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DIVERS – Un soir au Club des Poètes

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14:07
20 mai 2009


Augustin

Admin

Paris

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1

DIVERS – Un soir au Club des Poètes

Source : Club des Poètes.


Oscar Vladislas de Lubicz Milosz – Tous les morts sont ivres

Tous les morts sont ivres de pluie vieille et froide
Au cimetière étrange de Lofoten
L'horloge du dégel tictaque lointaine
Au coeur des cercueils pauvres de Lofoten

Et grâce aux trous creusés par le noir printemps
Les corbeaux sont gras de froide chair humaine
Et grâce au maigre vent à la voix d'enfant
Le sommeil est doux au morts de Lofoten

Je ne verrai très probablement jamais
Ni la mer ni les tombes de Lofoten
Et pourtant c'est en moi comme si j'aimais
Ce lointain coin de terre et toute sa peine

Vous disparus, vous suicidés, vous lointaines
Au cimetière étranger de Lofotene
- Le nom sonne à mon oreille étrange et doux.
Vraiment, dites-moi, dormez vous, dormez-vous ?

- Tu pourrais me conter des choses plus drôles
Beau claret dont ma coupe d'argent est pleine.
Des histoires plus charmantes et moins folles ;
Laisse-moi tranquille avec ton Lofoten.

Il fait bon. Dans le foyer doucement traine
La voix du plus mélancolique des mois.
- Ah! les morts, y compris ceux de Lofoten -
Les morts, les morts sont au fond moins morts que moi.

14:09
20 mai 2009


Augustin

Admin

Paris

messages 1949

2

Victor Hugo – Le Mot

Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites !
Tout peut sortir d'un mot qu'en passant vous perdîtes ;
TOUT, la haine et le deuil !
Et ne m'objectez pas que vos amis sont sûrs
Et que vous parlez bas.

Ecoutez bien ceci :

Tête-à-tête, en pantoufle,
Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle,
Vous dites à l'oreille du plus mystérieux
De vos amis de cœur ou si vous aimez mieux,
Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire,
Dans le fond d'une cave à trente pieds sous terre,
Un mot désagréable à quelque individu.
Ce MOT – que vous croyez que l'on n'a pas entendu,
Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre -
Court à peine lâché, part, bondit, sort de l'ombre ;
Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin ;
Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main,
De bons souliers ferrés, un passeport en règle ;
Au besoin, il prendrait des ailes, comme l'aigle !
Il vous échappe, il fuit, rien ne l'arrêtera ;
Il suit le quai, franchit la place, et cætera
Passe l'eau sans bateau dans la saison des crues,
Et va, tout à travers un dédale de rues,
Droit chez le citoyen dont vous avez parlé.
Il sait le numéro, l'étage ; il a la clé,
Il monte l'escalier, ouvre la porte, passe, entre, arrive
Et railleur, regardant l'homme en face dit :
« Me voilà ! Je sors de la bouche d'un tel. »

Et c'est fait. Vous avez un ennemi mortel.

14:12
20 mai 2009


Augustin

Admin

Paris

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3

Jean-Pierre Rosnay – Saint-Tropez priez pour nous

   Je suis assis à la terrasse du Sénéquier.

   Nous sommes un premier août mil neuf cent et quelques, un dimanche, il est environ six heures trente.

   Voilà bien une demi-heure que j'ai oublié le port.

   Il n'y a plus de port à Saint-Tropez, plus de mer.

   Le port et la mer, cela n'existe que sur les guides touristiques. Ici, il y a des yachts, la môme Moineau,

Ali Khan et de temps à autre, Onassis le Grand, le célèbre Onassis et le pitoyable défilé de la petite piétaille

des aveugles endimanchés, des plaqués or, des Burma, le lamentable troupeau des laudateurs, des imitateurs, des aveugles, des marionnettes aux yeux brûlés par l'éclat de l'or.

   Le monde d'aujourd'hui se résume en ceci : les têtes brûlées, les coeurs brûlés et les yeux brûlés.

   J'erre sue une terre brûlée sans fin.

   Sans faim de rien.

   L'horizon fuit et se limite et se perd entre les jambes des femmes.

   Le plus souvent se bornent-t-ils (les aveugles) à la contemplation des vêtements de plage, multicolores

et savants, qui les épuisent avant qu'ils n'aient trouvé la force de les ôter.

   La mer s'est retirée de Saint-Tropez.

   La mer s'est retirée.

   La mer a mis les voiles.

   La mer s'est retirée de Saint-Tropez pour toujours.

   Elle ne reviendra plus jamais la mer.

   En partant, elle a laissé, çà et là, des filles folles qui rêvent de devenir garçons dans les bras factices de

garçons qui rêvent de devenir filles.

   Bronzage à l'ombre solaire, bronzage chimique…

   Tout ici est désolant, comme une vitrine de la rue de la Paix.

   J'ai accosté par hasard une femme. Elle a accepté mon rendez-vous.

   J'en étais fort heureux, quand elle ajouta pour m'expliquer son attitude que son mari était pharmacien.

   J'en aurais pleuré.

   Saint-Tropez priez pour nous.

   Que la mer revienne dans le port, avec de véritables bateaux chargés de cargaisons d'hommes vrais, et

que la pluie balaie des petites ruelles pittoresques du vieux quartier, les débris d'humanité qu'on voit flotter sur l'asphalte surchauffé, comme des mouches à merde.

   Saint-Tropez priez pour nous.

14:16
20 mai 2009


Augustin

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Paris

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4

Jean-Pierre Rosnay – France

Ils disaient tous ma France

Ou la France éternelle

Et chacun te prenait un peu de plume à l'aile

Mais quand l'ennemi arriva

Les guérites étaient là

Et plus les sentinelles

.

Ils disaient tous ma France

Ou la France éternelle

Moi je t'aimais et je ne disais rien

Je n'avais pas seize ans

France tu t'en souviens

.

Ils disaient tous ma France

Ou la France éternelle

Je n'ai rien dit moi j'étais trop enfant

J'ai pris le fusil de la sentinelle

Et puis c'est fini maintenant

.

France

Pardonne-moi si je te le rappelle

Je me sens si seul par moments

.

Ils disaient tous ma France

Ou la France éternelle

14:18
20 mai 2009


Augustin

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Paris

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5

Alfred de Musset – À Ninon

Si je vous le disais pourtant, que je vous aime,
Qui sait, brune aux yeux bleus, ce que vous en diriez ?
L'amour, vous le savez, cause une peine extrême ;
C'est un mal sans pitié que vous plaignez vous-même ;
Peut-être cependant que vous m'en puniriez.

Si je vous le disais, que six mois de silence
Cachent de longs tourments et des voeux insensés :
Ninon, vous êtes fine, et votre insouciance
Se plaît, comme une fée, à deviner d'avance ;
Vous me répondriez peut-être : Je le sais.

Si je vous le disais, qu'une douce folie
A fait de moi votre ombre, et m'attache à vos pas :
Un petit air de doute et de mélancolie,
Vous le savez, Ninon, vous rend bien plus jolie;
Peut-être diriez-vous que vous n'y croyez pas.

Si je vous le disais, que j'emporte dans l'âme
Jusques aux moindres mots de nos propos du soir :
Un regard offensé, vous le savez, madame,
Change deux yeux d'azur en deux éclairs de flamme ;
Vous me défendriez peut-être de vous voir.

Si je vous le disais, que chaque nuit je veille,
Que chaque jour je pleure et je prie à genoux ;
Ninon, quand vous riez, vous savez qu'une abeille
Prendrait pour une fleur votre bouche vermeille ;
Si je vous le disais, peut-être en ririez-vous.

Mais vous n'en saurez rien. Je viens, sans rien en dire,
M'asseoir sous votre lampe et causer avec vous ;
Votre voix, je l'entends ; votre air, je le respire ;
Et vous pouvez douter, deviner et sourire,
Vos yeux ne verront pas de quoi m'être moins doux.

Je récolte en secret des fleurs mystérieuses :
Le soir, derrière vous, j'écoute au piano
Chanter sur le clavier vos mains harmonieuses,
Et, dans les tourbillons de nos valses joyeuses,
Je vous sens, dans mes bras, plier comme un roseau.

La nuit, quand de si loin le monde nous sépare,
Quand je rentre chez moi pour tirer mes verrous,
De mille souvenirs en jaloux je m'empare ;
Et là, seul devant Dieu, plein d'une joie avare,
J'ouvre, comme un trésor, mon coeur tout plein de vous.

J'aime, et je sais répondre avec indifférence ;
J'aime, et rien ne le dit ; j'aime, et seul je le sais ;
Et mon secret m'est cher, et chère ma souffrance ;
Et j'ai fait le serment d'aimer sans espérance,
Mais non pas sans bonheur ; je vous vois, c'est assez.

Non, je n'étais pas né pour ce bonheur suprême,
De mourir dans vos bras et de vivre à vos pieds.
Tout me le prouve, hélas ! jusqu'à ma douleur même…
Si je vous le disais pourtant, que je vous aime,
Qui sait, brune aux yeux bleus, ce que vous en diriez ?

14:20
20 mai 2009


Augustin

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Paris

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6

Clément Marot – De soy mesme

Plus ne suis ce que j'ai esté,
Et ne les saurois jamais estre,
Mon beau printemps et mon esté,
Ont faict le sault par la fenèstre.
Amour, tu as esté mon Maistre,
Je t'ai servi sur tous les Dieux,
Oh, si je pouvois deux foix naistre,
Comme je te servirois mieulx.

 

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