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FRANÇOIS de Paule (Saint) – Anthologie

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15:21
15 avril 2008


Augustin

Admin

Paris

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FRANÇOIS de Paule (Saint) – Anthologie


Audience du Pape Jean-Paul II aux participants au Chapitre général de l’Ordre des Minimes

(Source : Vatican.va)


Lundi 3 juillet 2000

Très chers frères de l’Ordre des Minimes!

1. Je vous accueille en vous souhaitant une affectueuse bienvenue, reconnaissant pour la visite que vous avez voulu me rendre au début de votre Chapitre général. Je salue cordialement le
P. Giuseppe Fiorini Morosoni, votre Supérieur général, les Pères capitulaires et les délégations des moniales et des tertiaires qui interviendront au cours de la première partie de votre importante réunion, ainsi que les religieux, les religieuses et les laïcs qui composent les trois Ordres de la Famille religieuse fondée par saint François de Paule.

Avec vous tous, je rends grâce au Seigneur pour le bien accompli au cours d’une longue et méritoire histoire au service de l’Evangile. Ma pensée remonte, en particulier, aux temps difficiles pour la vie de l’Eglise, lors desquels saint François de Paule s’engagea à réaliser une réforme qui entraîna sur un chemin de perfection renouvelée ceux qui étaient « appelés par le désir d’une plus grande pénitence et par l’amour de la vie quadragésimale » (IVe Règle, chap. 2).

2. Animé par des intentions apostoliques, il fonda l’Ordre des Minimes, un Institut religieux clérical de voeux solennels, placé comme « un bon arbre dans le champ de l’Eglise militante » (Alexandre VI) pour produire des fruits dignes de pénitence sur les traces du Christ, qui « s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave » (Ph 2, 7). En suivant l’exemple de son Fondateur, votre Famille religieuse se propose de rendre un témoignage quotidien particulier de la pénitence évangélique, à travers la vie quadragésimale, comme conversion totale à Dieu, participation intime à l’expiation du Christ et rappel des valeurs évangéliques du détachement du monde, de la primauté de l’esprit sur la matière et de l’urgence de la pénitence, qui comporte la pratique de la charité, l’amour de la prière et l’ascèse physique » (Constitutions, art. 3).

Très chers amis, inspirez-vous constamment de votre Fondateur, l’humble pénitent plongé en Dieu, qui savait transmettre à ses frères une authentique expérience du Divin. En lui, le Seigneur voulut réaliser de « grandes choses », en lui confiant des tâches extraordinaires, qui le conduisirent à parcourir une grande partie de l’Italie et de la France et à les illuminer par la splendeur de sa sainteté.

Au cours des presque cinq siècles qui nous séparent de sa mort, qui eut lieu le 2 avril 1507, ses fils, fidèles au charisme de leur Fondateur, ont continué à annoncer l’ »Evangile de la pénitence ». Ils se sont efforcés de vivre son esprit d’humilité, de pauvreté et de profonde oraison, en imitant sa tendre dévotion à l’Eucharistie, au Crucifié et à la Madone. En particulier, ils ont continué à s’engager dans l’observance du « quatrième vœu du carême perpétuel ». Ainsi, ils ont prolongé dans le monde entier le sillage lumineux de saint François de Paule, en témoignant partout du rôle incontournable de la pénitence dans l’itinéraire de la conversion et en enrichissant la vie de l’Eglise d’admirables œuvres de charité et de sainteté.

3. « Vous n’avez pas seulement à vous rappeler et à raconter une histoire glorieuse, mais vous avez à construire une grande histoire! Regardez vers l’avenir, où l’Esprit vous envoie pour faire encore avec vous de grandes choses » En cette circonstance particulière, je désire vous répéter ces paroles de l’Exhortation apostolique Vita consecrata (n. 110), dans lesquelles se reflètent bien les objectifs de votre Chapitre général. Celui-ci, en approfondissant le thème « Identité et mission des Minimes au début du troisième millénaire après 500 ans d’histoire: Religieux et laïcs ensemble avec un unique charisme, pour la même mission », se propose de repenser le charisme de la pénitence quadragésimale, à la lumière des défis du monde d’aujourd’hui, en définissant les nouveaux aréopages à privilégier pour l’annonce évangélique de la conversion et de la réconciliation.

Cet engagement, déjà apparu au cours de la dernière Assemblée ordinaire, demande à être traduit par une présence significative et pleine d’amour des Minimes dans les contextes de grande pauvreté spirituelle, à travers l’écoute, la direction spirituelle et la formation des consciences à la réflexion et à la prière. Votre présence sur le front de l’indigence matérielle pour apporter aux déshérités une solidarité effective pourra être d’une grande importance, également grâce à la participation aux œuvres des organismes qui s’y consacrent. Je suis certain que l’exemple de votre Fondateur, messager de la paix du Christ, vous soutiendra dans votre mission d’apporter le don de la réconciliation et de la communion dans les familles, dans les réalités ecclésiales, auprès des diverses confessions chrétiennes, parmi ceux qui sont indifférents ou lointains.

4. En évangélisant les nouveaux aréopages, il faut tout d’abord avoir à l’esprit que la créativité et le dialogue avec les diverses cultures ne doivent pas amoindrir les richesses de la propre identité et de la propre histoire. En effet, créativité et dialogue deviennent des voies efficaces de l’annonce évangélique lorsqu’ils peuvent compter sur la solide fidélité au propre charisme. Une vie conventuelle et pénitentielle fervente constitue sûrement le préalable indispensable pour que chaque religieux offre en lui l’image limpide du Christ, chaste, pauvre, obéissant, image qui, seule, fascine et conquiert ceux qui sont à la recherche de la vérité et de la paix.

Une pastorale authentique et incarnée présuppose la sainteté, que les Minimes, suivant l’exemple de leur fondateur, s’engageront à atteindre, en parcourant la voie de la pénitence. Celle-ci, si elle consiste en particulier dans la conversion du cœur, repose cependant également sur les moyens ascétiques propres à la tradition spirituelle de l’Eglise et de l’Institut. Dans ce contexte, la fidélité au quatrième vœu solennel de la vie quadragésimale, que saint François de Paule voulut que professent les Frères et les Moniales des Ordres qu’il avait fondés, acquiert une importance particulière. Ce signe particulier d’appartenance à l’Ordre des Minimes, apparaît très efficace dans le témoignage des « choses d’en-haut » à un monde distrait et plongé dans l’hédonisme. En effet, il est non seulement un puissant moyen de sanctification personnelle, mais il constitue une occasion pour réparer les péchés de tous les hommes et une façon pour implorer pour eux la grâce d’un retour à Dieu.

La tendance dominante dans la société contemporaine, et en particulier parmi les jeunes, à rechercher une gratification immédiate, loin de conduire les Minimes à atténuer la dimension quadragésimale de leur Institut, devra plutôt les engager à se placer avec une ardeur renouvelée au service de leurs frères, pour les éduquer à la grande voie spirituelle de la pénitence. Certes, il est nécessaire de rechercher un langage et des motivations appropriées, mais il reste toujours indispensable de témoigner de la joie qui est propre à celui qui renonce aux commodités du monde pour trouver la perle précieuse du Royaume de Dieu (cf. Mt 13, 45-46). Ce témoignage constituera un don précieux que votre Ordre fera à toute l’Eglise, en rappelant l’exigence pour tous d’accueillir l’Evangile de la conversion et de l’ascèse.

5. Aux côtés des religieux et des religieuses du premier et du second Ordre, saint François de Paule voulut, avec une intuition prophétique, initier à la spiritualité de la vie quadragésimale également les laïcs, pour lesquels il fonda le Tiers Ordre. Ceux-ci, depuis presque cinq cents ans, participent à la mission de l’Ordre à travers de multiples formes de partage et de collaboration.

La complexité et les rapides mutations du monde contemporain exigent une prompte capacité de discernement et une présence toujours plus qualifiée des chrétiens dans les réalités du monde. Dans ce but, en s’enrichissant des expériences positives accumulées au cours des années, il faut encourager et soutenir la collaboration entre les laïcs et les religieux. En effet, de cette collaboration pourront naître des approfondissements féconds et inattendus de certains aspects du charisme (cf. Vita consecrata, n. 55). Dans cette optique, il faut que les religieux se consacrent avec toujours plus de soin à la formation des laïcs : qu’ils soient des guides expérimentés de vie spirituelle, attentifs aux personnes et aux signes des temps, des témoins joyeux du charisme qu’ils entendent partager avec ceux qui œuvrent plus directement dans le monde.

6. Très chers amis, le grand Jubilé invite toute l’Eglise à contempler avec une gratitude renouvelée le mystère de l’Incarnation pour annoncer avec une ardeur croissante l’Evangile du Christ dans le nouveau millénaire : devant vous s’ouvre un vaste domaine de perspectives et d’engagements.

Que votre Ordre, après avoir surmonté de nombreux moments difficiles au cours de l’histoire, continue à être la lumière qui illumine les pénitents de l’Eglise: qu’il appelle ceux qui sont loin à la nécessité de la conversion et de la pénitence, qu’il encourage par l’exemple et la prière ceux qui se sont mis en marche, qu’il témoigne d’une vie quadragésimale qui, en suivant Jésus sur son chemin vers le Calvaire, permette de goûter dès à présent, d’une certaine façon, la joie de la Pâque éternelle.

Que vos communautés, en puisant à leur propre trésor des choses nouvelles et des choses antiques (cf. Mt 13, 53), soient l’expression de l’éternelle force de la voie de la pénitence qui, en conduisant à renier l’homme ancien, établit les prémisses de la venue du Royaume.

Je confie chacune de vos intentions généreuses, ainsi que les travaux capitulaires, à la Sainte Vierge, à saint François de Paule et aux nombreux saints et bienheureux qui enrichissent votre histoire séculaire, afin qu’ils vous aident à reproposer aujourd’hui votre charisme, comme signe éloquent de fécondité évangélique et de renouvellement de la vie ecclésiale.

Avec ces vœux, je vous donne volontiers, à vous ici présents et à tout l’Ordre des Minimes, dans la triple expression des Frères, des Moniales et des Tertiaires, ma Bénédiction apostolique spéciale.

15:36
15 avril 2008


Augustin

Admin

Paris

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Biographie de Saint François de Paule

(Source : Missel.free.fr)


Le 27 mars 1416, dans la petite ville de Paola qui appartient au duché de Calabre, dans le royaume de Naples, tandis que Viane de Fuscaldo, femme de Jacques Martotille, est en train d’accoucher, des gens aperçoivent sa maison environnée de flammes, comme une auréole de feu, et ils entendent des musiques surnaturelles. Les oracles prédisent que ce nouveau-né étonnerait la chrétienté. Viane et Jacques qui, habillés de bure, sans linge ni chaussures, mènent une vie sainte et mortifiée, ont une dévotion si particulière pour saint François d’Assise, qu’ils mettent leur fils sous sa protection en lui donnant son prénom.

Quelques mois après sa naissance, comme François a un œil envahi d’une tumeur et manque de perdre la vue, sa mère promet à Dieu que, si son fils guérit, elle le consacrerait toute une année à son service. A douze ans, François est confié pour un an aux Cordeliers de Notre-Dame de Saint-Marc (Cosenza) qui sont charmés par sa modestie, son zèle et sa piété. A la fin de l’année, Jacques et Viane reprennent leur fils qu’ils emmènent en pèlerinage à Assise, à Rome et au mont Cassin. C’est pendant ce pèlerinage que François prend la résolution de se retirer du monde.

A quatorze ans, avec l’approbation de ses parents, François s’installe à quelques lieues de Paola, dans un de leurs domaines qu’on appelle le Patrimoine. Pendant six ans, il vit dans le désert, couchant à dans une caverne, se nourrissant d’herbes et buvant l’eau des sources, disant, comme saint Jérôme, que les villes lui étaient des prisons et la solitude un paradis de délices. Bientôt, la précoce sainteté de cette existence émerveille les alentours : des disciples viennent se présenter à lui et le supplient de les garder à ses côtés. François comprend que la Providence lui marque le devoir de ne pas éloigner ceux qui viennent à lui et il conçoit l’idée de leur donner une règle de vie commune. En 1435, avec ses douze premiers compagnons, François Martotille construit son premier couvent qu’il consacre à Notre-Dame-des-Anges. Ces nouveaux religieux qui se font appeler les ermites de saint François d’Assise, reçoivent, en 1471, l’exemption de Pirro Caracciolo, archevêque de Cosenza, que ratifie Sixte IV, en 1474, en les plaçant sous sa juridiction directe avec les privilèges des ordres mendiants.

Sa charité, déjà prodigue en bienfaits, s’enrichit peu à peu d’une puissance extraordinaire et sous sa bénédiction jaillissent les miracles : des aveugles voient, des lépreux sont purifiés, des déments recouvrent la raison ; toutes les tares, toutes les misères de l’humanité viennent à ses pieds implorer une aide surnaturelle, et sont guéries. On peut dire, écrit le Frère minime François Dondé, que les mains de ce bienheureux patriarche étaient un médicament souverain pour guérir toutes sortes de maladie et comme un céleste antidote pour prévenir et remédier aux accidents qui pourraient arriver. Il ressuscita sept morts dont l’un, Nicolas d’Alesso, était le fils de sa sœur Brigitte.

Dès lors, la célébrité de François Martotille se propage de ville en ville et la congrégation dont il était l’âme se développe chaque jour, au point que le couvent de Notre-Dame-des-Anges ne suffit plus à contenir les frères ermites. Tour à tour, d’autres maisons s’ouvrent (l’Annonciade à Paterne, la Très-Sainte-Trinité à Coriliane, Jésus et Marie à Cortone) que François dirige, après avoir participé à leur construction.

Les mémoires du temps nous apprennent que François, bien qu’il fût plus grand que la moyenne, semblait petit tant son corps se courbait sous le poids des mortifications. Il portait la barbe très longue : ses cheveux étaient blonds, son nez aquilin et un peu gros, ses yeux verts. Il allait toujours nu-pieds, vêtu d’une seule robe de bure, couchant sur le sol et se nourrissant à peine. Son corps était naturellement odoriférant, comme s’il eût été parfumé d’ambre gris ou de musc.

En 1481, revenant de Sicile où il avait fondé le couvent de Milazzo, François de Paule est appelé à la cour de Ferdinand Ier de Naples qui, après l’avoir quelque peu inquiété, s’attache étroitement à lui.

Louis XI qui règne depuis vingt ans sur la France, souffre cent misères : il est goutteux, congestif et harassé de continuelles fièvres ; il a des troubles digestifs, des crises de rein, d’affreux malaises de l’estomac et du foie. Ayant entendu parler des miraculeuses guérisons obtenues par François de Paule, il le fait mander à sa cour, pensant que le ciel ne résisterait pas à une pareille intercession. A la demande du roi de France, le roi Ferdinand de Naples transmet à François de Paule une invitation qui prenait les allures d’un ordre que le saint décline : Ma place est sur ce coin de terre où des couvents se fondent de jour en jour pour fortifier la congrégation dont Dieu m’a donné charge. Je n’ai que faire au royaume de France. Louis XI s’adresse au pape Sixte IV et François de Paule obéit aussitôt au Saint-Père. Avant de partir pour la France, il délègue l’un de ses religieux dans les fonctions de général de l’Ordre et en choisit deux autres pour l’accompagner, avec son neveu, André d’Alesso.

A petites journées, de Paola à Paterne, de Paterne à Coriliano, de Coriliano à Salerne, de Salerne à Castelmare, de Castelmare à Stibia, de Stibia à Naples, il vient se mettre à la disposition de Guynot de Bousières, maître d’hôtel de Louis XI, qui doit le conduire jusqu’au Roi.

François de Paule, qui a été chaleureusement accueilli à Rome par Sixte IV, s’embarque à Ostie sur un léger navire. Au milieu d’une tempête, le navire est attaqué par des pirates mais un coup de vent providentiel l’éloigne tout à coup de la galère ennemie les met bientôt hors d’atteinte. Ils ne peuvent débarquer ni à Marseille ni à Toulon dont les ports sont fermés parce que les villes sont ravagées par la peste. Bormes refuse de les laisser entrer mais François intervient et dit aux gardes : Dieu est avec nous, permettez-nous d’entrer. Un tel rayonnement émanait du saint homme que les gardes pressentent un secours providentiel et ouvrent toute grande la porte des remparts. François de Paule, fidèle à sa parole, va de maison en maison, de malade en malade, pose ses mains libératrices sur les corps décharnés et guérit autant de gens qu’il touche. La nouvelle de ses miracles se répand au-delà de Bormes et les habitants de Fréjus, frappés par la noire maladie, le supplient de venir jusqu’à eux. En reconnaissance de ces bienfaits, Fréjus fonde le couvent Notre-Dame-de-la-Pitié qui fut, sur la terre de France, l’un des premiers asiles des Frères minimes.

Dès que Louis XI qui a ordonné qu’on le reçoive comme si c’était notre Saint-Père, apprend l’arrivée de François de Paule dans son royaume, il ressent une satisfaction sans pareille : Je sens une telle joie, dit-il à son écuyer Jean Moreau, qui lui apporta la nouvelle, et une si grande consolation pour les approches de ce saint personnage que je ne sais si je suis au ciel ou en la terre, et pour cette nouvelle si agréable, demandez-moi telle récompense que vous voudrez. L’heureux messager sollicite un évêché pour son frère et dix mille écus d’or pour lui.

La petite troupe quitte Fréjus, traverse la Provence et le Dauphiné, entre à Lyon où François est reçu avec de grandes marques de respect et de dévotion : tous s’empressent autour de lui pour toucher sa robe. Par le Bourbonnais et l’Orléanais, on passe en Touraine où, près du château du Plessis-les-Tours, le Roi, accompagné des seigneurs de sa cour, vient à la rencontre saint François de Paule, se jette à ses pieds et implore ses bénédictions (24 avril 1482). Puis, tenant le saint par la main, il le conduit au logement préparé pour lui dans une aile du château, près de la chapelle de Saint-Mathias.

Les premières cajoleries passées, Louis XI juge que le moment est venu d’obtenir du saint homme les faveurs qu’il en escompte. Il le fait appeler auprès de lui, et, par le truchement de l’indispensable interprète, Ambroise Rombault, le Roi au corps terrassé par l’âge, mais à l’esprit bouillonnant de convoitises, humblement prosterné devant le villageois calabrais et lui dit, la voix pleine des angoisses de la mort : Saint homme, saint homme, empêche-moi de mourir ! François de Paule accueille les supplications royales avec une calme sérénité mais, pas un instant, il ne laisse au monarque le moindre espoir d’un miracle. Tout ce qu’il veut lui apporter, c’est le sentiment de la confiance en Dieu ; quand Louis XI parle d’éternelle guérison, François de Paule parle de la mort inévitable.

Louis XI n’insiste pas mais son espoir est brisé. Le soupçon l’envahit d’autant mieux que le médecin Coitier, craignant de trouver un rival, attise sa méfiance : Ce soi-disant saint homme est un fourbe, ce qu’il cherche, c’est à vous faire payer les miracles. Tentez-le avec de l’or, et vous verrez bien ! Louis XI qui, faute de mieux, trouve l’idée subtile, tend à François de Paule un bonnet rempli d’écus en disant : Acceptez cet argent, mon Père, il vous servira à construire à Rome un monastère. Le moine refuse et Louis XI, voyant en lui un homme de bonne foi, s’il ne le considère plus comme un sauveur, lui conserve son estime et sa confiance. Il lui accorde une pension de 300 livres et charge l’intendant Briçonnet de veiller à ses besoins ; souvent, il le fait venir ou va le trouver dans sa chambre pour causer avec lui. Comynes raconte, dans ses Mémoires : Je l’ai maintes fois ouï devant le roi, qui est de présent, où étaient tous les grands du royaume… Mais il semblait qu’il fut inspiré de Dieu des choses qu’il disait et remontrait, car autrement n’eut su parler de choses dont il parlait. Et le prudent chroniqueur d’ajouter : Il est encore vif par quoi se pourrait bien changer ou en mieux ou en pire et pour ce m’en tai. Malgré ces bons rapports, le roi, toujours à l’affût d’une trahison ou d’une supercherie, fait surveiller François de Paule jour et nuit. Pourtant, devant la pure simplicité de la vie du moine, Louis XI peut se convaincre que celui-ci n’est pas plus capable de ruse qu’il n’avait été – envers lui – capable de miracle… Et cependant c’est sur Louis XI peut-être que le saint accomplit le plus beau, le plus charitable de ses miracles.

Bien qu’il fut formellement interdit de prononcer le cruel mot de la mort devant le Roi, François de Paule lui en parle et, en août 1483, lorsque Louis XI sent qu’il est perdu, le moine calabrais ne quitte plus le chevet du malade et lui fait accepter le parti de trépasser. Aux exhortations de saint François de Paul, Louis XI se résigne chrétiennement. L’âme inquiète, tortueuse, épouvantée, à laquelle le saint Calabrais ouvre tranquillement les chemins de l’au-delà, peu à peu, avec la certitude de la mort, trouve la confiance et la paix. Lucide jusqu’au dernier instant, le Roi prend lui-même ses ultimes dispositions : il remet les sceaux au Dauphin, appelle les Beaujeu pour leur confier le Royaume et son petit le roi. Le 30 août, à 9 heures du soir, tandis que François de Paule récite la prière des agonisants, Louis XI murmure une dernière fois : Notre-Dame d’Embrun, ma bonne maîtresse, aidez-moi, puis il rend l’esprit.

Charles VIII continue à François de Paule les bonnes grâces de son père, Anne de Beaujeu, régente du Royaume, le protège ouvertement et lui conserve son logement au château de Plessis-les-Tours. Sous le règne de Charles VIII, l’Ordre des Minimes prend un développement considérable : en 1489, le roi fait bâtir les couvents de Tours et d’Amboise qu’il dote de précieux privilèges ; A Rome, il donne aux Frères minimes la maison de la Très-Sainte-Trinité, sur la colline des Jardins ; la reine Anne de Bretagne fonde, à Chaillot, le couvent royal de Notre-Dame-de-Toutes-les-Grâces et un monastère à Gien.

Après la mort de Charles VIII, François de Paule, âgé de quatre-vingt-deux ans, veut retourner en Calabre pour revoir sa maison familiale, les arbres à l’ombre desquels il a tant prié, le premier couvent dont il a, de ses mains, posé les pierres sur les pierres. Louis XII y consent, mais, dit le Père Hilarion de Coste, dès que cette nouvelle fut sue à la cour, plusieurs princes et seigneurs, entre autres Georges d’Amboise, archevêque de Rouen, remontrèrent à Sa Majesté que l’absence d’un homme de vie si exemplaire, et si sainte, que l’es rois ses prédécesseurs avaient fait rechercher avec tant de soin, serait une grande perte pour la France, de sorte que ce Prince, qui était la bonté même, révoqua aussitôt le pouvoir qu’il lui avait donné de sortir de ce royaume pour se retirer en Calabre.

François de Paule renonce à son projet et le nouveau roi comble le chef des Minimes de faveurs. L’Ordre se répand du royaume de Naples en Sicile, de Rome en France, en Espagne, où les religieux reçoivent le nom de Pères de la Victoire, leur arrivée ayant coïncidé avec les succès remportés par Ferdinand V sur les Maures ; en Allemagne, où l’empereur Maximilien les accueille avec dévotion. C’est en 1493 que les règles de l’Ordre sont nettement établies par le saint. François de Paule rédige successivement quatre règles approuvées par Rome pour son Ordre (1493, 1501, 1502 et 1507), propose une règle pour les gens du monde qui veulent vivre selon son esprit, le tiers-ordre, (1501) et donne une règle pour des religieuses (1506) dont le premier couvent est fondé en Espagne. La mortification nouvelle qu’elles apportent et qui, jusqu’alors, n’a jamais été imposée, consiste dans l’obligation de prononcer le vœu de jeûne perpétuel ou de la vie quadragésimale. Il est interdit aux Minimes non seulement de consommer de la viande, mais encore de manger quoi que ce soit provenant d’animaux. Les seuls aliments tolérés sont le pain, l’eau et l’huile. La règle exige aussi l’entière pauvreté, la robe noire taillée dans la plus grossière des laines ; les religieux ne doivent rompre un continuel silence que par le chant des offices divins et la confession publique de leurs fautes.

Admirable prédicateur vanté par Commynes, François de Paule toujours pauvre et austère, recherchant sans cesse la solitude pour prier, est, au dire de ses contemporains, humble et doux, suave et plein de bénignité, mais aussi ferme que patient.

Ayant établi des lois purifiantes, ayant autour de lui soulagé d’innombrables misères, tourné vers Dieu d’innombrables repentirs, François de Paule sent que l’heure de son repos va sonner. Il attend, avec une grande humilité, les approches, si belles pour lui, de la mort. Le dimanche des rameaux de l’an 1507, étant en son couvent de Plessis-les-Tours, déjà épuisé par l’âge et par les mortifications, il est pris d’une petite fièvre perfide. Couché comme à l’ordinaire sur une planche, il réunit ses religieux pour leur faire part de ses ultimes recommandations. Cinq jours après, le vendredi saint, 2 avril 1507, vers 10 heures du matin, l’ancien ermite des forêts de Calabre, devenu, par la grâce de Dieu, le consolateur des rois et des indigents, expire dans la plus douce sérénité, en murmurant le verset du psaume : Seigneur, je remets mon esprit entre vos mains.

Jules II, en 1512, permet l’ouverture d’un procès apostolique en vue de la canonisation de François de Paule. Léon X qui, par le bref Illius, daté du 7 juillet 1513, avait autorisé son culte privé, le canonise, le 12 mai 1519, par la bulle Excelsus Dominus, la première canonisation de son pontificat, qui loue en saint François de Paule la force confondue par la faiblesse, la science qui enfle cédant à la simplicité qui édifie.

Le 2 avril 1745, à Paris, dans l’église des Minimes, Massillon prononça le panégyrique de saint François de Paule devant le chancelier d’Aguesseau et sa femme, Jeanne d’Ormesson, qui descendait de la sœur du saint, Brigitte d’Alesso.

15:38
15 avril 2008


Augustin

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Lettre de Saint François de Paule (1486)

(Source : Vatican.va)


Que notre Seigneur Jésus, lui qui récompense magnifiquement, vous donne le salaire de votre peine.

Fuyez le mal, repoussez les occasions dangereuses. Nous et tous nos frères, quoiqu’indignes, prions continuellement Dieu le Père, son Fils Jésus Christ et la Vierge Marie, pour qu’ils ne cessent de vous assister dans la recherche du salut de vos âmes et de vos corps.

Quant à vous, mes frères, je vous exhorte vivement à travailler avec prudence et ardeur au salut de vos âmes: La mort est certaine, la vie est brève: elle s’évanouit comme la fumée.

Fixez donc votre esprit sur la passion de notre Seigneur Jésus Christ: par amour pour nous, il est descendu du ciel pour nous racheter; pour nous, il a subi tous les tourments de l’âme et du corps, et n’a évité aucun supplice. Il nous a donné l’exemple de la parfaite patience et de l’amour. Nous devons donc être patients devant tout ce qui s’oppose à nous.

Abandonnez les haines et les inimitiés; veillez à éviter les paroles dures; si elles se sont échappées de votre bouche, ne répugnez pas à procurer le remède par cette bouche qui a causé les blessures; ainsi pardonnez-vous mutuellement pour ensuite ne plus vous souvenir de vos torts. Garder le souvenir du mal, c’est un tort, c’est le chef-d’œuvre de la colère, le maintien du péché, la haine de la justice; c’est une flèche à la pointe rouillée, le poison de l’âme, la disparition des vertus, le ver rongeur de l’esprit, le trouble de la prière, l’annulation des demandes que l’on adresse à Dieu, la perte de la charité, l’iniquité toujours en éveil, le péché toujours présent et la mort quotidienne.

Aimez la paix, le plus précieux trésor que l’on puisse désirer. Vous savez déjà que nos péchés excitent la colère de Dieu : il faut donc que vous les regrettiez pour que Dieu, dans sa miséricorde, vous pardonne. Ce que nous cachons aux hommes, Dieu le connaît; il faut donc vous convertir d’un cœur sincère. Vivez de façon à recueillir la bénédiction du Seigneur; et que la paix de Dieu notre Père soit toujours avec vous.

 

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