BRUANT, Aristide – Chansons

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  • #145937
    Prof. TournesolProf. Tournesol
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      BRUANT, Aristide – Chansons


      Fantaisie triste

      I’ bruinait… L’temps était gris,
      On n’voyait pus l’ciel… L’atmosphère,
      Semblant suer au d’sus d’Paris,
      Tombait en buée su’ la terre.

      I’ soufflait quéqu’chose… on n’sait d’où,
      C’était ni du vent, ni d’la bise,
      Ça glissait entre l’col et l’cou
      Et ça glaçait sous not’ chemise.

      Nous marchions d’vant nous, dans l’brouillard,
      On distinguait des gens maussades,
      Nous, nous suivions un corbillard
      Emportant l’un d’nos camarades.

      Bon Dieu ! Qu’ça faisait froid dans l’dos !
      Et pis c’est qu’on n’allait pas vite ;
      La moelle se figeait dans les os,
      Ça puait l’rhume et la bronchite.

      Dans l’air y avait pas un moineau,
      Pas un pinson, pas une colombe,
      Le long des pierr’ i’ coulait d’l’eau,
      Et ces pierres-là… c’était sa tombe.

      Et je m’disais, pensant à lui
      Qu’j’avais vu rire au mois d’septembre
      Bon Dieu ! Qu’il aura froid c’tte nuit !
      C’est triste d’mourir en décembre.

      J’ai toujours aimé l’bourguignon,
      I’ m’sourit chaque fois qu’i s’allume ;
      J’voudrais pas avoir le guignon
      D’m’en aller par un jour de brume.

      Quand on s’est connu l’teint vermeil,
      Riant, chantant, vidant son verre,
      On aime ben un rayon d’soleil…
      Le jour oùsqu’on vous porte en terre.

      #145938
      Prof. TournesolProf. Tournesol
      Participant

        Les Canuts

        Pour chanter Veni Creator
        Il faut une chasuble d’or
        Pour chanter Veni Creator
        Il faut une chasuble d’or
        Nous en tissons pour vous, grands de l’église
        Et nous, pauvres canuts, n’avons pas de chemise

        C’est nous les canuts
        Nous sommes tout nus

        Pour gouverner, il faut avoir
        Manteaux ou rubans en sautoir
        Pour gouverner, il faut avoir
        Manteaux ou rubans en sautoir
        Nous en tissons pour vous grands de la terre
        Et nous, pauvres canuts, sans drap on nous enterre

        C’est nous les canuts
        Nous sommes tout nus

        Mais notre règne arrivera
        Quand votre règne finira :
        Mais notre règne arrivera
        Quand votre règne finira :
        Nous tisserons le linceul du vieux monde,
        Car on entend déjà la tempête qui gronde

        C’est nous les canuts
        Nous sommes tout nus

        #145939
        Prof. TournesolProf. Tournesol
        Participant

          Rose blanche

          Elle avait sous sa toque de martre,
          sur la butte Montmartre,
          un p’tit air innocent.
          On l’appelait rose, elle était belle,
          a’ sentait bon la fleur nouvelle,
          rue Saint-Vincent.

          Elle avait pas connu son père,
          elle avait p’us d’mère,
          et depuis 1900,
          a’ d’meurait chez sa vieille aïeule
          Où qu’a’ s’élevait comme ça, toute seule,
          rue Saint-Vincent.

          A’ travaillait déjà pour vivre
          et les soirs de givre,
          dans l’froid noir et glaçant,
          son p’tit fichu sur les épaules,
          a’ rentrait par la rue des Saules,
          rue Saint-Vincent.

          Elle voyait dans les nuit gelées,
          la nappe étoilée,
          et la lune en croissant
          qui brillait, blanche et fatidique
          sur la p’tite croix d’la basilique,
          rue Saint-Vincent.

          L’été, par les chauds crépuscules,
          a rencontré Jules,
          qu’était si caressant,
          qu’a’ restait la soirée entière,
          avec lui près du vieux cimetière,
          rue Saint-Vincent.

          Et je p’tit Jules était d’la tierce
          qui soutient la gerce,
          aussi l’adolescent,
          voyant qu’elle marchait pantre,
          d’un coup d’surin lui troua l’ventre,
          rue Saint-Vincent.

          Quand ils l’ont couché sur la planche,
          elle était toute blanche,
          même qu’en l’ensevelissant,
          les croque-morts disaient qu’la pauv’ gosse
          était crevé l’soir de sa noce,
          rue Saint-Vincent.

          Elle avait une belle toque de martre,
          sur la butte Montmartre,
          un p’tit air innocent.
          On l’appelait rose, elle était belle,
          a’ sentait bon la fleur nouvelle,
          rue Saint-Vincent.

          #142110
          Prof. TournesolProf. Tournesol
          Participant
            #145951
            Augustin BrunaultAugustin Brunault
            Maître des clés

              À Batignolles

              Sa maman s’appelait Flora,
              A connaissait pas son papa,
              Tout’ jeune on la mit à l’école,
              À Batignolles.

              A poussa comme un champignon,
              Malgré qu’alle ait r’çu pus d’un gnon,
              L’soir en faisant la cabriole,
              À Batignolles.

              Alle avait des manièr’s très bien,
              Alle était coiffée à la chien,
              A chantait comme eun’ petit’ folle,
              À Batignolles.

              Quand a s’balladait, sous l’ciel bleu,
              Avec ses ch’veux couleur de feu,
              On croyait voir une auréole,
              À Batignolles.

              Alle avait encor’ tout’s ses dents,
              Son p’tit nez, oùsqu’i’ pleuvait d’dans,
              Etait rond comme eun’ croquignolle,
              À Batignolles.

              A buvait pas , mais assez,
              Et quand a vous soufflait dans l’nez
              On croyait r’nifler du pétrole,
              À Batignolles.

              Ses appats étaient pas ben gros,
              Mais j’me disais : Quand on est dos,
              On peut nager avec eun’ sole,
              À Batignolles.

              A gagnait pas beaucoup d’argent,
              Mais j’étais pas ben exigeant ! …
              On vend d’ l’amour pour eun obole,
              À Batignolles.

              Je l’ai aimée autant qu’ j’ai pu,
              Mais j’ai pus pu lorsque j’ai su
              Qu’a m’ trompait avec Anatole,
              À Batignolles.

              Ca d’vait arrivé, tôt ou tard,
              Car Anatol’ c’est un mouchard …
              La marmite aim’ ben la cass’rol,
              À Batignolles.

              Alors a m’a donné congé,
              Mais le bon Dieu m’a ben vengé :
              A vient d’ mourir de la variole,
              À Batignolles.

              La moral’ de c’tte oraison-là,
              C’est qu’ les p’tit’s fill’s qu’a pas d’ papa,
              Doiv’nt jamais aller à l’école,
              À Batignolles.

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