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POE, Edgar Allan – Le Domaine d’Arnheim

Donneur de voix : René Depasse | Durée : 50min | Genre : Nouvelles


Le Domaine d'Arnheim

La nouvelle d’Edgar Poe Le Domaine d’Arnheim traduite en 1847 par Baudelaire dut séduire son traducteur par les problèmes qu’elle soulevait.

Le Domaine d’Arnheim, nom allemand, est l’équivalent de Home of the eagle, La Maison de l’aigle. Il s’agit d’un château et d’un jardin-paysage fictif des États-Unis ; Poe, dans une première partie, expose des réflexions sur les rapports de l’homme et de la nature et, dans la seconde, nous fait goûter les délices de ce jardin idyllique.
Un critique écrit : « La ville, la route d’eau, la végétation luxuriante… Le Domaine d’Arnheim est d’une souplesse déliée, d’une variété de tracés et de couleurs qui mêlent au romantisme du Voyage la fantastique et constante découverte de sites décalés et protégés, nostalgiques et rêveurs des Jardins de Babylone. »
Le bonheur que l’on peut trouver dans le pré, chantera plus tard Paul Fort, le héros le trouve dans ce domaine.

« Et je ne me sers pas ici du mot prospérité dans son sens purement mondain. Je l’emploie comme synonyme de bonheur. La personne dont je parle semblait avoir été créée pour symboliser les doctrines de Turgot, de Price, de Priestley et de Condorcet, – pour fournir un exemple individuel de ce que l’on a appelé la chimère des perfectionnistes. Dans la brève existence d’Ellison, il me semble que je vois une réfutation du dogme qui prétend que dans la nature même de l’homme gît un principe mystérieux, ennemi du bonheur. »

La lecture est souvent difficile, tant, parfois, les avalanches verbales déferlent dans cette prose qui annonce,vingt ans plus tard, les Chants de Maldoror. Jugez en :

« Toutes mes réflexions sur ce sujet reposaient sur cette idée, que l’intention primitive de la nature devait avoir disposé la surface de la terre de manière à satisfaire en tout point le sentiment humain de la perfection dans le beau, le sublime ou le pittoresque ; mais que cette intention primitive avait été déjouée par les perturbations géologiques connues ; – perturbations qui avaient été ressenties par les formes et les couleurs, dans la correction et le mélange desquelles gît l’âme de l’art. Mais la force de cette idée se trouvait très-affaiblie par la nécessité conséquente de considérer ces perturbations comme anormales et destituées de toute espèce de but. »

Illustration : Le Domaine d’Arnheim (1883).

Le Domaine d’Arnheim.

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LAUTRÉAMONT – Poésies I

Donneur de voix : René Depasse | Durée : 32min | Genre : Essais


Isidore Ducasse

Les Chants de Maldoror étaient signés par le Comte de Lautréamont, pseudonyme d’Isidore Ducasse qui reprend son nom comme auteur de Poésies I et Poésies II (1868) qui auraient sans doute été intitulées, si Ducasse n’était pas mort en 1870 à 24 ans, Préface d’un livre futur parce qu’il n’y a nulle trace de vers dans ce récit en grande partie consacré aux poètes.

Poésies I commence par cette épigraphe : « Je remplace la mélancolie par le courage, le doute par la certitude, le désespoir par l’espoir, la méchanceté par le bien, les plaintes par le devoir, le scepticisme par la foi, les sophismes par la froideur du calme et l’orgueil par la modestie », mais il est difficile de ne pas constater qu’en parfait désaccord avec ses contemporains, Ducasse, avec sa tonalité pamphlétaire, est « méchant » à l’égard des célébrités de l’époque :

« Depuis Racine, la poésie n’a pas progressé d’un millimètre. Elle a reculé. Grâce à qui ? aux Grandes-Têtes-Molles de notre époque. Grâce aux femmelettes, Chateaubriand, le Mohican-Mélancolique ; Sénancourt, l’Homme-en-Jupon ; Jean-Jacques Rousseau, le Socialiste-Grincheur ; Anne Radcliffe, le Spectre-Toqué ; Edgar Poe, le Mameluck-des-Rêves-d’Alcool ; Mathurin, le Compère-des-Ténèbres ; Georges Sand, l’Hermaphrodite-Circoncis ; Théophile Gautier, l’Incomparable-Épicier ; Leconte, le Captif-du-Diable ; Goethe, le Suicidé-pour-Pleurer ; Sainte-Beuve, le Suicidé-pour-Rire ; Lamartine, la Cigogne-Larmoyante ; Lermontov, le Tigre-qui-Rugit ; Victor Hugo, le Funèbre-Échalas-Vert ; Mickiewicz, l’Imitateur-de-Satan ; Musset, le Gandin-Sans-Chemise-Intellectuelle ; et Byron, l’Hippopotame-des-Jungles-Infernales. »

Quand Ducasse leur reproche d’avoir « chanté le mal », il semble oublier que Lautréamont a écrit les beaux Chants de Maldoror.

Qu’en pensez-vous ?

Poésies 1.

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EEKHOUD, Georges – Blanchelive, Blanchelivette

Donneur de voix : René Depasse | Durée : 23min | Genre : Contes


Perov Pticelov - Les Dénicheurs (détail, 1870)

Ne vous laissez pas abuser par le titre Blanchelive, Blanchelivette… Ce conte n’est pas pour la jeunesse ; il appartient au Cycle patibulaire de l’écrivain belge Georges Eekhoud (1854-1927) dont les récits sont souvent proches, par leur ton et leur lyrisme monstrueux, des Chants de Maldoror qui ne furent jamais diffusés du vivant de leur auteur Isidore Ducasse, comte de Lautréamont (1846-1870).

« Aussitôt un être furtif et fringant débuche du bouquet d’arbres et se campe, moite, lubrifié, dans l’évaporation opaline de la rosée :
La dégaîne et la mine d’un apprenti sans atelier, d’un jeune batteur d’estrades, d’un dénicheur d’oiseaux. Dix-huit ans tout au plus. Les cheveux courts et drus avançant sur un front bas, et tirant sur le pelage de la loutre, un de ces teints basanés ragoûtants comme le pain de seigle, de grands yeux mordorés frangés de longs cils, le regard veloureux et magnétique ; le nez busqué aux ailes mobiles, aux narines frétillantes ; la bouche vineuse et friande.

[...] Sans qu’il eût l’air de s’en douter, ce charmeur de pinsons était bel et bien en train de fasciner et de troubler, jusqu’au tréfond de la conscience, cette femme riche, mondaine, occupant, certes, une haute position sociale. Bientôt je fus même intimement convaincu que c’était malgré lui que le luron débraillé excitait l’attention intense de cette hautaine promeneuse. Aussi extraordinaire que paraisse ce phénomène, le gars ignorait absolument la perturbation qu’il causait, lui, le maraud surflétri, en cette aristocratique et considérable personne. Pourtant le gaillard n’en était pas à sa première aventure galante. »

Assistez à la rencontre poétiquement et sensuellement décrite de ce couple insolite.

Blanchelive, Blanchelivette.

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LAUTRÉAMONT – Les Chants de Maldoror (Œuvre intégrale)

Donneurs de voix : Projet collectif | Durée : 9h 15min | Genre : Poésie


Lautréamont - Les Chants de Maldoror

« Plût au ciel que le lecteur, enhardi et devenu momentanément féroce comme ce qu’il lit, trouve, sans se désorienter, son chemin abrupt et sauvage, à travers les marécages désolés de ces pages sombres et pleines de poison ; car, à moins qu’il n’apporte dans sa lecture une logique rigoureuse et une tension d’esprit égale au moins à sa défiance, les émanations mortelles de ce livre imbiberont son âme, comme l’eau le sucre. Il n’est pas bon que tout le monde lise les pages qui vont suivre ; quelques-uns seuls savoureront ce fruit amer sans danger. Par conséquent, âme timide, avant de pénétrer plus loin dans de pareilles landes inexplorées, dirige tes talons en arrière et non en avant. »

Les lecteurs désireux de « pénétrer plus loin dans de pareilles landes inexplorées » peuvent désormais écouter les six Chants de Maldoror (1869) :

- Chant premier
- Chant 2ème
- Chant 3ème
- Chant 4ème
- Chant 5ème
- Chant 6ème


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LAUTRÉAMONT, Comte (de) – Les Chants de Maldoror (Chant 6ème)

Donneur de voix : René Depasse | Durée : 1h 21min | Genre : Poésie


Francisco de Goya - Disparate fúnebre

Nourris de violence, d’idées morbides et de délires à la limite du supportable, Les Chants de Maldoror du Comte de Lautréamont (pseudo d’Isidore Ducasse) ne racontent pas une histoire unique et cohérente, mais sont constitués, comme vous pouvez le lire dans les billets consacrés aux cinq premiers chants, d’une suite d’épisodes dont le fil conducteur est la présence de Maldoror, personnage maléfique, sauvage farouche, misanthrope, inculte, primitif, barbare, bestial, cruel, féroce, violent, brutal.
Le sixième et dernier chant, à la différence des cinq autres, est la fabrication d’un petit roman qui remplace la division en strophes épiques.

Lu quelque part, cet avertissement :
« Plût au ciel que le lecteur, enhardi et devenu momentanément féroce comme ce qu’il lit, trouve, sans se désorienter, son chemin abrupt et sauvage, à travers les marécages désolés de ces pages sombres et pleines de poison ; car, à moins qu’il n’apporte dans sa lecture une logique rigoureuse et une tension d’esprit égale au moins à sa défiance, les émanations mortelles de ce livre imbiberont son âme, comme l’eau le sucre. Il n’est pas bon que tout le monde lise les pages qui vont suivre ; quelques-uns seuls savoureront ce fruit amer sans danger. Par conséquent, âme timide, avant de pénétrer plus loin dans de pareilles landes inexplorées, dirige tes talons en arrière et non en avant. »

Illustration : Francisco de Goya, Disparate fúnebre (détail, 1815-1819).

Les Chants de Maldoror (Chant 6ème).

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LAUTRÉAMONT, Comte (de) – Les Chants de Maldoror (Chant 5ème)

Donneur de voix : René Depasse | Durée : 1h 35min | Genre : Poésie


Francisco de Goya - Saturne dévorant un de ses enfants

Le billet présentant le quatrième Chant de Maldoror est intégralement applicable au Cinquième Chant. Il est impossible de vraiment résumer un chant pour la bonne raison qu’aucune intrigue progressive ne peut s’y lire. Maldoror, être surhumain, archange du Mal, lutte sous différentes formes contre le Créateur, souvent ridiculisé, et commet des actes meurtriers où se révèlent son sadisme et son homosexualité. Il y a dans ce récit un couplet sur la pédérastie qui n’est pas piqué des vers, ni des scarabées, ni des serpents, ni des araignées qui pullulent dans des matières visqueuses.

Mais reconnaissons à Lautréamont qu’il prend sans cesse la peine d’avertir son lecteur que ce qu’il va lire n’est peut-être pas pour lui :

« La frontière entre ton goût et le mien est invisible ; tu ne pourras jamais la saisir : preuve que cette frontière elle-même n’existe pas.
Et, de même que les rotifères et les tardigrades peuvent être chauffés à une température voisine de l’ébullition, sans perdre nécessairement leur vitalité, il en sera de même pour toi, si tu sais t’assimiler, avec précaution, l’âcre sérosité suppurative qui se dégage avec lenteur de l’agacement que causent mes intéressantes élucubrations. »

Quelle eût été l’œuvre d’Isidore Ducasse qui a écrit ces Chants à 22 ans et est mort phtisique en 1870, à 24 ans… avec le Second Empire ?

> Écouter un extrait : Première Partie.

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LAUTRÉAMONT, Comte (de) – Les Chants de Maldoror (Chant 4ème)

Donneur de voix : René Depasse | Durée : 1h 22min | Genre : Poésie


Jan de Baen - Les Cadavres des frères De Witt

La quatrième Chant de Maldoror, comme les trois premiers, n’est pas pour tous les lecteurs. Les horreurs commises par le sombre antihéros nommé Maldoror sont décrites avec une complaisance qui peut choquer. Aucune des règles du réalisme ni de la logique n’est respectée. Maldoror ressemble parfois à un bandit parcourant le monde à toute vitesse, parfois mêlé aux oiseaux, parfois mêlé aux poissons… Toutes les strophes nous rappellent que l’homme est mauvais et que celui qui l’a créé est mauvais.

Cette écriture de la cruauté use parfois de métaphores et de comparaisons très originales, mais les longues périodes rendent parfois difficile leur enregistrement.
Terminons par l’ exemple de cette phrase :
« Et même, si le hasard te permettait, par un miracle absurde, mais non pas, quelquefois, raisonnable, de retrouver cette peau précieuse qu’a gardée la religieuse vigilance de ton ennemi, comme le souvenir enivrant de sa victoire, il est presque extrêmement possible que, quand même on n’aurait étudié la loi des probabilités que sous le rapport des mathématiques (or, on sait que l’analogie transporte facilement l’application de cette loi dans les autres domaines de l’intelligence), ta crainte légitime, mais, un peu exagérée, d’un refroidissement partiel ou total, ne refuserait pas l’occasion importante, et même unique, qui se présenterait d’une manière si opportune, quoique brusque, de préserver les diverses parties de ta cervelle du contact de l’atmosphère, surtout pendant l’hiver, par une coiffure qui, à bon droit, t’appartient, puisqu’elle est naturelle, et qu’il te serait permis, en outre (il serait incompréhensible que tu le niasses), de garder constamment sur la tête, sans courir les risques, toujours désagréables, d’enfreindre les règles les plus simples d’une convenance élémentaire. »

Les Chants de Maldoror (Chant 4ème).

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LAUTRÉAMONT, Comte (de) – Les Chants de Maldoror (Chant 3ème)

Donneur de voix : René Depasse | Durée : 1h 15min | Genre : Poésie


Les Chants de Maldoror

Rappelons une deuxième fois l’avertissement donné par le comte de Lautréamont : « Il n’est pas bon que tout le monde lise les pages qui vont suivre ; quelques-uns seuls savoureront ce fruit amer sans danger. Par conséquent, âme timide, avant de pénétrer plus loin dans de pareilles landes inexplorées, dirige tes talons en arrière et non en avant. »

En effet Lautréamont, dans ce Troisième Chant de Maldoror « opprime » de nouveau le lecteur en lui présentant une succession de scènes macabres et désolées, où une force maléfique sous la forme d’un prince de la Nuit, Maldoror, tente par tous les moyens possibles de détruire les apparences trompeuses des hommes et de leur soi-disant bonheur. Il est difficile pour certains d’adhérer à un style aussi noir que celui de Lautréamont, certes, mais il faut considérer Les Chants de Maldoror comme une révolution poétique à l’heure où le mot de surréalisme n’existait pas encore ; il faut les lire en prenant son temps et en étant réceptif, pour se laisser envoûter par le maléfique Maldoror qui nous emmène aux entrailles de l’enfer cuisant, de la barbarie sanglante, nous fait l’éloge du crime sur des adolescents, l’éloge de la prostitution, du sadisme, du viol.

Cette esthétique de l’horreur est une belle introduction à des œuvres telles que celles de Lovecraft.

Les Chants de Maldoror (Chant 3ème).

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