseau qui, baignant leurs couronnes écloses,
Oppose un voile humide aux brûlantes chaleurs;
Et moi, cherchant le frais sur la mousse et les fleurs,

Je m'endormis. Ne grondez pas, ma mère!
Dans notre enclos qui pouvait pénétrer?
Moutons et chiens, tout venait de rentrer.
Et j'avais vu Daphnis passer avec son père.

Au bruit de l'eau, je sentis le sommeil
Envelopper mon âme et mes yeux d'un nuage,
Et lentement s'évanouir l'image
Que je tremblais de revoir au réveil:

Je m'endormis. Mais l'image enhardie
Au bruit de l'eau se glissa dans mon cœur.
Le chant des bois, leur vague mélodie,
En la berçant, fait rêver la pudeur.

En vain pour m'éveiller mes compagnes chéries,
En me tendant leurs bras entrelacés,
Auraient faitt de mon nom retentir les prairies;
J'aurais dit: « Non! Je dors, je veux dormir! Dansez! »

calme, les yeux fermés, je me sentais sourire;
Des songes prêts à fuir je retenais l'essor;
Mais las de voltiger, (ma mère, j'en soupire,)
Ils disparurent tous; un seul me trouble encor,

Un seul. Je vis Daphnis franchissant la clairière;
Son ombre s'approcha de mon sein palpitant:
C'était une ombre, et j'avais peur pourtant,
Mais le sommeil enchaînait ma paupière.

Doucement, doucement, il m'appela deux fois;
J'allais crier, j'étais tremblante;
Je sentis sur ma bouche une rose brûlante,
Et la frayeur m'ôta la voix.

Depuis ce temps, ne grondez pas, ma mère,
Daphnis, qui chaque soir passait avec son père,
Daphnis me suit partout pensif et curieux:
Ô ma mère! Il a vu mon rêve dans mes yeux!

7_ Renée Vivien (1877-1909)_ Roses du soir

Des roses sur la mer, des roses dans le soir,
Et toi qui viens de loin, les mains lourdes de roses!
J'aspire ta beauté. Le couchant fait pleuvoir
Ses fines cendres d'or et ses poussières roses…

Des roses sur la mer, des roses dans le soir.

Un songe évocateur tient mes paupières closes.
J'attends, ne sachant trop ce que j'attends en vain,
Devant la mer pareille aux boucliers d'airain,
Et te voici venue en m'apportant des roses…
Ô roses dans le ciel et le soir! Ô mes roses!

8_Jean Froissard (1337-1415)_ Mon cœur s'ébat en odorant la rose

Mon cœur s'ébat en odorant la rose
Et s'éjouit en regardant ma dame:

Trop mieux me vaut l'une que l'autre chose.
Mon cœur s'ébat en odorant la rose.

L'odeur m'est bon, mais du regard je n'ose
Jouer trop fort, je vous le jur' par m'âme.
Mon cœur s'ébat en odorant la rose
Et s'éjouit en regardant ma dame.

9_ Rainer Maria Rilke (1875-1926) Une rose seule, c'est toutes les roses

Une rose seule, c'est toutes les roses
Et celle-ci: l'irremplaçable,
Le parfait, le souple vocable
Encadré par le texte des choses.

Comment jamais dire sans elle
Ce que furent nos espérances,
Et les tendres intermittences
Dans la partance continuelle.


 

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