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SEYLLER, Sandrine – L’Hoatzin

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17:40
2 octobre 2012


Sandrine Seyller

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1

 

 

L'HOATZIN

 

 

 

 

On pouvait en penser ce qu'on voulait, mais Chico Mendes regardait l'hoatzin non comme un oiseau qui aurait mal évolué, mais plutôt comme un summum de l'adaptation. Des scientifiques qui étaient venus dans son petit village en avaient parlé comme d'une sorte d'oiseau qui daterait encore de la préhistoire. Chico Mendes n'avait jamais été à l'école. Les théories de Darwin sur l'évolution il n'en avait jamais entendu parler. Chico Mendes était pêcheur comme presque tous les habitants du bassin amazonien. Il pêchait encore le pirarucu, le plus grand poisson de l'Amazone qui pouvait atteindre 4,50 m. Il habitait non loin d'Iquitos au Pérou. La première fois qu'il vit un hoatzin, il ne s'en souvenait guère. Il n'aurait su dire s'il avait dix ans, quinze ans ou même vingt ans. La chair de l'hoatzin passait pour très médiocre et ne représentait donc aucun intérêt pour un chasseur. Ce dont il était sûr, c'est qu'un jour il entendit dire que des étrangers étaient venus de très loin pour voir l'hoatzin et qu'ils payeraient cher la personne qui les mènerait jusqu'à un nid. Or moins de deux semaines plus tôt il se rappelait en avoir vu un. Pendant un certain temps il ne dit rien, il fit comme s'il n'avait jamais vu de nid. Ce n'est pas que l'argent ne l'intéressait pas, bien au contraire, mais c'était plutôt qu'il était timide et que les étrangers lui faisaient un peu peur. Il ne se serait sans doute jamais rien passé si un soir il ne s'était retrouvé nez à nez avec les étrangers. La rencontre avait eu lieu sur un de ces nombreux bars flottants qui jalonnent l'Amazone. Il avait alors été témoin d'une scène. Il avait vu celui qui avait tout l'air d'être le chef de l'expédition s'en prendre en espagnol à leur guide péruvien. L'étranger reprochait au guide d'être là depuis bientôt un mois et de n'avoir encore rien trouvé. Chico Mendes fit alors signe à la patronne du bar de s'approcher. Elle se leva de son hamac et vint le voir.  ‑L'hoatzin, moi je sais où il y en a un nid. J'en ai vu un autour d'un lac il y a une quinzaine de jours. Dis-leur si tu veux !  La patronne s'empressa de le dire aux étrangers. Aussitôt le chef s'approcha de lui.  ‑Dispenseme señor, mais c'est vrai ce que la patronne vient de me dire, vous sauriez où il y a un nid d'hoatzins ?  ‑Oui je crois !  répondit Chico Mendes.  ‑Vous croyez ou vous êtes sûr ?   ‑Je suis sûr !  Du moins s'il y est encore. Je l'ai vu il y a une quinzaine de jours !   ‑Loin d'ici ?   ‑A une vingtaine de kilomètres !   ‑Et vous êtes sûr que vous arriverez à retrouver le nid ?   ‑Oui je connais la région comme ma poche !

Le lendemain, dès six heures du matin, Chico Mendes embarquait avec les étrangers. Ils naviguèrent sans encombre sur les igarapés pendant une bonne heure, lorsque soudain l'hélice cassa. Chico était à l'avant, et à l'aide d'un bâton, il repoussait les troncs flottants et tout ce qui gênait la progression du bateau. L'hélice avait cassé sur un tronc immergé, c'est pour cela que Chico n'avait pu le voir. Paquito, l'autre guide, qui était aussi du voyage répara l'hélice. Il lui fallut bien deux bonnes heures. Les eaux étaient infestées de piranhas et de temps à autre ils apercevaient la tête d'un jacaré. Un des étrangers sortit son appareil photo pour photographier une sorte de grosse buse posée sur la berge à quelques mètres d'eux seulement, et qui tenait entre ses serres un gros escargot d'eau. Mais l'oiseau s'envola avant qu'il n'eût le temps de faire une photo. Il photographia un peu plus loin des jacanas, une sorte d'échassier marron clair, qui marchaient sur des nénuphars géants. Vers midi ils accostèrent à une berge pour manger. La veille Paquito avait pêché un gros surubim, une sorte de gros poisson-chat blanc avec des taches marrons. Paquito le prépara en matelote avec des patates douces. En condiment ils utilisaient de la farine de manioc. En dessert ils mangèrent des oranges. Chico prépara le café.  ‑Il était comment ce nid d'hoatzins ?  demanda un des étrangers. Chico dessina la forme de ses mains en précisant que l'hoatzin avait à peu près la taille d'un poulet.  ‑Il y avait des petits dans le nid ?   ‑J'en sais rien !  Je vous l'ai déjà dit. Ça fait déjà plusieurs fois que vous me le demandez !  répondit Chico assez vertement car il n'aimait pas à se répéter.   ‑C'est que pour nous c'est important de savoir, dit l'étranger, ce sont les petits qui nous intéressent !   ‑Eh bien, vous verrez quand on arrivera!   ‑Oui, oui !  dit l'étranger que visiblement cette réponse ne satisfaisait pas. Dans l'après-midi un des étrangers tira sur un jacaré qui s'était approché un peu trop près du bateau.   ‑C'était pas la peine de le tuer !  dit Chico. Il n'y avait aucun danger !   ‑Un crocodile c'est un crocodile !  Alors on sait jamais !   ‑Je croyais que vous étiez là pour étudier les animaux et non pour les tuer !  dit Chico.  ‑Bien sûr, mais je vous dis que j'ai eu peur en le voyant si près du bateau !  Chico n'ajouta rien. Vers cinq heures de l'après-midi seulement ils arrivèrent en vue du lac. Ils avaient mis une journée entière pour avancer seulement d'une vingtaine de kilomètres à l'intérieur de la jungle amazonienne. Mais les igarapés, ces bras parfois minuscules de l'Amazone, formaient un dédale inextricable qui devenait de plus en plus difficile à pénétrer au fur et à mesure qu'on s'éloignait du cours principal. Un envol majestueux de grands aras verts salua leur arrivée sur le lac.

La nuit n'allait pas tarder à tomber et ils décidèrent d'un commun accord de ne commencer à chercher le nid des hoatzins que le lendemain matin. Ils installèrent les tentes et se couchèrent rapidement. Simon, qui était le chef de cette expédition, n'éteignit pas tout de suite sa lampe à pétrole. Il sortit un livre intitulé  « Les Ptérosauriens ou reptiles volants ». Il l'ouvrit à une page et se mit à lire : « Les Reptiles volants vivent sur les côtes ou chassent en pleine mer. Ils apparaissent au Lias, après des essais de vol de certains lézards du Trias, et correspondent à la première solution naturelle du problème du vol, avec une grande membrane alaire tendue entre le corps, le membre antérieur et le doigt le plus externe, lequel est hypertrophié en quatre longues phalanges. » Simon se sentait tout excité. Il était si près du but. L'hoatzin était-il bien ce chaînon manquant entre ces vertébrés volants du Jurassique et nos oiseaux d'aujourd'hui ?  Etait-il bien une pièce du puzzle de l'évolution qui confortait les merveilleuses théories de Darwin ?  Avec un peu de chance il aurait la réponse le lendemain.

Le lendemain matin, aussitôt après le petit déjeuner, tout le monde embarqua, sauf Paquito qui restait pour surveiller le campement. Chico était sûr d'être sur le bon lac, seulement il ne se rappelait plus exactement où était le nid. Ils commencèrent à longer les rives. A un moment ils aperçurent deux gros oiseaux qui sautaient de branche en branche, mais ce n'était là que des toucans. Un peu plus loin ce fut un singe qui attira leur attention. Un peu plus loin encore ils firent détaler un couple de capybaras qui était venu boire. Mais toujours pas d'hoatzins !  Chico pria pour que le nid soit toujours là, car il avait remarqué le visage impatient de l'étranger. Un morpho, ce magnifique papillon bleu aux reflets métalliques voleta un instant autour de l'embarcation, puis s'enfonça dans le sous-bois.  ­Putain de moustiques !  cria un des étrangers en s'en écrasant un sur la joue.  ‑Ça y est señor !  Le nid !  Le nid !  cria Chico en le désignant du bras. Simon était debout dans le bateau et tentait d'apercevoir l'intérieur du nid. Soudain son visage s'illumina.  ‑Des petits !  Je suis sûr qu'il y en a au moins un !  J'aperçois le haut de sa tête !  ‑Oui je suis sûr qu'il y en a un, je pense même en avoir aperçu un deuxième !  s'exclama un des étrangers. Quant à Chico Mendes qui ne mesurait pas plus d'un mètre soixante, il lui était difficile d'apercevoir l'intérieur du nid. D'ailleurs il préférait rester à l'arrière pour bien maintenir l'équilibre de l'embarcation, car avec tous ces étrangers qui s'excitaient il ne manquerait plus que le bateau chavire. Le nid était situé sur une branche qui se trouvait environ à trois mètres au-dessus de l'eau. D'où il était Chico voyait très bien. Il apercevait l'un des hoatzins adultes posé sur le haut du nid, alors que l'autre était posé sur une branche un mètre plus loin. Bien sûr il n'apercevait pas les petits, mais qu'est-ce que ça pouvait bien faire puisqu'il voyait très bien les adultes !  Simon demanda à Chico s'il était possible d'accoster afin qu'il puisse grimper dans l'arbre à partir d'une grosse branche. Chico fit ce qu'on lui demandait et accosta un peu plus loin. Les trois étrangers débarquèrent alors avec tout leur matériel photographique : polaroïd, trépied, téléobjectifs. Simon choisit une branche qui se trouvait au-dessus du nid et commença à avancer.  ‑Merde !  s'écria-t-il. Il avait oublié de fermer la fermeture éclair d'une de ses poches et une pellicule photo flottait maintenant à la surface du lac. Il avançait laborieusement en rampant sur la branche, faisant attention de ne pas glisser et de ne surtout plus rien perdre. Il passa à côté d'une magnifique orchidée qui croissait en épiphyte sur l'arbre. Mais il était tellement absorbé par ce qu'il espérait voir qu'il la remarqua à peine. Il était maintenant à environ deux mètres au-dessus du nid et s'arrêta. Et soudain il lui sembla apercevoir ce qu'il cherchait. Sur l'aile d'un des jeunes hoatzins, à la moitié de l'aile, naissaient deux doigts avec deux longues griffes. C'était quelque chose d'extraordinaire, d'absolument inexplicable, à moins de connaître les théories de Darwin et d'accepter que les oiseaux ne descendent des reptiles. Simon sortit son zoom et fit plusieurs pellicules de photos. Il fit aussi des polaroïds pour les avoir de suite.  ‑Le jeune a vraiment l'air d'un oiseau de la préhistoire !  pensait Simon. Il n'a guère dû évoluer depuis !  Un des collègues de Simon le dessina. C'est vrai qu'il n'était pas très beau cet oiseau, et qu'on sentait en lui quelque chose de préhistorique, quelque chose qui n'avait guère évolué depuis des milliers et des milliers d'années. Simon fit voir un des polaroïds à Chico, celui où l'on voyait le mieux ces deux doigts que le jeune avait sur l'aile. Chico avait du mal à croire que la photo n'était pas truquée, car jamais de toute sa vie, et il en avait vu des milliers d'oiseaux, jamais il n'avait vu un tel oiseau. ‑Vous êtes sûr señor qu'il est pas né mal formé celui-là ?  Vous savez ça arrive des bébés qui naissent avec des membres en plus. C'est rare mais ça arrive !  ‑Non Chico, c'est pas une malformation. Et puis regarde cette autre photo. On voit bien que les deux petits sont pareils !  Chico ne désarma pas : ‑Bah ils sont peut-être nés tous les deux mal formés señor, vous croyez pas ?  ‑Non, non, Chico. Si on trouvait d'autres nids, les petits seraient identiques à ceux-là !  ‑Mais alors pourquoi les parents i' sont normaux eux ?  demanda encore Chico.  ‑Parce que ces deux griffes disparaissent à l'âge adulte !  Simon sortit son livre sur les Ptérosauriens, et l'ouvrit à la page des vertébrés volants du Jurassique. Trois espèces étaient dessinées : le Rhamphorhynchus qui mesurait environ 40 cm et avait de nombreuses dents aiguës, inclinées vers l'avant, ainsi qu'une longue queue terminée en palette membraneuse. Le Pterodactylus dont on connaît 23 espèces qui mesuraient de 10 à 60 cm, qui avait la tête et le cou deux fois plus long que le tronc, des ailes petites et des membres postérieurs assez puissants. Et le troisième, l'Archaeopteryx, qui possédait encore de nombreux caractères reptiliens, comme une longue queue faite de 20 vertèbres distinctes, des os non pneumatiques, un bec armé de nombreuses dents et trois doigts de la main porteurs de griffes, mais déjà aussi des caractères typiques des oiseaux, comme les clavicules soudées en « fourchette », le premier doigt du pied opposable et surtout la présence de plumes de même structure et disposition que celles des oiseaux.  ‑C'est vrai qu'il ressemble à celui-là !  s'exclama Chico en montrant du doigt l'Archaeopteryx. Les deux autres aussi possédaient sur l'aile trois doigts porteurs de griffes, mais l'Archaeopteryx était, et de très loin, celui qui ressemblait le plus à l'hoatzin. Chico écouta Simon lui expliquer qu'il y a 300 millions d'années, au Carbonifère, sont apparus les premiers reptiles, puis il y a 150 millions d'années, au Jurassique, les premiers reptiles volants desquels proviennent nos oiseaux actuels. Chico écoutait perplexe. Il essayait de se représenter un million d'années, mais sans vraiment y arriver. Simon poursuivit en lui expliquant qu'au fur et à mesure que ces millions d'années passaient les animaux se modifiaient. A certains reptiles sont venus une grande membrane alaire tendue entre le corps et la patte avant, et petit à petit les doigts du reptile ont fini par disparaître totalement pour donner les ailes de nos oiseaux actuels. Chico écoutait toujours aussi perplexe. Il n'arrivait pas vraiment à voir la chose dans son ensemble. Il n'arrivait pas vraiment à voir où Simon voulait en venir avec toutes ces idées. Et soudain, en comparant la photo du jeune hoatzin avec le dessin de l'Archaeopteryx, il s'exclama : ‑Señor, vous voulez dire que cet oiseau est comme celui-là, et que puisqu'il a encore ces deux doigts cela prouve que vos idées sont justes et qu'avant les oiseaux étaient des reptiles ?  ‑Oui c'est cela Chico !  ‑Je veux bien vous croire señor, mais moi je n'ai jamais vu aucun lézard se transformer en oiseau !   ‑Mais ça ne s'est pas fait en un jour Chico, il a fallu des millions d'années !  ‑Oui je veux bien señor, mais moi des millions d'années j'ai du mal à voir ce que ça représente. Le padre à l'église il nous dit que Jésus vivait il y a presque deux mille ans. Eh bien vous savez, ces deux mille ans c'est pour moi le commencement du monde !  Simon n'insista pas, et bientôt ils rentrèrent au campement où les attendait Paquito. Le repas était déjà prêt et ils n'eurent plus qu'à se mettre à table. L'expédition resta encore trois jours autour du lac afin de mieux observer les hoatzins, puis ils partirent. Ils avaient obtenu ce qu'ils voulaient et tout le monde était content.

Quelques années plus tard Chico Mendes retomba un jour sur un nid d'hoatzins. Il repensa alors à son expédition avec les étrangers, et à tout ce que lui avait raconté Simon. C'était la première fois qu'il retombait sur un nid et il avait envie de s'arrêter. Il avait envie de voir les petits. Il avait envie de les voir de ses propres yeux, et non seulement sur une photo comme cela avait été le cas l'autre fois. Le nid était situé sur une grosse branche qui surplombait l'eau, à environ trois mètres de la surface de l'eau. Comme les étrangers l'avaient fait la première fois, Chico se mit à escalader une branche située au-dessus du nid. Comme il était prompt et agile il atteignit rapidement l'endroit voulu. Et il n'eut pas longtemps à attendre pour apercevoir sur l'aile d'un des jeunes ces deux doigts griffus si caractéristiques. ‑La photo n'était donc pas truquée !  se dit-il, car au fond de lui avait toujours subsisté un doute. Il savait les étrangers capables de beaucoup de choses. Il remarqua que le deuxième petit portait ces mêmes doigts griffus sur chacune de ses ailes. Des gouttes de pluie se mirent à tomber et Chico s'empressa de redescendre de l'arbre. Il n'était pas encore arrivé en bas qu'il était déjà trempé jusqu'aux os. Il s'empressa d'enlever sa chemise et de l'essorer. Puis il s'assit entre les racines de l'arbre, à un endroit où cette pluie diluvienne ne pouvait l'atteindre. De telles pluies étaient fréquentes en Amazonie : elles étaient très fortes mais ne duraient jamais longtemps. A un moment il crut que l'averse allait cesser, mais ce n'était qu'une accalmie, et bientôt la pluie redoubla de violence. Il entendit alors quelque chose tomber dans l'eau et tourna la tête. C'était un jeune hoatzin qui était tombé du nid.  ‑Le pauvre il va se noyer !  pensa Chico. Mais il vit alors le jeune hoatzin se débattre dans l'eau comme un diable et utiliser ses ailes pour regagner en nageant tant bien que mal la terre ferme.  ‑Mais même une fois sur la terre ferme il n'arrivera jamais à regagner le nid !  pensa Chico. Chico n'en admirait pas moins le courage démesuré de l'oisillon pour regagner la terre ferme. Il admirait ce combat pour la vie. Il regardait l'oisillon qui approchait maintenant de la berge.  ‑Il n'arrivera jamais à se hisser !  pensa Chico, et l'idée lui vint de l'aider. Mais contre toute attente il vit l'oiseau sortir plutôt facilement de l'eau. Et, chose curieuse, il sembla même à Chico que l'oisillon s'était servi de ses doigts griffus qu'il avait sur chacune de ses deux ailes pour se hisser sur la berge. Il se mit alors à bien regarder l'oiseau. L'oisillon marcha en se dandinant jusqu'à une grosse branche. Chico vit alors ce qu'il n'aurait jamais soupçonné. Il vit l'oisillon grimper à l'arbre en se servant de ces deux doigts crochus qu'il avait aux ailes.  ‑Un miracle !  Un véritable miracle !  s'exclama Chico. Il était abasourdi devant une telle prouesse.  ‑Mon Dieu comme la nature est bien faite !  s'exclama-t-il. Et l'oisillon regagna bientôt son nid. Chico repensa alors à tout ce que lui avait raconté Simon quelques années plus tôt.  ‑Si l'étranger il avait vu ça, il aurait peut-être révisé toutes ces théories !  pensa-t-il. Ces griffes aux ailes : un vestige de la préhistoire !  C'est plutôt un miracle d'adaptation !  Il a bien fallu que la nature invente quelque chose pour que ces oisillons puissent regagner leur nid avec toutes ces pluies diluviennes !  Si la nature n'avait pas trouvé quelque chose l'espèce aurait déjà disparu !  La pluie cessa bientôt, aussi rapidement qu'elle avait commencé. Chico se leva et retourna à son embarcation. Il démarra le moteur et commença à s'éloigner.  ‑Dommage que je ne sache pas écrire, pensa Chico, sinon je lui aurais écrit à ce gringo pour lui dire ce que j'ai vu. Oui dommage que je ne sache pas écrire !  Vraiment c'est dommage ! …  Au bout d'un moment Chico ajouta : ­Mais de toute façon ça n'aurait servi à rien que je sache écrire, je n'aurais pas su où envoyer ma lettre !    Et l'embarcation s'éloigna sur l'igarapé pour ne bientôt plus devenir qu'un minuscule point qui se perdait à l'horizon.

 

L'histoire pourrait s'arrêter là, et on serait alors tenté de donner raison à Chico Mendes, en ne voyant dans ces deux doigts griffus que l'hoatzin a sur l'aile qu'un summum de l'adaptation. Et pourtant, vu l'allure préhistorique de l'oiseau, on serait quand même tenté de penser que ces organes ont pu persister au cours de l'évolution, ou alors qu'ils avaient disparu et sont soudain réapparus par nécessité, comme s'il existait une mystérieuse mémoire génétique où éternellement tout se conservait et pouvait un jour resurgir.

 

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