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RETBI, Shmuel – Le Loup et les trois petits lapins (Suite et fin)

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8:52
19 juin 2018


cocotte

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messages 929

1

Le Loup et les Trois Petits Lapins

Shmuel Retbi

 

Suite et Fin

 

Quelques jours passèrent encore. On pouvait espérer que le calme revenait définitivement dans le bois de Poutchou. Le Grand Loup, devenu végétarien, remplissait à merveille ses fonctions de Ministre de la Défense. Boumboum, ses frères, la mésange Solange et le cerf Damien jouissaient du respect général et de l'admiration collective. Le renard Goupil se morfondait dans sa cage du zoo de Villevoisine. Donc, tout allait pour le mieux. Cependant, un observateur attentif aurait remarqué trois notes dissonantes dans ce concert si paisible. D'abord, le renard ne cessait de se plaindre. On avait abusé de sa confiance et de son tempérament pacifique et serviable. On le tournait tous les jours en ridicule et cela le blessait profondément. Ensuite, une rumeur parvint aux fines oreilles de Boumboum selon laquelle le grand loup ne se montrait pas complètement satisfait de la situation. Un jour où il devisait avec Bibi et Bobo, les frères du Président, il éternua à plusieurs reprises et montra aux lapins une boite de mouchoirs en papier aux trois-quarts vide :

 » Je m'enrhume, ces derniers temps, voyez-vous ? cela prendra au moins six mois d'ici que ma belle fourrure repousse et, en attendant, je crève de froid, moi. C'est l'automne, déjà; si vous n'avez pas remarqué. « 

En troisième lieu, il y avait encore un autre personnage qui commençait à se montrer inquiet. C'était le Directeur du zoo de Villevoisine. À plusieurs reprises, ces derniers temps, les guichetiers du zoo lui avaient confié qu'ils avaient dû rembourser des visiteurs mécontents. Les gens prétendaient qu'il n'y avait aucun rapport entre ce qui se trouvait écrit sur la cage et sur ce qu'on trouvait assis dedans et réclamaient leur argent.  Entre autres, on protestait contre la mention « Grand Loup de la Forêt Noire » alors que le locataire ressemblait comme deux gouttes d'eau à un vulgaire renard de province.

Boumboum réunit le comité de salut public en vue de résoudre le problème numéro 1, celui du Grand Loup, qui le préoccupait plus particulièrement. On mit au point une opération secrète qui avait pour objectif de tenir le Ministre de la Défense au chaud. L'ingénieuse mésange Solange prit la tête d'une formation de kamikazes emplumés qu'elle mena au zoo de Villevoisine. À l'heure de la promenade quotidienne. Les oiseaux tombèrent comme la foudre sur les quatre moutons du Tibet, sur les trois chèvre du Cachemire, sur les deux Yaks et sur le lama qui déambulaient paisiblement dans les allées. En une demi-minute, les oiseaux avaient amoncelé une quantité impressionnante de laine de la première qualité. On amoncela le butin à l'extérieur du zoo et les oiseaux se perchèrent sur les arbres environnants pour attendre les instructions de la mésange. Solange ne perdit pas de temps. Contre la promesse de six bananes bien dodues, elle obtint le concours de Ouistiti, le chimpanzé qui accepta de sortir du jardin pour assister les lapins et la mésange dans leur mission secrète. Solange lui expliqua ce qu'on attendait de lui. Elle lui fournit deux branchettes de pin qui allaient servir d'aiguilles à tricoter. Le singe travailla avec virtuosité et circonspection. Au bout de trois heures, il avait confectionné une soutane en poils de moutons du Tibet, un bonnet de laine de yak et huit paires de chaussettes en vrai cachemire. Le résultat était si remarquable que Solange prit sur elle de gratifier le singe de douze bananes prélevées dans le magasin du zoo au lieu des six stipulées par le contrat. Ouistiti refusa d'abord le paiement sous prétexte qu'il n'avait pas encore terminé son travail. Prenant les poils du lama, il se mit en devoir d'en faire de longs fils soyeux. Il se remit à tricoter de plus belle et confectionna une chose bizarre. Cela ressemblait à un long manchon cylindrique terminé d'un joli pompon à l'une des extrémités. L'autre bout de l'objet semblait pouvoir se fermer à l'aide d'un lacet de cachemire authentique.  Remarquant l'étonnement de la mésange Solange, Ouistiti déclara d'un ton docte de Professeur à l'Université :

 » Mais ceci est le couvre-queue, voyons. Vous avez déjà vu un loup sans couvre-queue en hiver, vous ? « 

La mésange et le chimpanzé se quittèrrent cordialement et se promirent de coopérer dans l'avenir si l'occasion s'en présentait. Les oiseaux s'envolèrent à tire d'aile, emportant avec eux les doux vêtements bien chauds confectionnés par le chimpanzé. Tout le bois de Poutchou fut invité pour le grand essayage. Boumboum aida le grand loup à enfiler la soutane. Bibo le coiffa du bonnet et Bobo lui enfila ses chaussettes. Les quatre chaussettes restantes furent confiées à la garde du sage cerf Damien, sur lequel on pouvait toujours compter en cas de besoin. Une ovation accueillit le couvre-queue, qui éleva  l'événement au niveau d'une apothéose de la mode animale. Le loup effectua deux ou trois gracieuses pirouettes et fit une bizarre révérence convulsive devant les notables du bois.

Le problème numéro 1 se trouvait ainsi résolu. Le loup cessa d'éternuer et remercia chaleureusement le Président Boumboum et la mésange Solange pour leurs fructueux efforts.

Le comité de salut public se réunit à nouveau. Il fallait s'occuper maintenant de la seconde question, le mécontentement du renard. Sur ce point, les avis divergeaient. On ne put se mettre d'accord sur les mesures à prendre vis à vis de Goupil, qui constituait encore une menace pour la collectivité. Bibi remarqua :

 » Cela fait maintenant deux mois que le renard est prisonnier au zoo. Le loup était devenu végétarien en moins que ça. Peut-être que cette bonne disposition l'a gagné, lui aussi ? « 

Boumboum annonça qu'il allait parlementer avec Goupil en vue de son évasion prochaine. L'élargissement du fameux chasseur suscita de vives critiques et Boumboum promit de n'agir qu'après avoir reçu des garanties formelles des bonnes intentions du captif.

Il se glissa de nuit jusqu'à la cage de Goupil et entama son discours :

 » Vous n'êtes pas sans ignorer… sans savoir… En bref, vous n'avez que ce que vous méritez, d'accord ?

-       Vous en avez de bonnes, vous ! Vous, vous êtes dehors, et moi, je suis dedans. Qu'est-ce que vous diriez d'inverser les rôles, hein ? « 

 

Boumboum ne tenait guère à envisager cette éventualité. Il manoeuvra comme il l'avait fait avec le Grand Loup :

 

 » J'ai les moyens de vous faire sortir d'ici. Notre contrat de bonne entente se compose de deux articles :

Un, vous serez nommé Préfet de Police du bois de Poutchou. Deux, vous vous engagez à ne pas braconner. Trois, nous nous mettons d'accord sur votre menu quotidien. « 

 

Goupil pensa qu'il y avait là un petit problème de calcul mais il passa outre :

 

 » Côté sinécure, je marche. Côté, braconnage, d'accord. Maintenant, quel sera l'ordinaire quotidien ? Tout dépend de ce point-là, vous comprenez bien. « 

 

Boumboum fit appel à sa mémoire et déclara :

 

 » Une motte de gruyère par semaine, plus un camembert le dimanche. Raisin à volonté. On fera aussi un petit accroc aux conventions et vous aurez droit à du poisson le vendredi. « 

 

Goupil parvint à grand peine à cacher sa satisfaction. Après avoir fait semblant d'hésiter un long moment, il répondit :

 

 » C'est d'accord. La Préfecture de Police, le gruyère, le camembert, le raisin, le poisson, pas de braconnage. Affaire conclue. Sortez-moi d'ici. « 

 

Boumboum ne sut que répondre. Il avait pensé à tout, sauf aux moyens de faire sortir le renard du zoo.  Son abattement fut tel qu'il ne se souvint pas même de la façon dont il avait fait évader le loup. Il promit à Goupil que dès le lendemain, la date de sa sortie serait fixée et l'opération rondement menée. Le renard se sentit déçu mais il n'avait pas le choix.

 

Un événement inattendu allait rendre les efforts de Boumboum inutiles. Le lendemain matin, le Directeur du zoo de Villevoisine recevait deux lettres officielles. La première émanait du Ministère de l'Agriculture, la seconde de celui des Transports. Le Directeur ouvrit la première missive et lut ce qui suit :

 

Monsieur

 

Nous avons appris à notre grand étonnement, à notre profond regret et à notre inoubliable surprise que vous détenez chez vous quelqu'un qui réside sous une fausse identité. L'un de vos locataires semble s'appeler Monsieur Goupil Renard alors que le terme « Loup de la Forêt Noire » est inscrit sur sa boite à lettres. Nous espérons que Monsieur Goupil Renard est détenu chez vous par suite d'un malheureux malentendu et d'une bévue monumentale et non pour des raisons d'ordre purement lucratif ou pécuniaire. (pour des histoires de fric, note de la secrétaire). Nous vous prions de relâcher immédiatement Monsieur Renard, avec les excuses dues à son rang. Nous espérons, Monsieur, qu'une telle erreur ne se reproduira plus et que nous n'aurons pas à intenter contre vous des mesures auxquelles nous n'osons même pas penser, tellement elles sont draconiennes  et frémissemenfères (qui font frémir de peur, note de la secrétaire).

 

Veuillez agréer, Monsieur, notre agricole et vétérinaire considération

 

 

Le Directeur s'épongea le front et plongea dans de profondes réflexions. Finalement, il quitta son bureau et se dirigea vers la cage du loup. Le renard débitait toujours son monologue désopilant :

 

 » C'est une honte ! Me faire ça à moi, me prendre pour un loup de forêt noire, quelle absurdité ! « 

 

Le Directeur ouvrit la cage de Goupil et déclara avec embarras :

 

 » Cher Monsieur Renard, je tiens, au nom de mon personnel et en mon nom propre, bien que sali par un sentiment de décrépitude qui n'a d'égale, que mon abnégation repentissante, je tiens, dis-je, à vous présenter mes excuses pour cette détention scandaleuse dont vous avez été la victime. Enfin, bref, détalez, et plus vite que ça, avant que je vous fourre dans une cage plus petite. Allez, ouste, dehors !!! « 

 

Le renard ne se le fit pas dire deux fois. Il décampa au grand galop et arriva en moins de temps qu'il ne faut pour le lire chez le Président Boumboum :

 

 » Cher Boumboum, quelle reconnaissance est la mienne ! Je vous dois tout ! Merci, vous êtes mon sauveur, que dis-je ? Vous êtes mon lion superbe et généreux ! « 

 

Boumboum resta ébahi. Il ne doutait ni de sa superbe ni de sa supériorité, soit. Le terme « lion » l'étonna un peu. Il décida de ne pas détromper le renard en lui disant qu'il n'était pour rien dans sa libération et se résolut à accepter la soumission de son nouveau Préfet de Police. La paix était conclue entre le renard et les paisibles hôtes du bois.

 

Mais revenons au Directeur du zoo de Villevoisine. Retourné à son bureau, il se souvint de la seconde lettre qui lui avait été adressée par le Ministère des Transports et dont voici le libellé :

 

 » Monsieur,

 

La commune de Villevoisine se développant rapidement, le Ministre des Transports a décidé d'y créer un port international qui accueillera les paquebots de touristes venant des quatre mers du Monde. Comme votre charmante localité se trouve à plus de quarante kilomètres de la mer, le Ministre a décidé le creusement d'un canal qui permettra aux navire de gros tonnage d'accoster sans danger. Il se trouve que le canal passe exactement au milieu du zoo dont vous avez l'honneur et le privilège d'être le Directeur jusqu'à lecture de cette lettre. Aussi êtes-vous tenu d'évacuer les lieux dans les quarante-huit heures, vous, votre personnel et tous les locataires de votre installation. Naturellement, les propriétaires du zoo auront droit à une indemnité comme il convient en cas d'expropriation. Adressez-vous au Ministère des Finances. Peut-être aurez-vous la chance de trouver parmi les milliers de fonctionnaires quelqu'un qui sera prêt à trouver une personne capable de vous dédommager.

 

Veuillez agréer, Monsieur, l'expression de tous nos Transports de Joie

 

 

Le Directeur sentit la consternation le gagner. Comment sortir de cette mauvaise passe ? Quarante-huit heures, cela faisait moins de trois jours !   Que faire ? À qui s'adresser ? Qui pourrait faire que la catastrophe pût être évitée ?

 

Soudain, un sourire éclaira le visage du Directeur. Il se leva et courut à sa bicyclette qui l'attendait sagement dehors. Il se mit à pédaler frénétiquement et sortit du zoo à toute vitesse, sous le regard effaré du personnel et des visiteurs. Douze minutes plus tard, il sautait de sa machine aux abords du terrier présidentiel. Boumboum reçut le Directeur avec joie. Il commanda du jus de carotte pour rafraîchir son hôte, qui semblait en nage. Le Directeur du zoo expliqua le problème au Président du bois de Poutchou. Celui-ci comprit la gravité de la situation et appela ses frères Bibi et Bobo, ainsi que le cerf Damien et la mésange Solange. Après une heure de débats, le Directeur sautait sur sa bicyclette, le sourire aux lèvres et le coeur léger.

 

Rentré à son bureau, il s'adressa en ces termes aux Ministres de l'Agriculture, des Finances et des Transports :

 

 » Messieurs vos Excellences,

 

Après avoir reçu de vous l'ordre d’évacuer mon zoo pour le bien de la Nation et de la communauté touristique, je vous pose, par la présente missive, mes trois conditions à l'application de votre décret péremptoire :

 

En numéro premier, tous les animaux abrités par le zoo seront libérés de leur captivité dans les vingt-quatre heures et pourront se disperser librement dans le bois de Poutchou

 

En numéro deuxième, le bois de Poutchou sera rebaptisé « Parc National de Poutchou » et sous-baptisé « Photo-Safari de Villevoisine ».

 

En numéro troisième, les Ministères concernés devront veiller à l'approvisionnement du Parc National de Poutchou en toute denrée nécessaire à la bonne digestion de ses habitants

 

En numéro quatrième, je serai nommé moi-même Directeur du Parc National de Poutchou et mon personnel sera reconverti et affecté au bon fonctionnement du susdit Parc National.

 

En numéro cinquième, la chasse sera totalement interdite dans le Parc National, et seule la prise de photos et non de gibier y sera autorisée.

 

Le Conseil des Ministres fut saisi de l'affaire. Le Président de la République, craignant une motion de censure de l'opposition, exigea l'application immédiate des revendications de l'ex-Directeur du zoo. On fit diligence et, pour la première fois dans l'Histoire des Nations humaines, une décision ministérielle fut appliquée à la lettre et dans les plus brefs délais.

 

Boumboum se nomma Roi de la République de Poutchou. Ses frères Bibo et Bobo reçurent le titre de Princes démocratiques du sang. La mésange Solange fut élevée au titre de Grande Duchesse Populaire et le cerf Damien à celui de Grand Chambellan du Trône républicain.

 

Le bois de Poutchou attire maintenant des milliers de touristes qui arrivent par la voie des eaux, des terres et de l'air admirer ce prodige de sagesse et de bonne entente qui n'a d’égal nulle par sur Terre ni sur mer.

 

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