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GRIMM, Frères – Le diable aux trois cheveux d’or

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16:41
1 janvier 2008


Augustin

Admin

Paris

messages 1949

1

GRIMM, Frères – Le diable aux trois cheveux d’or

Traduction: Janico


Il était une fois une pauvre femme qui mit au monde un petit garçon. Comme il était né coiffé, on lui prédit qu’à l’âge de quatorze ans, il aurait pour épouse la fille du roi. Peu de temps après, le roi se rendit au village. Personne ne savait que c’était le roi ! Quand il demanda aux gens ce qu’il y avait de neuf, ils lui répondirent : « Ah! Ces jours-ci il nous est né un enfant coiffé. Tout ce qu’un enfant de cette espèce entreprend tourne à son avantage. D’ailleurs on lui a prédit qu’à l’âge de quatorze ans, il épouserait la fille du roi. »

Le roi, qui avait le cœur méchant et que la prophétie mit en colère, alla trouver les parents, se donna l’air tout à fait aimable, et leur dit : « Pauvres gens, confiez-moi votre enfant, je veux me charger de lui. »
Ils commencèrent par refuser, mais comme l’étranger leur offrait une grosse somme, ils se dirent : « C’est un enfant de la chance, cela ne peut que tourner bien pour lui ». Ils finirent par accepter et lui donnèrent l’enfant.

Le roi le mit dans une boîte et partit à cheval avec lui, jusqu’au bord d’une eau profonde. Alors il y jeta la boîte en se disant : « J’ai débarrassé ma fille de ce prétendant inattendu. » Mais la boîte n’alla pas au fond, elle vogua comme un petit bateau et pas une goutte d’eau ne pénétra à l’intérieur. Elle navigua ainsi jusqu’à deux lieues de la capitale du roi, où se trouvait un moulin, au barrage duquel elle resta accrochée.

Un jeune meunier, qui heureusement se trouvait là et l’aperçut, la tira à lui à l’aide d’un harpon et crut avoir trouvé de grands trésors. Mais quand il l’ouvrit, il n’y vit qu’un beau poupon, tout frais et dispos. Il l’apporta aux maîtres du moulin et comme ceux-ci n’avaient pas d’enfants, ils s’en réjouirent et dirent : « C’est Dieu qui nous l’a donné. » Ils prirent bien soin de l’enfant trouvé et il grandit orné de toutes les vertus.

Il arriva qu’un jour d’orage, le roi entra au moulin et demanda au meunier si ce grand garçon était leur fils. « Non, dirent-ils, c’est un enfant trouvé, il y a quatorze ans de cela. Il est arrivé dans une boîte jusqu’à notre barrage. Et c’est notre apprenti l’a tiré de l’eau ! » Le roi vit alors qu’il ne pouvait s’agir que de l’enfant né coiffé qu’il avait jeté à la rivière. » Braves gens, dit-il, ce jeune homme ne pourrait-il porter une lettre à Madame la Reine ? Je lui donnerai deux pièces d’or pour sa peine. – À vos ordres ! Sire » répondirent-ils et ils dirent au jeune garçon de se tenir prêt. Alors le roi écrivit à la reine un billet où il était dit : « Dès que le porteur de cette lettre arrivera, il devra être tué et enterré, et tout cela avant mon retour. »

Le garçon se mit en route avec cette lettre, mais il s’égara et il arriva le soir dans une grande forêt. Dans l’obscurité il vit une petite lumière, se dirigea vers elle et arriva à une petite chaumière. Au moment où il entra, une vieille femme était assise toute seule près du feu. En l’apercevant, elle fut effrayée et dit : « D’où viens-tu et où vas-tu ? – Je viens du moulin, dit-il, et je vais chez la reine à qui je dois porter une lettre. Mais comme je me suis perdu dans le bois, je voudrais bien passer la nuit ici. – Pauvre enfant, tu es tombé dans un repaire de brigands et quand ils rentreront, ils te tueront. – Vienne qui voudra, dit le garçon, je n’ai pas peur ; mais je suis si fatigué que je ne peux pas aller plus loin. » Il s’étendit sur un banc et s’endormit. Peu après les brigands rentrèrent et ils demandèrent avec colère qui était cet étranger. « Ah, dit la vieille, c’est un enfant innocent, il s’est égaré dans la forêt et je l’ai recueilli par pitié. Il doit porter une lettre à la reine. » Les voleurs décachetèrent la lettre et la lurent. Et il y était dit qu’aussitôt arrivé, le garçon devait être tué. Alors les brigands au cœur dur furent pris de pitié, leur chef déchira la lettre et en écrivit une autre où l’on disait : « Dès son arrivée, ce jeune garçon devra être marié à la fille du roi. » Puis ils le laissèrent dormir tranquillement sur son banc jusqu’au lendemain matin et quand il se réveilla, ils lui donnèrent la lettre et le remirent dans le bon chemin.

Mais quand la reine reçut et lut le billet, elle fit comme on lui disait, elle ordonna de préparer une grande fête, et la fille du roi épousa le garçon né coiffé.

Quelque temps après, le roi rentra au château. Il vit que la prédiction s’était accomplie et que le favori de la fortune avait épousé sa fille : « Comment cela est-il arrivé ? demanda-t-il, l’ordre que je donnai dans ma lettre était tout différent. » Alors la reine lui tendit le billet et lui dit de lire lui-même ce qu’il y avait dedans : Dès que le porteur de cette lettre arrivera, il faudra le marier avec la fille du roi. « Mais! ce n’est pas ce que j’ai écrit. Quelqu’un a échangé les billets. Ça ne se passera pas comme ça. Celui qui veut avoir ma fille doit aller en enfer me chercher trois cheveux d’or de la tête du diable ; si tu me rapportes ce que je te demande, tu pourras garder ma fille. »

Le roi espérait qu’ainsi il serait débarrassé de lui à tout jamais. Mais l’enfant né coiffé répondit : « J’irai bien chercher les trois cheveux d’or, je n’ai pas peur du diable ! » Là-dessus il fit ses adieux et entreprit son voyage.

Son chemin le conduisit à la porte d’une grande ville, où le gardien lui demanda quel métier il connaissait et tout ce qu’il savait : « Je sais tout », répondit le favori de la fortune. « En ce cas, dit le gardien, tu peux nous rendre un service en nous disant pourquoi la fontaine de notre marché, d’où le vin jaillissait d’ordinaire, s’est tarie et ne donne même plus d’eau. – Vous le saurez ! répondit-il, attendez seulement mon retour. »

Puis il continua son chemin et arriva à la porte d’une autre ville où le gardien lui demanda de nouveau quel métier il connaissait et tout ce qu’il savait. « Je sais tout », répondit-il. « En ce cas tu peux nous rendre un service en nous disant pourquoi un arbre de notre ville qui d’habitude donnait des pommes d’or ne porte même plus de feuilles à présent. – Vous le saurez, répondit-il, attendez seulement mon retour. »

Puis il continua son chemin et arriva au bord d’une grande rivière qu’il lui fallait traverser. Le passeur lui demanda quel métier il connaissait et tout ce qu’il savait : « Je sais tout », répondit-il. « En ce cas tu peux me rendre un service dit le passeur en me disant pourquoi je dois naviguer continuellement d’une rive à l’autre sans être jamais relayé. – Tu le sauras, répondit-il, attends seulement mon retour. »

Quand il eut passé cette immense rivière, il trouva l’entrée de l’enfer. L’intérieur était noir et plein de suie, le diable n’était pas à la maison, mais sa grand-mère était là, assise dans un vaste fauteuil. « Que veux-tu ? lui dit-elle, mais elle n’avait pas l’air bien méchante. – Je voudrais trois cheveux d’or de la tête du diable, dit-il, sans quoi je ne pourrai pas garder ma femme. – C’est beaucoup demander, dit-elle, si le diable te trouve en rentrant, tu risques ta peau, mais tu me fais pitié, je vais voir à te venir en aide. » Elle le changea en fourmi et lui dit : « Fourre-toi là, dans les plis de ma robe, tu y seras en sûreté. – Bon, dit-il, mais je voudrais encore savoir trois choses : pourquoi une fontaine d’où le vin jaillissait d’ordinaire s’est tarie et ne donne même plus d’eau, pourquoi un arbre qui d’habitude donnait des pommes d’or ne porte même plus de feuilles, et pourquoi un passeur doit faire la navette sans cesse d’une rive à l’autre sans jamais être relayé. – Ce sont des questions difficiles, dit-elle, tiens-toi tout à fait tranquille et fais attention à ce que le diable dira quand je lui arracherai les trois cheveux d’or. »

Le soir venu, le diable rentra chez lui. A peine eut-il mis le pied dans la maison qu’il s’aperçut que l’air n’était pas pur. « Je sens, je sens la chair humaine, dit-il, il y a quelque chose de louche par ici. » Puis il se mit à regarder et à scruter chaque recoin de la maison, mais il ne put rien trouver. Sa grand-mère le sermonna : « On a à peine fini de balayer et de tout ranger, et voilà que tu nous remets tout sens dessus dessous ; tu as toujours l’odeur de la chair humaine dans le nez ! Viens t’asseoir et prends ton dîner ! »

Quand il eut mangé et bu, il se sentit fatigué, il mit sa tête sur les genoux de sa grand-mère et lui demanda de l’épouiller un peu. Au bout d’un peu de temps, il s’était assoupi, soufflait et ronflait. Alors la vieille saisit un cheveu d’or, l’arracha et le mit à côté d’elle. « Aïe ! cria le diable, qu’est-ce qui te prend ? – J’ai fait un mauvais rêve, répondit la grand-mère, c’est pourquoi je t’ai pris par les cheveux. – Qu’as-tu donc rêvé ? demanda le diable. – J’ai rêvé qu’une fontaine d’où le vin jaillissait d’ordinaire s’est tarie et ne donne même plus d’eau, qu’est-ce qui peut en est la cause ? – Hé, s’ils le savaient ! répondit le diable, il y a un crapaud sous une pierre de la fontaine, lorsqu’ils le tueront le vin se remettra à couler.  » La grand-mère recommença à l’épouiller jusqu’à ce qu’il se rendormît et ronflât à faire trembler les vitres. Alors elle lui arracha le deuxième cheveu : « Hou ! Qu’est-ce que tu fais ? cria le diable en colère. – Ne te fâche pas, répondit-elle, je l’ai fait en rêve. – Qu’as-tu donc encore rêvé ? demanda le diable. – J’ai rêvé que dans un certain royaume il y avait un arbre fruitier qui d’habitude donnait des pommes d’or et ne porte même plus de feuilles à présent. Je me demande bien ce qui pourrait en être cause ? – Hé, s’ils le savaient ! répondit-il, c’est une souris qui ronge la racine de l’arbre, quand ils la tueront, l’arbre donnera de nouveau des pommes d’or, mais si elle continue à ronger plus longtemps, il se desséchera tout à fait. Mais laisse-moi en paix avec tes rêves, si tu me déranges encore une fois, tu auras une claque ! » La grand-mère le calma et se remit à l’épouiller jusqu’à ce qu’il se rendormît et ronflât de nouveau. Alors elle saisit le troisième cheveu d’or et l’arracha. Le diable sauta en l’air, et il se mit à crier et s’apprêta à lui faire passer un mauvais quart d’heure, mais elle l’apaisa une fois de plus et dit : « Ce n’est pas de ma faute, j’ai encore fait un mauvais rêve ! – Qu’as-tu donc rêvé ? demanda-t-il, curieux malgré tout. – J’ai rêvé d’un passeur qui se demandait: « Pourquoi je dois naviguer continuellement d’une rive à l’autre, sans être jamais relayé. Sais-tu ce qui pourrait en être la cause ? – Hé, l’imbécile ! répondit le diable, quand quelqu’un viendra et demandera à être passé, il n’aura qu’à lui mettre la gaffe dans la main. – Alors c’est l’autre qui devra passer les gens et il sera libre, c’est ça ? – Mais bien sûr ! répondit le diable. »

Comme la grand-mère avait arraché les trois cheveux d’or et que les trois questions avaient reçu une réponse, elle laissa le vieux dragon en repos et il dormit jusqu’au lever du jour. Lorsque le diable fut reparti, la vieille retira la fourmi du pli de son jupon et rendit sa forme humaine à l’enfant de la chance. » Voilà les trois cheveux d’or, lui dit-elle, quant à ce que le diable a répondu à tes trois questions, tu l’as sans doute entendu. – Oui, dit-il, je l’ai entendu et le retiendrai bien. – Te voilà tiré d’affaire, dit-elle, à présent tu peux aller ton chemin. » Il remercia la vieille et quitta l’enfer, content que tout lui eût si bien réussi.

Quand il arriva auprès du passeur, il dut lui donner la réponse promise. « Fais-moi d’abord traverser, dit l’enfant de la chance, puis je te dirai comment tu seras délivré » et quand il eut atteint l’autre rive, il lui donna le conseil du diable. « Quand il reviendra quelqu’un te demander de passer, tu n’auras qu’à lui mettre la gaffe dans la main. » Il continua son chemin et arriva à la ville où se trouvait l’arbre stérile et où le gardien voulut aussi avoir sa réponse. Alors il lui répéta ce qu’avait dit le diable.
« Tuez la souris qui ronge sa racine et il donnera de nouveau des pommes d’or. » Le gardien le remercia et lui donna en récompense deux ânes chargés d’or qui le suivirent. Enfin il arriva à la ville dont la fontaine était tarie. Alors il répéta au gardien ce que le diable avait dit. « Il y a un crapaud sous une pierre de la fontaine, cherchez-le et tuez-le, et elle vous donnera de nouveau du vin en abondance. » Le gardien le remercia et lui donna également deux ânes chargés d’or.

Enfin l’enfant de la chance arriva chez lui auprès de sa femme, et elle se réjouit de tout son cœur en le revoyant et en apprenant que tout lui avait si bien réussi. Il apporta au roi les trois cheveux d’or du diable qu’il lui avait demandés et quand le roi vit les quatre ânes chargés d’or, il en fut tout joyeux et dit : « À présent toutes les conditions sont remplies et tu peux garder ma fille. Mais dis-moi, mon cher gendre, d’où vient tout cet or ? C’est vraiment un trésor considérable ! – J’ai passé une rivière, répondit-il, et c’est là que je l’ai pris, il se trouve sur la rive en guise de sable. – Puis-je aller en chercher aussi ? dit le roi tout alléché. – Oh! Tant que vous voudrez, répondit-il, il y a un passeur sur la rivière, faites-vous conduire par lui de l’autre côté et vous pourrez remplir vos sacs. » Le roi cupide partit en toute hâte et quand il arriva au bord de l’eau, il fit signe au passeur de le faire traverser. Le passeur approcha et lui dit de monter et quand ils atteignirent la rive opposée, il lui mit la gaffe dans la main et sauta à terre. Désormais, le roi dut faire le passeur en punition de ses péchés.

« Le fait-il encore ? – Eh quoi ? Il ne se sera trouvé personne pour lui prendre sa gaffe ? »

 

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