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LAMARTINE, Alphonse (de) – Tu ne lèveras point la main contre ton frère… (Poèmes)

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19:37
19 décembre 2008


Augustin

Admin

Paris

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1

LAMARTINE, Alphonse (de) – Tu ne lèveras point la main contre ton frère…

Poèmes extraits du recueil La Chute d'un Ange (1838)


Or ces hommes, enfants ! …

(Extrait de la Septième Vision)

Or ces hommes, enfants ! pour apaiser leur faim,
N'ont pas assez des fruits que Dieu mit sous leur main ;
Leur foule insatiable en un soleil dévore
Plus qu'en mille soleils les bois n'en font éclore.
En vain comme une mer l'horizon écumant
Roule à perte de vue en ondes de froment :
Par un crime envers Dieu, dont frémit la nature,
Ils demandent au sang une autre nourriture ;
Dans leur cité fangeuse il coule par ruisseaux!
Les cadavres y sont étalés en monceaux.
Ils traînent par les pieds, des fleurs de la prairie,
L'innocente brebis que leur main a nourrie,
Et sous l'œil de l'agneau l'égorgeant sans remord
Ils savourent leurs chairs et vivent de la mort !
Aussi le sang tout chaud dont ruisselle leur bouche
A fait leur sens brutal et leur regard farouche.
De leurs cœurs que ces chairs corrompent à moitié
Ils ont comme une faute effacé la pitié,
Et leur œil qu'au forfait le forfait habitue
Aime le sang qui coule et l'innocent qu'on tue.
Car du sang de l'agneau qui suce l'herbe en fleur
À celui de l'enfant il n'est que la couleur :
Ils ont à le verser la même indifférence ;
Ils offrent l’un aux sens et l'autre à la vengeance,
À la haine, à l'amour, à leurs dieux, à la peur.
Pour le verser plus tiède en se perçant le cœur
Ils aiguisent le fer ennemi de la vie,
Le fer qui fait couler le sang comme la pluie,
En haches, en massue, en lames, en poignard.
De l'horreur de tuer ils ont fait le grand art,
Le meurtre par milliers s'appelle une victoire :
C'est en lettres de sang que l'on écrit la gloire ;
Le héros n'a qu'un but, tuer pour asservir!
Le peuple les abhorre, et meurt pour les servir.

19:38
19 décembre 2008


Augustin

Admin

Paris

messages 1949

2

Tu ne lèveras point la main contre ton frère…

(Extrait de la Huitième Vision)

Tu ne lèveras point la main contre ton frère,
Et tu ne verseras aucun sang sur la terre,
Ni celui des humains, ni celui des troupeaux,
Ni celui des poissons, ni celui des oiseaux.
Un cri sourd dans ton cœur défend de le répandre,
Car le sang est la vie, et tu ne peux la rendre.
Tu ne te nourriras qu'avec les épis blonds
Ondoyant comme l'onde au flanc de tes vallons,
Avec le riz croissant en roseaux sur tes rives,
Table que chaque été renouvelle aux convives,
Les racines, les fruits sur la branche mûris,
L’excédent des rayons par l'abeille pétris,
Et tous ces dons du sol où la sève de vie
Vient s'offrir de soi-même à ta faim assouvie :
La chair des animaux crierait comme un remord,
Et la mort dans ton sein engendrerait la mort !…

19:40
19 décembre 2008


Augustin

Admin

Paris

messages 1949

3

Vous ferez alliance…

(Extrait de la Huitième Vision)

Vous ferez alliance avec les brutes même,
Car Dieu qui les créa veut que l'homme les aime :
D'intelligence et d'âme à différents degrés
Elles ont eu leur part, vous la reconnaîtrez ;
Vous lirez dans leurs yeux, douteuse comme un rêve,
L'aube de la raison qui commence et se lève.
Vous n'étoufferez pas cette vague clarté,
Présage de lumière et d'immortalité ;
Vous la respecterez, car l'ange la respecte.
La chaîne à mille anneaux va de l'homme à l'insecte :
Que ce soit le premier, le dernier, le milieu,
N'en insultez aucun, car tous tiennent à Dieu!

.    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .
.    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .  

Ne les outragez pas par des noms de colère,
Que la verge et le fouet ne soient pas leur salaire.
Pour assouvir par eux vos brutaux appétits
Ne leur dérobez pas le lait de leurs petits ;
Ne les enchaînez pas serviles et farouches,
Avec des mors de fer ne brisez pas leurs bouches ;
Ne les écrasez pas sous de trop lourds fardeaux.
Qu'ils vous lèchent la main et vous prêtent leur dos.
Du mammouth au coursier, de l'aigle à la vipère,
Tous ont la juste part du domaine du père.
Comprenez leur nature, adoucissez leur sort :
Le pacte entre eux et vous, hommes, n'est pas la mort.
Entre leur race amie et notre race humaine
Votre seule ignorance a fait naître la haine :
La justice entre vous rétablirait la paix.
Cherchez à deviner pourquoi Dieu les a faits.
A sa meilleure fin façonnez chaque engeance
Prêtez-leur un rayon de votre intelligence ;
Adoucissez leurs mœurs en leur étant plus doux,
Soyez médiateurs et juges entre eux tous.
Que du tigré qui rampe, au passereau qui vole,
Chacun se réjouisse à l'humaine parole!
Et les loups dévorants sortiront des forêts,
Et la chèvre et l'agneau se coucheront auprès,
Et de tout ce qui vit la sagesse infinie
Rétablira d'Éden la première harmonie!

 

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