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RETBI, Shmuel – Décodage

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14:56
9 juin 2016


cocotte

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Shmuel Retbi

 

Décodage

 

La petite ville d'Herzliya, bien au chaud sur la côte méditerranéenne, abritait un amalgame bizarre de retraités ventripotents, de touristes bronzés et d'informaticiens ambitieux. Si Tel-Aviv pouvait passer pour la cervelle d'Israël, Jérusalem pour son cœur et Haifa pour les bras et les jambes, Herzliya en constituait un peu le foie. Ses pépinières technologiques faisaient couler chaque jour un sang nouveau dans les veines de l'économie du pays, tout en réchauffant encore l'atmosphère ambiante.

La pergola de la terrasse du café laissait filtrer le soleil brûlant. Dans l'un des rares coins d'ombre du « Ciel d'Azur », comme se proclamait l'endroit, quatre consommateurs s'efforçaient de lutter contre la canicule à l'aide de boissons fraîches. De toute évidence, ils n'appartenaient ni à la catégorie des gens en voyage ni à la classe des retraités. Il s'agissait de trois hommes d'âge moyen et d'une femme vêtue d'une mini-jupe jeans et d'un chemisier léger à manches courtes. On pouvait lui voir des jambes maigres aux veines saillantes, des bras décharnés et osseux, des pommettes pointues sur un visage maigre et une abondante chevelure longue et blanche qui dénotait la gamine déliquescente aux soixante-cinq ans passés.

Roni Fisher raconta l'histoire qu'il avait reçue de Dany, son correspondant français :

 » Et moi, je prétends que le blanc est une couleur. Allons chez le rabbin, il décidera. Jacob et Salomon vont chez le rabbin. Rabbi, le blanc, c'est une couleur ou non ? Le Rabbin : évidemment que le blanc, c'est une couleur ! Ils s'en vont. Jacob dit à Salomon : Je te l'avais bien dit. Salomon : D'accord, mais le noir, cela n'a rien d'une couleur, c'est une absence de couleur ! Jacob : Allons demander au Rabbin. Rabbi, le noir, c'est une couleur ou non ? Le Rabbin : évidemment que le noir, c'est une couleur ! Ils s'en vont. Jacob : Je te l'avais bien dit, En bref, de quoi te plains-tu ? La télé en noir et blanc que je t'ai vendue, c'est bel et bien une télé couleur. « 

Orna Lévy sourit comme les deux autres auditeurs. Elle reposa son verre de jus de pomme et se redressa sur sa chaise. Les trois autres la connaissaient assez pour savoir ce que cette attitude signifiait. Ils tournèrent le regard vers elle. Elle sourit  encore et déclara :

 » Figurez-vous qu'il existe une version authentique de cette histoire. Vers la fin des années soixante-dix, la télévision couleur a commencé à fonctionner ici. Le gouvernement avait décidé de continuer à émettre officiellement en noir et blanc pour une période de deux ou trois ans. Cela tenait du secret de Polichinelle, en effet. Tout le monde savait bien que la plupart des émissions et des films passait déjà en couleurs mais, apparemment, il y avait là des intérêts économiques de tout premier ordre qui obligeaient la population à garder le silence et à faire comme si. La compagnie Metz avait été la première à contourner ce décret farfelu et à vendre un anti-effaceur de couleurs. Eh bien, croyez-moi ou non, c'est une idée à moi, ce machin-là ! Je venais de terminer mes études d'électronique au Technion et on m'avait immédiatement happée. Metz avait sa propre installation à Haifa et nous fabriquions des tubes, des transistors et des circuits pour eux. J'ai réfléchi cinq minutes et j'ai travaillé cinq semaines. Le résultat, vous le connaissez et la couleur a pénétré dans les plus riches palais comme dans les plus humbles chaumières. Les ventes en Israël ont été multipliées par quinze. « 

Orna se tut et se pencha en avant pour reprendre son verre. Les autres gardèrent un moment le silence. Nul ne doutait de la véracité de l'histoire. Orna n'était pas femme à s'affubler des plumes des autres. Depuis son entrée à Syscode, les affaires n'avaient fait que prospérer. Les jeunes s'étonnaient de ce que la maison engage un vieux débris comme  elle. Rafy Rosenberg avait été catégorique. Orna Lévy dirigerait le département décodeur. Ceux que cela gênait étaient invités à prendre la porte.

Orna avait été la première à remarquer le petit entrefilet du Herald Tribune en mai 2015 :

 » Le gouvernement français a décidé de promulguer un arrêt selon lequel toutes les chaînes de télévision devront passer au système MPEG 4 à haute définition d'ici le 5 avril 2016. Les possesseurs de téléviseurs non numériques seront dédommagés pour un montant de 25 euros et toute la population devra s'équiper de décodeurs extérieurs ou d'appareils munis de décodeurs internes.  »

Orna avait alors expliqué que l'avenir de Syscode dépendait de la rapidité de la réaction. Celui qui clignerait des cils le premier serait perdant. Le costaud qui dégainerait le premier ramasserait la mise. Syscode avait réussi à établir son analyse de faisabilité et à réaliser le projet en un temps record. La petite société israélienne avait mis son matériel sur le marché un mois et demi avant ses concurrents directs. Elle avait maintenant pignon sur Bourse et les affaires prospéraient. Rafy Rosenberg avait engagé des pourparlers avec le géant américain AT&T en vue de la vente de l'affaire. Les employés ruaient dans les brancards. On connaissait ce genre de liquidations. Au début, l'acquéreur s'engageait à ne licencier personne. Mais par la suite, il revendait l'entreprise à une de ses filiales, laquelle prétendait n'avoir aucun engagement envers le personnel local et on mettait tout le monde à la porte. Pendant ce temps, les détenteurs des actions mettaient à profit l'effet bénéfique de la fusion prochaine et de la croissance astronomique de la branche et ils  vendaient au prix fort. Le démantèlement de la firme d'origine provoquait une baisse des valeurs en Bourse et on arrivait à l'écrasement final. Les grosses boîtes gagnaient ainsi beaucoup d'argent sur le dos des travailleurs  vidés et des investisseurs maladroits. Le coup classique. Arnon Moréno s'adressa à son patron :

 » Tu vois, Rafy, il y a de l'électricité dans les couloirs. Les gens deviennent nerveux. Je ne veux pas te donner de conseils, mais je crois que tu devrais clarifier la situation, réunir tout le personnel et exposer ta façon de voir, quelque chose comme ça…

-        Tu sais comme moi que je ferai tout pour éviter la fermeture. Vous me prenez tous pour le pire des capitalistes mais moi, je sais ce que c'est que le chômage, les emprunts, les dettes et la privation. J'ai trente-sept salariés à nourrir et je ne causerai pas leur perte et la destruction de leurs foyers, je te le promets. Le problème demeure comme toujours le moyen d'atteindre l'objectif. Bon. Résumons un peu l'état des données. Syscode fabrique des décodeurs extérieurs et des éléments internes qu'elle refile aux fabricants de téléviseurs. Nous avons le contrôle du marché français, allemand, belge, espagnol et italien, sans parler du petit système israélien qu'il ne faut pas négliger non plus. Les analyses de notre ami Roni Fisher ici présent indiquent que d'ici trois mois, tout ce domaine sera pratiquement saturé. Les gens cesseront de se ruer sur les magasins d'électronique et de cliquer sur mes points de vente virtuels et Syscode pourra aller vendre des cacahuètes à la sauvette. Trois solutions s'offrent à nous : la première, ouvrir une nouvelle ligne de production, la seconde, fermer boutique, la troisième, trouver le truc. « 

Orna éclata de rire :

 » Eh bien partageons-nous le boulot ! Arnon va fabriquer une nouvelle machine à malices, Roni va déposer le bilan, et moi, je me charge de la solution miracle ! « 

Elle demeura la seule à rire. Apparemment, sa remarque causait plus de désarroi que de réconfort. Elle continua, pleine d'insouciance :

 » Faites pas cette tête-là, les enfants ! On s'en sortira ! Ouf ! Quel cafard ! »

Les deux mois qui suivirent se passèrent sans incident notoire. La maison continuait à vivoter en grande partie sur son capital. On vendait toujours des pièces de rechange et autres gadgets qui servaient d'hameçon, mais c'était tout. Un matin de ce mois de septembre mémorable, Roni Fisher frappa à la porte du Président directeur Général. Il s'assit devant et déposa sur le bureau un exemplaire tout frais d'un quotidien généralement bien informé.

 » Regarde un peu ça ! « 

Rafy Rosenberg lut à haute voix l'article sur lequel pointait l'index de son homme de confiance :

 » Accordez, accordez donc

L'aumône au décodeur décodéon !

Depuis quelques années, les systèmes de télévision analogiques cèdent progressivement la place aux réseaux numériques. Le Pixel gagne sans cesse du terrain sur la bonne vieille ligne. Qui se souvient encore des numéros fatidiques 819 et 625 ? Aujourd'hui, on ne parle plus que des résolutions fantastiques exprimées en DPI (dot per inch) ou PPP (Pixel par pouce). Le monde entier passe à la codification à clé et l'électronique se voit poussée de côté par l'informatique. Des puissances nouvelles font leur apparition sur le terrain. Des empires économiques s'écroulent. Le Turkménistan fabrique soudain des téléphones mobiles, la Patagonie devient le centre de la fabrication des Tablettes et le Groenland se spécialise dans les microcircuits soudés à froid. L'Arménie deviendrait-elle une puissance cybernétique ? Un groupe de hackers de Tirana semble s'être organisé dans le but déclaré de mettre un terme aux normes et aux règlements qui gèrent les relations entre fournisseurs de services de télécommunication et les utilisateurs. Selon une source proche du Ministère de l'Information arménien, le groupe estime que la population européenne a le droit de recevoir toute émission télévisée gratuitement, quelles qu'en soient sa provenance, sa teneur et sa longueur. Les opérateurs se servent deux fois, l'une en taxant le téléspectateur et l'autre en diffusant de la publicité avant, pendant et après les émissions. On ignore encore la façon dont cette organisation secrète va opérer. Selon la même source, elle s'intitulerait « Les Hackarméniens ». Interpol, saisi de l'affaire, se refuse catégoriquement à intervenir. Selon lui, aucun délit n'a encore été commis. Si les membres du groupe tentaient de s'attaquer à des ressources informatiques européennes, la police sortirait immédiatement les griffes, à condition de recevoir de la communauté européenne les directives nécessaires et le soutien légal approprié. Comme d'habitude, il faut toujours attendre qu'il y ait des morts à un carrefour pour qu'on y installe des feux rouges. La notion de police préventive n'existe sans doute toujours pas sur le bon vieux continent.

Nous pouvons formuler certaines conjectures sur le mode d'opération que les hackers arméniens se proposent d'employer. Prenons un cas particulier. Monsieur Cohen occupe les fonctions de première  trompette à l'orchestre symphonique de Jérusalem. Madame Cohen est restauratrice. Leurs deux enfants s'intéressent au football et aux jeux de société. La famille Cohen a un abonnement qui lui permet de visualiser les concerts donnés dans toute l'Europe, les émissions du canal « Cuisine » israélien, la Coupe du Monde et la Coupe d'Europe de foot et le canal « Je m'amuse bien ! « . La famille Cohen ne serait-elle pas bien heureuse de recevoir toutes ces émissions pour la somme modique de zéro shékel au lieu des quatre-cent cinquante qu'elle paie chaque mois, soit une centaine d'Euros ? Nous ne voulons pas nous faire ici l'avocat du diable et, cependant, il est de fait que le foyer moyen paie des sommes exorbitantes pour le plaisir de reluquer librement sa télé tous les soirs. Si nous réprouvons les actes illicites que le groupe arménien se prépare à commettre, nous ne pouvons nous empêcher d'avoir une certaine sympathie pour ces Arsène Lupin qui ne prennent rien pour eux-mêmes et distribuent l'argent des riches aux pauvres. « 

Rafy Rosenberg leva les yeux :

 » Bigre de bougre ! Je crains que le glas de la fermeture ne sonne bien plut tôt que nous ne le pensions ! « 

Roni Fisher surenchérit :

 » C'est à craindre. Ça m'a l'air tout-à-fait sérieux, cette histoire-là. « 

-        Du nouveau chez Arnon ?

-        Qu'est-ce que tu espères ? Qu'il t'invente un suppositoire électronique qui s'adapte automatiquement à l'anatomie du consommateur ?

-        Ne sois pas vulgaire ! La situation est assez délicate comme ça, veux-tu ?

-        À propos, tu sais qui m'a montré l'article ? Orna.

-        Orna ? Elle lit les journaux, elle ?

-        Apparemment. Elle me croise dans le couloir, elle me tend le journal avec un grand sourire et elle me dit : « Va montrer ça à Rafy, ça l'amusera. » J'ai l'impression qu'elle se fourre un peu le doigt dans l'œil. « 

Rafy Rosenberg resta un moment songeur. Enfin, il prononça à mi-voix :

 » Possible… Mais avec elle… « 

Comme tous les lundis après-midi, le PDG invita ses trois proches collaborateurs à se rafraîchir sous la Pergola du « Ciel d'Azur ». Rafy s'adressa à la Directrice du Département décodeurs :

 » Ça voulait dire quoi, la petite phrase :  » Donne ça à Rafy, ça l'amusera » ?

-        Quoi, c'est pas drôle ? Nous nous cassons la tête pendant des années pour faire fructifier le petit commerce aux dépens du gros, et voilà des petits anarchistes de quatre sous, qui sortent d'un pays absent de la carte, et qui nous sabotent toute notre affaire ! C'est marrant, non ?

-        Oui, enfin… Si on veut… C'est une question de point de vue…

-        Mais cessez de faire cette bobine, les uns et les autres ! Ouf ! Ce que c'est que de travailler avec des prima dona de la High Tech ! Dona Dona do, Do-o-na … »

-        La dernière remarque provoqua un silence général rompu uniquement par le bruit des cuillers dans les tasses.

Une semaine passa encore. Roni Fisher se présenta une fois de plus chez Rafy Rosenberg, un journal à la main. Le Président le regarda avec agacement :

 » Qu'est-ce qui se passe encore ? Dis donc, tu travailles aussi, des fois, ou tu passes tes journées à faire des mots croisés ? « 

L'autre ne répondit pas et jeta la feuille sur le bureau. Le rituel de la semaine précédente recommença. Rafy lut à haute voix :

 » Les hackers arméniens semblent avoir mis leur menace à exécution. Sur un site cypriote rédigé en anglais, un bloggeur de Nicosie prétend avoir reçu d'une source balkanique la liste de quarante-cinq codes permettant de forcer les systèmes de défense de la plupart des décodeurs en usage en Europe. Il avoue que lui-même n'y comprend pas grand-chose, mais que si quelqu'un avait la gentillesse de lui expliquer comment ça marche ou même de prendre sur lui la diffusion de ce matériel, l'humanité entière ferait un grand pas en avant sur la route de la liberté d'instruction et de récréation. Les sociétés qui fournissent des services de télécommunication télévisée commencent à paniquer. Des dizaines de milliers de demandes d'annulations d'abonnements ont commencé à arriver dans toute l'Europe. En fait, une seule alternative s'offre à tous ces opérateurs : soit ils coupent les émissions à la racine, soit ils se contentent de vivre de la publicité. « 

Le Directeur de Syscode résuma la situation en quelques mots qui n'appelaient aucune répartie :

 » Nous voilà dans de beaux draps. « 

La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre dans les couloirs du parc technologique. Tous les hôtes de ce site regardaient les employés de la petite firme comme des pestiférés. On les évitait, on les contemplait avec pitié, on leur donnait parfois une petite tape d'encouragement sur le dos. La compassion générale semblait de rigueur.

Il s'avéra que le journal ne se trompait pas. Le blogger cypriote publia sa liste et le moyen de s'en servir. Il suffisait de composer un code de cinq chiffres sur la télécommande du décodeur et un menu apparaissait sur l'écran. On n'avait plus qu'à choisir, à l'aide des codes correspondants, les domaines d'intérêt pour lesquels on voulait avoir libre accès à tous les systèmes de télécommunication. Un code de onze chiffres ouvrait tous les canaux, sans aucune limitation. Le propriétaire du blog remerciait chaleureusement ses amis arméniens pour leur contribution au bien-être collectif et leur souhaitait longue vie et prospérité.

Deux jours plus tard, Roni Fisher recevait cinq dépêches émanant de divers opérateurs européens. Le libellé variait d'une missive à l'autre mais le contenu  ne montrait que des différences minimes :

 » Combien de temps vous faut-il pour ouvrir une nouvelle ligne de production de décodeurs et pour nous en fournir entre un et dix millions ? « 

L'analyste appela son patron au téléphone, craignant de frapper à la porte. Il lui raconta l'événement et le chef d'entreprise décida de réunir son conseil privé.

Contrairement à l'usage, Arnon Moréno, Roni Fisher et Orna Lévy s'installèrent dans le bureau présidentiel trois minutes avant l'heure prévue pour la réunion.

Le PDG expliqua la situation nouvelle :

 » Il se pourrait qu'il y ait une certaine solution à l'impasse, mais cela risque de prendre un certain temps. « 

Moréno expliqua que la nouvelle génération des décodeurs pourrait quitter les portes de l'atelier d'ici à une dizaine de mois. Il travaillait d'ailleurs d'arrache-pied depuis pas mal de temps. Roni Fisher estima que les opérateurs ne pourraient pas attendre si longtemps et que tout le système allait se casser le nez sous peu. Orna Lévy demanda la parole :

 » En ce qui me concerne, j'ai pas mal réfléchi à la question. Lorsque nous avons commencé le développement du SC 177 et du SC 198 il y a quatre ans, je me disais : Ma vieille Orna, il faudrait songer à une petite fenêtre de sécurité qui nous permette de respirer en cas de coup de grisou. Tu te souviens, Arnon, je t'avais demandé d'équiper le décodeur d'un élément SC 4535 accessible sur le port 41. « 

Arnon acquiesça :

 » Effectivement, je ne comprends d'ailleurs toujours pas pourquoi cette surcharge, mais enfin, c'est toi le chef du projet… « 

Orna lui décocha un joli sourire, comme le fait une grand-mère satisfaite des notes obtenues par son petit-fils :

 » Bon garçon, va ! Eh bien, je vous parie un bouton de culotte contre un bouton d'or que d'ici après-demain, Roni reçoit une quinzaine de dépêches d'un  ordre tout à fait différent ! « 

Rafy Rosenberg demanda, la voix pleine d'inquiétude et d'espérance :

 » Peut-on savoir ?

-        La curiosité est un vilain défaut. Patience et persévérance sont les deux mamelles du startup. « 

Orna Lévy ne se trompait pas. Le lendemain, Roni Fisher faisait irruption chez Rosenberg :

 » Regarde ça ! « 

Il tenait en main quelques pages imprimées encore toutes chaudes. Là encore, le style variait mais la teneur exprimait la même idée :

 » Nous venons de recevoir de votre département de logistique un avis indiquant que la société Syscode posséderait une solution technique au grave problème qui nous occupe. Ayez l'obligeance de nous faire connaître vos conditions sur les modalités de paiement et d'opération du système de sauvetage proposé. « 

Deux minutes plus tard, Arnon Moréno et Orna Lévy se présentaient chez le patron. Tous les regards se portèrent sur la druidesse. On attendait une explication. Elle arriva :

 » J'avoue ! J'ai envoyé un petit message aux vingt-cinq plus grosses boîtes européennes à qui nous vendons du matériel. J'ai expliqué que nous possédons un logiciel qui leur permettrait d'envoyer à tous les décodeurs des séries 177 et 198 un code sécurisé qui remettrait à jour l'immunité du système pour une période d'un an, le temps qu'il faudra aux hackers en tous genres pour craquer le nouveau code. Apparemment, ça a marché. Maintenant, à vous de jouer, le boss et l'analyste. « 

La stupéfaction était totale. Rafy Rosenberg fut le premier à se reprendre et éclata de rire. Il se tourna vers Moréno :

 » Alors, que penses-tu de notre vieux débris ? Avoue que la tête marche encore, non ? « 

En moins de trois heures d'études approfondies et de calculs savants, on rédigea une réponse stipulant les termes de l'emploi du logiciel rebaptisé O.L. Secure. Chaque opérateur recevrait un script qui lui permettrait de remettre à zéro tout décodeur Syscode auquel il serait envoyé. Le script contenait une séquence qui ne conviendrait qu'aux machines fournies par ses soins. Ainsi, on évitait la possibilité d'échange de logiciel entre les divers fournisseurs de services. Le code n'entrerait en fonction qu'après un versement de cinquante mille euros au compte de la société Syscode. Cette dernière recommandait aux divers opérateurs de rompre unilatéralement le contrat d'abonnement avec les utilisateurs qui auraient eu la mauvaise idée d'acquérir des décodeurs fabriqués par des concurrents.

La nouvelle fit sensation dans tous les media. On considéra la manœuvre comme l'une des plus fines opérations technologiques des dix dernières années. On ne tarissait ni d'éloges ni de récriminations quant à l'efficacité de ces petites compagnies de rien du tout qui faisaient la pluie et le beau temps dans le monde de la télécommunication. Les actions de Syscode crevèrent le plafond des Bourses de Paris et de Francfort. On respira à nouveau dans les couloirs du parc technologique.

Le dernier lundi de septembre, le comité de salut public de la société Syscode se réunissait comme à son habitude sous la pergola du café. Rafy Rosenberg résuma la situation :

 » Trente-sept familles l'ont échappé belle. Je me demande ce que font les hackers arméniens en ce moment. « 

Orna Lévy sursauta :

 » Oh ! Où avais-je la tête ! J'avais complètement oublié ! Les Hackarméniens, c'est du bidon ! La liste des quarante-cinq codes du bloggeur de Nicosie, c'est moi qui la lui ai donnée ! « 

 

 

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