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LOVECRAFT, Howard Phillips – Les Champignons de Yugoth

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11:33
1 octobre 2012


Aymeric

Membre

France

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1

LOVECRAFT, Howard Phillips – Les Champignons de Yugoth

(Titre original : Fungi from Yuggoth, 1929-1930)

Traduction : Benoît Vézinaud (domaine public, source ebooksgratuits)


01. Le Livre

L’endroit était sombre poussiéreux et à demi abandonné

Dans le dédale des vieilles allées près des quais

Regroupant d’étranges choses rapportées de la mer

Et des lambeaux de brumes apportées par le vent de l’ouest,

Petits losanges vitrés, obscurcis par la fumée et le givre

Que des livres entassés, empilés tels des arbres tordus

Accumulés du sol au plafond – des tas

Croulants d’anciennes camelotes à bas prix.

Je suis entré charmé, et d’un amas de toiles d’araignées

Je tirai le plus proche tome et le pris en main

Tremblant devant ces curieux mots semblant garder

Quelque secret, monstrueux si un seul le savait.

Puis, cherchant quelque vieux vendeur en cette boutique

Je ne pus rien trouver qu’une voix qui riait.


02. Poursuite

Je tenais le livre serré sous ma veste, avec peine

Pour cacher cette chose en un tel lieu

À travers les anciennes lignes portuaires

Et tournant la tête et d’un pas nerveux

Devant de ternes et furtives fenêtres dans de vieux murs en briques

Par lesquelles de curieux regards me firent me hâter,

Et la pensée de ce qu’elles abritaient me rendit malade

Et seule la vue d’un coin de ciel bleu propre me soulageait.

Personne ne m’avait vu prendre la chose – mais restait

Un blanc rire roulant dans ma tête tournoyante

Et je pouvais imaginer ce que cachaient ces mots malades

M’accrochant au volume que j’avais dérobé,

Le chemin se fit étrange – et les murs aussi et folie,

Et loin derrière moi, des pas invisibles se firent entendre.


03. La clef

Je ne savais pas comment m’en sortir entre les piles de déchets

De ces étranges lignes du bord de mer qui me ramenèrent à la maison une fois encore

Mais arrivant sous mon porche, je tremblai de blanche précipi-tation

Pour me jeter à l’intérieur et traverser la lourde porte,

J’avais le livre qui contenait le secret passage,

Par-delà le tourbillon et au travers les frontières des espaces suspendus

Qui tenaient les mondes non dimensionnés à distance

Et gardaient les ères perdues dans leurs demeures.

Au final, la clef était à moi qui m’amènerait à des visions floues

De flèches solaires et de bois crépusculaires et couverts,

Sis dans des golfes au-delà des occupations de cette Terre

Là où se tapissent les mémoires de l’infini

La clé était mienne, mais je me suis assis là marmonnant

La fenêtre du grenier s’agita en un léger mouvement.


04. Reconnaissance

Le jour revint à nouveau, et comme un enfant

Je regardai – juste une fois – les bouquets de vieux chênes

Gris enveloppés de brumes s’attachant à leurs racines

Les formes rampantes que la folie a souillées

C’étaient les mêmes – une plage d’herbages sauvages

S’accroche autour d’un autel sculpté dont le signe invoque

Celui qui n’a pas de nom parmi les mille fumées,

Roses, ères perdues, depuis les ruines entassées des tours.

Je vis le corps sortir de cette pierre humide

Et connus les choses qui festoyaient quand il n’y avait pas en-core d’hommes,

Je connus cet étrange monde gris qui n’était pas le mien

Mais Yuggoth, passé les tourbillons étoilés – et alors

Le corps hurla après moi avec son cri mort,

Et bien trop tard, je sus que c’était moi !


05. Retour au foyer

Le démon dit qu’il voulait me ramener à la maison

Au pâle et sombre pays que je reconnus à moitié,

Comme une haute place d’étages et de terrasses emmurées

Avec des balustrades de marbre, creuses ouvertes aux vents des cieux

Dont les miles au-dessous formaient un labyrinthe de dômes s’entassant

Et de tours les unes sur les autres dominant une mer s’étalant,

Une fois encore, il me dit, je veux rester fasciné

Sous ces vieilles hauteurs, et écouter les écumes du lointain.

Tout cela, il me le promit, et au travers des ponts de lumière so-laire

Il me balaya, passant les clapotis de lacs enflammés

Et les trônes d’or rougis des dieux sans nom

Qui criaient de peur au vu d’un destin imminent

Alors un golfe noir peuplé des sons de la mer dans la nuit :

« Ici est ta maison, se moqua-t-il, quand tu recevais la vue ! »


06. La Lampe

Nous trouvâmes la lampe dans ces falaises creuses

Elle était ciselée de signes que les prieurs de Thèbes pouvaient lire

Et ces hiéroglyphes provenant d’effrayantes cavernes

Avertissaient toute créature vivante des races de la terre.

Plus rien n’était là – juste cet effronté bol

Avec de curieuses traces d’huile dedans

Couvert d’obscurs motifs s’enroulant

Et de symboles évoquant vaguement d’étranges péchés.

Résumant les peurs de quarante siècles

Que nous emportions comme un mince butin

Et quand nous l’observâmes dans notre tente enténébrée

Nous conçûmes un procédé pour tester l’huile antique,

Elle brûla – grand Dieu !… Et que les vastes formes que nous vîmes

Dans cette folle vasque portèrent nos vies dans la crainte.


07. Les collines de Zaman

Le rebord de la grande colline se refermait sur la vieille ville,

Un précipice contre la fin de la rue principale

Vert, élevé, et forestier, semblant étrangement sombre,

Dominant le clocher et le virage de la grande voie.

Deux cents ans que les murmures avaient étés entendus

À propos de ce qui s’était passé à la pente de l’homme fuyant,

Contes d’un cerf ou d’un oiseau curieusement mutilé.

Ou de garçons perdus sur qui l’on avait cessé d’espérer

Un jour le postier ne retrouva plus le village

N’en revit ni les gens ni les maisons,

Les gens sortirent d’Aylesbury pour voir

Et dirent au postier que ce n’était qu’une plaine

Et qu’il était fou de dire ce qu’il avait vu,

La grande colline aux yeux gloutons et aux mâchoires larges et tendues.


08. Le port

Dix miles depuis Arkham et j’avais martelé la piste

Qui monte la falaise au dessus de Boynton Beach,

Et espérait qu’au coucher de soleil je pourrais rejoindre

La crête d’où l’on voyait Innsmouth en contrebas.

Loin sur la mer, un voilier se retirait,

Blanc comme les dures années que les vents anciens avaient dé-colorées

Mais diable plus loin que la voix ne pouvait porter,

Donc je n’agitai pas ma main ni ne saluai.

Naviguant hors d’Innsmouth ! Faisant écho à la renommée an-cienne

De longs temps morts. Mais maintenant une nuit trop rapide

Arrivait, et j’avais rejoint la hauteur,

D’où je pouvais observer la ville lointaine

Les clochers et toits étaient là – mais regardez ! La morosité

Tombait sur les rues sombres, sans lumières comme la tombe.


09. L’arrière-cour

C’était la ville que j’avais connue avant,

L’ancienne, lépreuse ville où des foules bâtardes

Chantaient d’étranges dieux, et frappaient des gongs impies.

Dans des cryptes sous des ruelles fétides près de la rive

La pourriture, des maisons aux yeux de poissons lorgnaient sur moi

De travers, soûles et à moitié animées.

En longeant l’ordure, je passai le pont

Jusqu’à la noire arrière-cour dans laquelle l’homme voulait être.

Les noirs murs m’enfermèrent, et me maudirent lourdement

D’être venu dans un tel antre.

Quand soudain un rideau d’une fenêtre creva

Laissant échapper une pleine lumière, et grouilla de danseurs

Fous, ébats silencieux de la mort se traînant

Et des corps qui n’avaient ni mains ni tête.


10. Les pigeons voyageurs

Et ils m’encanaillèrent sous les murs de brique maigre,

Débordants vers l’extérieur comme sous l’effet d’un mal emma-gasiné

Et les façades tordues suintaient d’épaisses fautes

Allusions à des dieux extraterrestres et démoniaques,

Un million de feux brûlèrent dans les rues

Et des toits plats, quelques peu furtifs voulurent s’envoler

Des oiseaux débraillés jusqu’au ciel béant,

Tandis que des tambours cachés bourdonnaient des rythmes mesurés.

Je savais que ces feux appelaient de monstrueuses choses

Et que ces oiseaux de l’espace étaient dehors –

Je devinai de quelles noires cryptes d’une sombre planète ils provenaient,

Et ce qu’ils apportaient de Thog sous leurs ailes

Les autres riaient – comme s’ils ne pouvaient parler

De ce qu’ils entrevoyaient dans le bec d’un de ces oiseaux malé-fiques.


11. Le puits

Le fermier Seth Atwood avait passé quatre-vingts ans quand

Il essaya de creuser ce puits à sa porte

Avec seulement Eb pour l’aider sondant et sondant encore

Nous rîmes, et espérâmes qu’il voudrait bientôt être de nouveau sain,

Et encore, à la place, Eb devint fou aussi

Donc ils le conduisirent à la ferme du comté

Seth garda sa bouche murée comme si elle était collée,

Puis s’entailla une artère de son bras gauche noueux.

Après les funérailles, nous tombâmes d’accord pour

Nous rendre jusqu’au puits et enlever les briques,

Mais tout ce que nous vîmes fut une volée d’échelons de fer,

Descendant plus profondément dans le trou sombre que nous ne saurions le dire.

Et encore nous remîmes les briques – car nous avions trouvé

Que le trou était trop profond pour rendre un seul son.


12. Le hurleur

Ils me dirent de ne pas emprunter le chemin de Brigg’s Hill,

Qui était connu pour être une voie principale vers Zoar,

Pour Goody Watkins, pendu en 1704,

Laissant une certaine monstrueuse suite.

Encore quand je désobéis, et eus en vue

Le cottage couvert de vigne contre la pente du grand rocher

Je ne pus penser aux ormes ni à la corde de chanvre

Mais fus émerveillé que la maison semblât si neuve.

S’arrêtant un peu pour voir passer le jour déclinant

J’entendis des hurlements faibles provenant d’une pièce en haut des escaliers,

Et au travers des planches empoisonnées passa un rayon de so-leil.

Frappant, je pris au dépourvu le hurleur

Jetant un oeil rapide – je m’enfuis alors en détresse de cet en-droit

Et de cette chose à quatre pattes avec une tête humaine me re-gardant droit.


13. Hesperia

Les lumières de l’hiver, brûlant au-delà des clochers

Et des cheminées à demi détachées de cette sphère terne,

Ouvrirent grandes les portes à quelques années perdues,

D’anciennes splendeurs et divins désirs

Accouchant de merveilles brûlant de leurs riches feux,

Lourds d’aventures, et ne craignant pas la peur

Une rangée de sphinx là où la voie s’éclaircit

Sous les tourelles et les murs palpitaient de lointaines lyres.

C’était le pays où la beauté s’exprimait en fleurs,

Là où toute mémoire avait sa source,

Où la grande rivière du temps prenait sa course,

Descendant le vide immense dans son lit d’heures étoilées.

Les rêves nous en amenaient près – mais d’ancestrales tradi-tions répétaient

Que l’humain n’avait jamais souillé ces rues.


14. Les vents étoilés

Il s’agissait de certaines heures de tristesse crépusculaire,

Le plus souvent en automne, quand le vent étoilé se verse

Descend la rue depuis le sommet de la colline, désertée sans au-cune porte ouverte,

Mais où des hâtives lampes de nuit éclairaient des chambres douillettes

Les feuilles mortes se ruaient, formant de fantastiques tourbil-lons,

Et la fumée des cheminées roulait d’une grâce extraterrestre

Construisant des figures d’au-delà de l’espace

Pendant que Fomalhaut perçait au travers des brumes du sud.

C’était l’heure que les poètes lunaires connaissaient

Que les champignons de Yuggoth germaient, et que les parfums

Et les nuances des fleurs emplissaient les continents de Nithon.

Comme avec un riche parfum de terre

Encore pour chaque rêve ces vents conviaient

Des dizaines des nôtres et les entraînaient !


15. Antarktos

Au fond de mon rêve, le grand oiseau chuchota étrangement,

Du cône noir au milieu des déchets polaires

S’extirpant de la calotte de glace désolée et morne,

Poussé par la folle tempête des ères battues et effacées

Ici aucune forme de vie terrienne ne prenait sa course

Et seules de pâles aurores et d’évanescents soleils

Luisaient sur ce roc escarpé, qui est source primaire

Où se devinent confusément les Grands Anciens.

Si les hommes pouvaient l’entrevoir, ils se demanderaient con-fusément

Quelle est cette construction délicate de la nature qui s’offre à leurs regards,

Mais l’oiseau évoque de grandes étendues, sises en-dessous

De la couche glacée profonde en kilomètres s’écrasant et cou-vant et supportant,

Que Dieu aide le rêveur qui aura ces visions folles lui montrant

Ces yeux morts figés en ces golfes de cristaux souterrains.


16. La fenêtre

La maison était vieille, avec ses ailes enchevêtrées et rejetées

De qui personne n’avait pu garder même la moitié d’une trace,

Et dans une petite pièce quelque part près du fond

Était une vieille fenêtre close d’anciennes pierres.

Là, dans les rêveries de l’enfance, encore seul

J’allais souvent, quand la nuit régnait vague et sombre,

Oubliant les toiles d’araignées avec un curieux manque

De peur, et avec un émerveillement chaque fois grandissant.

Un jour d’après, je conduisis les maçons ici,

Pour trouver quelle vue mes ancêtres avaient bouchée

Mais quand ils percèrent la pierre, un vif courant d’air

Parvint des vides extraterrestres bâillant au-delà.

Ils fuirent – mais je regardai et trouvai déroulés

Tous les mondes sauvages dont mes rêves m’avaient parlé.


17. Une mémoire

Il y avait là de grandes steppes, et des plateaux rocheux

S’étendant à moitié illimités dans la nuit étoilée,

Avec des feux de camps extraterrestres diffusant leur faible lu-mière

Des bêtes avec des cloches tintantes, en remuantes bandes,

Plus loin vers le sud, la plaine s’inclinait doucement et prenait de l’ampleur,

Jusqu’à un sombre zigzag de mur terminant une vallée

Comme un énorme python des jours premiers

Que le temps sans fin aurait glacé et pétrifié.

Je grelottai curieusement dans le froid et léger courant d’air

Et émerveillé d’où j’étais et comment j’y étais parvenu,

Quand une forme gluante d’un des éblouissants feux de camp

Grandissante et s’approchant, m’appela par mon nom,

Regardant ce visage mort sous sa hotte

Je cessai d’espérer – car je venais de comprendre.


18. Les jardins de Yin

Sous ce mur, fait d’ancienne maçonnerie,

Atteignant presque le ciel en tours couvertes de mousses

Il y aurait des jardins en terrasses, riches et fleuris,

Et agités d’oiseaux et de papillons et d’abeilles

Il y aurait des promenades, et des ponts enjambant

De froids bassins couverts de lotus reflétant les corniches des temples,

Et des cerisiers avec de délicates branches et feuilles

S’élevant dans un ciel rose où les hérons s’envoleraient.

Tout devait être là, pour ne pas avoir été de vieux rêves jetés,

Au travers des portes ouvertes de ce labyrinthe éclairé de lan-ternes de pierre

Où la somnolence des flux tournants provenait de leurs voies venteuses,

Longées de vertes vignes et de leurs spires s’accrochant

Je me suis précipité – mais quand le mur s’approcha menaçant et grandissant

Je m’aperçus qu’il n’y avait plus aucun passage.


19. Les cloches

Année après année j’ai entendu le faible et lointain son,

Des profondes et toniques cloches dans le noir vent de minuit

Provenant de clochers que je ne pouvais jamais trouver,

Mais étrangement, comme s’il parvenait au travers de grands vides

Je cherchais en ma mémoire et en mes rêves un indice,

Et mes pensées pleines de chimères que mes visions charriaient

De la calme Innsmouth, où les blanches mouettes s’attardaient,

Autour d’un ancien clocher que j’avais connu.

Toujours perplexe j’entendais ces lointaines notes tomber,

Jusqu’à ce qu’une nuit de Mars où la pluie tombait froide

Me fit revenir au travers des portes du souvenir,

À d’anciennes tours dont les battants claquaient,

Ils claquaient – mais depuis le déversement des noires marées

Et de leurs vallées encaissées sur le sol mort de la mer.


20. Les gants de la nuit

De quelle crypte rampaient-ils, je ne pouvais le dire,

Mais chaque nuit que je voyais les choses caoutchouteuses

Noires, cornues et minces, aux ailes membraneuses,

Et leurs queues fourchues comme provenant de l’enfer

Elles venaient en légions avec les vagues du vent du nord,

Leurs obscènes pattes griffues me provoquaient et me pi-quaient,

M’arrachant à mon foyer pour m’emmener en de monstrueux voyages

Aux mondes gris et cachés dans les tréfonds du cauchemar.

Jusqu’aux pics dentelés de Thok, ignorant,

même les cris que je poussais

Et descendant les profonds abysses cachant de fétides lacs,

Où les shoggoths haletants étaient plongés en un douteux som-meil,

Mais oh ! si seulement elles avaient voulu faire du bruit

Ou porter une face où des visages auraient pu être trouvés.


21. Nyarlathotep

Et en dernier en la profonde Égypte venait

L’étrange et sombre devant lequel les fellahs s’inclinaient,

Silencieux et maigre et profondément fier

Et drapé de vêtements rouges comme les feux du soleil,

Aux créatures environnantes, frénétiques et à ses ordres

Mais laissant, ne pouvant dire ce qu’elles avaient entendu,

Jusqu’au travers des nations propageant ses mots d’émerveillement

Les bêtes sauvages le suivaient et lui léchaient les mains.

Bientôt de la mer naissait délétère le commencement,

Pays oubliés aux clochers envahis par la mauvaise herbe et aux splendeurs dorées,

Le sol en était crevassé, et de folles aurores descendaient

Suivant les tremblantes citadelles des hommes.

Alors, la moisissure se répandait comme par jeu

Le chaos idiot soufflait sur la Terre et la renvoyait à la poussière.


22. Azathoth

Au-delà de l’espace connu le démon m’attendait,

Passés les lumineux fragments de notre place

Jusqu’à l’endroit où ni temps ni matière n’étaient,

Mais seulement le chaos, sans forme ni réelle composition,

Là était le seigneur de Tout dans les ténèbres emprisonné,

Les choses qu’il rêvait mais qui ne pouvaient être comprises

Comme des choses chauves-souris virevoltaient et voltigeaient

En d’idiots tourbillons que des vaporeuses lumières bouscu-laient.

Elles dansaient follement depuis les hauteurs, couinant faible-ment,

Au son de monstrueuses flûtes lancées en d’infernaux rythmes,

Et les combinaisons sans but de leurs incessantes vagues

Donnaient au fragile cosmos sa loi éternelle.

« Je suis son messager », disait le démon

Et comme par mépris il frappait le menton de son maître.


23. Mirage

Je n’ai jamais su s’il existait vraiment,

Ce monde perdu flottant mollement sur les courants du temps

Et encore je le vois souvent, d’un mystérieux violet,

Et chatoyant à l’arrière d’un vague rêve

Il y avait là d’étranges tours et de curieuses rivières clapotantes,

Labyrinthes merveilleux, et basses voûtes lumineuses

Et les branches traversaient le ciel de flammes, comme celles qui tremblotent,

Magiquement juste avant une nuit d’hiver.

De vastes landes conduisant à des rives bordées de joncs et dé-peuplées,

Où des grands oiseaux voletaient, tandis que sur une colline ba-layée par le vent,

Il y avait un village, ancien et aux clochers blancs,

Avec ses carillons du soir que je restais à écouter

Je ne savais pas quel pays c’était – ou oser

Demander quand ni pourquoi j’y étais.


24. Le canal

Quelque part en rêve il y avait une mauvaise place,

Où de grands et déserts bâtiments entouraient

Un profond canal noir et étroit fumant fortement,

Des choses effrayantes d’une race huileuse

Allées bordées de vieux murs à moitié recouverts

Le vent descendait les rues connues et inconnues,

Et la faible lueur de la lune projetait un spectral halo

Le long de longues rangées de fenêtres noires et mortes.

Il n’y avait pas de traces de pas, et le seul son léger

Était l’eau huileuse qui s’écoulait

Sous les ponts de pierre, et le long

De ses profond égouts, jusqu’à un vague océan dans le lointain,

Aucune vie pour dire quand ce courant baignait

Cette région de rêves perdus depuis ce monde d’argile.


25. Saint Toad

Craignez les carillons fêlés de saint Toad, je l’ai entendu crier,

Comme je plongeais dans ces folles allées qui se ramifient

En labyrinthes obscurs et indéfinis,

Au sud de la rivière où d’anciens siècles rêvaient,

Il était une furtive figure, pliée et déchirée

Et en un instant décalée hors de la vue

Qui resta pendant que je m’enfouissais dans la nuit,

Vers là où grandissaient ces silhouettes de toits malignes et den-telées.

Pas de manuel pour dire ce qui se tapissait là –

Mais maintenant je pouvais entendre un autre vieil homme crier,

Craignez les carillons fêlés de saint Toad, et devenant faible

Je m’arrêtai quand un troisième vieux croassa effrayé,

Craignez les carillons fêlés de saint Toad ! Atterré, je fuis

Jusqu’à ce que soudain cette flèche noire se fonde dans la nuit.


26. Les familiers

John Whateley vivait à près d’un mile de la ville,

Là où les collines commençaient à s’accumuler en épaisseur

Nous n’avions jamais pensé que son esprit fût rapide,

Voyant comment il avait laissé sa ferme se ruiner

Il perdait couramment son temps avec de vieux et bizarres livres,

Qu’il avait trouvé parmi son grenier

Jusqu’à ce que d’amusantes lignes se tracent sur son visage

Et les gens disaient qu’ils n’aimaient pas son apparence.

Quand il commença ses cris dans la nuit, nous dîmes

Qu’il eût mieux fallu l’enfermer pour éviter des dégâts,

Donc trois hommes de l’hôpital d’Aylesbury

Vinrent pour lui – mais revinrent seuls et apeurés

Ils l’avaient trouvé parlant à deux choses rampantes,

Qui à leur arrivée s’étaient envolées de leurs grandes ailes noires.


27. L’ancien phare

Depuis Leng, où les pics rocheux montaient sombres et nus,

Sous d’obscures et froides étoiles pour le regard humain

Qui éclairaient pendant le crépuscule en simples rayons de lu-mière,

Dont les rais bleus faisaient pleurnicher les bergers en prière

Ils disaient (comme aucun n’est venu là) que cela venait

D’un phare dans une tour de pierre

Où le dernier Grand Ancien vivait en solitude

Parlant au chaos par des battements de tambour.

La chose, murmuraient-ils, portait un masque de soie,

De jaune, dont les étranges plis semblaient cacher

Une face qui n’était pas de cette terre, telle que personne n’osait demander

Juste ce qu’étaient ses traits, qui déformaient le masque

Beaucoup, dans leur première jeunesse, avaient recherché ce qui brille,

Mais ce qu’ils avaient trouvé, personne ne le saura jamais.


28. Espoir

Je ne peux dire pourquoi certaines choses comptent pour moi,

Un sentiment de merveilles insondables qui vont arriver

Ou une cassure dans le mur de l’horizon,

S’ouvrant sur des mondes où seuls les dieux pouvaient être

Il y avait un halètement, un vague espoir,

Comme de vastes et anciennes cérémonies dont je me rappelle à moitié,

Ou de sauvages et incorporelles aventures,

Extase de la peur, comme des rêves libres et éveillés.

C’est dans la lumière solaire sur d’étranges flèches citadines,

De vieux villages et forêts et chutes mythiques

Vents du sud, la mer, petites collines, et villes éclairées,

Vieux jardins, chansons à moitié entendues, et les lueurs de la lune,

Mais tous ne sont que vagues souvenirs solitaires et sans vie

Nulle récompense ou énigme qui ne s’y cache à donner ou à ex-pliquer.


29. Nostalgie

Une fois chaque année, pendant les mélancoliques lueurs d’automne,

Les oiseaux traversent un océan perdu

Appelant et bavardant en une joyeuse hâte,

Pour rejoindre quelque terre que leur mémoire profonde con-naissait.

De grands jardins en terrasse où des fleurs lumineuses s’épanouissent,

Et des allées de manguiers succulents au goûter

Et des temples recouverts de branches entrelacées,

Au travers de frais chemins – que leurs vagues rêves leurs mon-traient.

Ils recherchaient en mer des traces de leurs anciens rivages,

Pour la grande cité, blanche et ornée de tourelles

Mais seulement de vides étendues d’eau s’étendaient par là,

Et donc en fin de course, ils rebroussaient chemin encore une fois.

Entre de creuses profondeurs d’où les polypes extraterrestres pullulaient,

Les anciennes tours retenaient leur seule et ancienne chanson.


30. Ce qu’il y a derrière

Je ne pourrais jamais être lié aux nouvelles et primales choses,

Pour la première fois je vis la lumière en une vieille ville

Depuis ma fenêtre les toits blottis descendaient

Vers un port pittoresque riche en belles images

Des rues aux portes sculptées où le soleil rayonnait,

Inondant les vasistas et les fenêtres à petits carreaux

Et les clochers géorgiens surmontés d’ailettes dorées,

C’est là les images qui ont formé mes rêves d’enfance.

De tels trésors, épargnés du temps

Ne peuvent prendre la main sur de si légers spectres,

Ceux-ci virevoltent avec les voies changeantes et les confessions confuses,

Au travers des murs inchangés de la terre et du paradis,

Ils coupèrent les brides du moment et me laissèrent libre

De rester debout seul devant l’éternité.


31. L’habitant

Il a été vieux quand Babylone était neuve,

Personne ne sait combien de temps il dormit sous ce monticule

Où à la fin nos pelles en recherche le trouvèrent,

Bloc de granite que nous ramenions à la vue

Il y avait là de vastes pavements et des murs de fondation,

Et des dalles en ruine et des statues sculptées montrant

La fantastique essence de ce lointain

Passé que rien d’humain n’avait pu connaître.

Et alors nous vîmes ces escaliers de pierre descendant,

Sous un porche étouffant de dolomite gravée,

Vers de sombres havres de nuit éternelle,

Où d’anciens signes et secrets primordiaux dormaient là,

Nous avions nettoyé un passage – mais courûmes en une folle retraite

Quand depuis en dessous nous entendîmes des cohortes de pas.


32. Aliénation

Sa chair solide n’avait jamais été loin,

À chaque aube le trouvant à sa place habituelle

Mais chaque nuit son esprit aimait à courir

Au travers des golfes et mondes différents des nôtres,

Il avait vu Yaddith, encore fraîche en sa mémoire

Et était revenu sauf de la zone ghorique.

Quand il passa la nuit au travers des espaces courbes qui arri-vaient

En vastes boucles depuis les vides derrière.

Il s’est réveillé ce matin, comme un vieil homme

Et plus rien ne lui a semblé pareil

Les objets alentours flottaient nébuleux et troubles –

Faux, fantomatiques bagatelles de quelque vaste plan,

Ses amis et gens étaient maintenant une foule extraterrestre

À laquelle il se défendit vainement d’appartenir.


33. Les sirènes du port

Par-delà les vieux toits et les clochers aux flèches décaties,

Les sirènes du port chantaient tout au long de la nuit

Les gorges d’étranges ports et les plages lointaines et blanches,

Et les fabuleux océans en variantes chorales bigarrées

Chacune aux autres extraterrestres et inconnues,

Pourtant toutes par une force obscure portée,

Depuis des golfes couverts plus lointains que la course du Zo-diaque,

Fondues en un seul et mystérieux choral.

Au travers de rêves assombris ils traçaient une longue ligne,

Où restaient les plus sombres formes et cachées les plus éton-nantes vues,

Échos des vides du dehors, et indices subtils

De choses qui ne pouvaient elles-mêmes se définir,

Et toujours dans ces chorales, faiblement propagées

Nous pouvions discerner des notes que jamais un vaisseau ter-restre n’aurait envoyées.


34. Reprise

La voie conduisait en bas d’une lande à moitié couverte de forêt,

Où des rochers couverts de mousse grise formaient de curieuses bosses

Et de curieuses coulées, inquiétantes et froides,

Dispersées dans les invisibles courants des golfes en dessous,

Il n’y avait pas de vent, ni aucune trace de bruit,

Dans ces arbustes curieux et ces arbres exotiques

Ni aucune vue arrière – quand soudain

Derrière ma voie, je vis un monstrueux monticule.

Jusqu’à la moitié du ciel ses faces raides et escarpées

Gazonnées et encombrées par une volée s’effritant,

D’escaliers de lave qui atteignaient de terrifiantes hauteurs

En marches bien trop hautes pour un pas humain,

Je criai – et sus quelle primordiale étoile

M’avait attiré en ces lieux depuis la sphère humaine que j’habitais.


35. L’étoile du soir

Je la vis de cette place silencieuse et cachée,

Où le vieux bois fermait à moitié la prairie,

Elle montrait toute la gloire de la lumière solaire, mince

Au début, mais avec un visage s’éclaircissant lentement,

La nuit vint, et que ce seul phare ambré

Battit à mes yeux comme jamais il ne le fit,

L’étoile du soir – mais mille fois grossie

Plus obsédante en ce silence et en cette solitude.

Elle traçait d’étranges dessins dans l’air frissonnant,

Souvenirs à demi oubliés qui avaient toujours remplis mes yeux

Vastes tours et jardins, curieuses mers et cieux

De quelque trouble vie – je ne pus jamais dire d’où,

Mais maintenant je savais que cela traversait le dôme cosmique de l’espace

Ces rayons qui me rappelaient à mon lointain et perdu foyer.


36. Continuité

Il y avait en certaines anciennes choses des traces,

De quelque trouble essence – plus que la forme ou le poids,

Un tenu éther, indéterminable,

Encore lié à toutes les lois du temps et de l’espace,

Un faible voile signe de continuité,

Que des yeux extérieurs ne pourraient jamais clairement dé-crire,

De dimensions interdites hébergeant les années écoulées

Et interdites d’accès sauf aux rêveries cachées.

Je fus le plus secoué quand les obliques lueurs du soleil s’arrêtèrent,

Sur de vieux bâtiments de ferme calés contre une colline

Et peints de formes de vie qui perdurent encore,

Pour des siècles de rêves de plus que nous n’en connaissons,

En cette lumière étrange je me sens si proche

De ces instables masses que sont les âges.


 

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