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BABEL, Isaac – Le Passage du Zbroutch – L’Église de Novograd – La Lettre

Donneur de voix : Ahikar | Durée : 29min | Genre : Nouvelles


Kasimir Malevitch - La Charge de la cavalerie rouge (détail)

Isaac Babel (1894-1940)

Pour présenter Babel, laissons la parole à sa fille Nathalie :
« Le jeune Babel avait envoyé des contes et récits à Gorki et celui-ci les avait publiés un à un, jusqu’au jour où il en avait refusé de nouveaux au motif que le jeune écrivain avait épuisé ce qu’il avait à dire. Avant de se remettre à écrire, il fallait, affirmait-il, que Babel vécût un peu plus. C’est alors que celui-ci, piqué au vif, s’était engagé dans la « cavalerie rouge » de Boudienny. « Tu te rends compte, mon père, jeune Odessite juif, myope et déjà rondouillard, entrant dans ce corps de cavaliers de grande taille et notoirement antisémites ! » Elle avait ajouté que, plusieurs fois donné pour mort, son père avait survécu. Et il avait écrit Cavalerie rouge. Mais en apprenant que le petit Juif avait publié un livre qui révélait des scènes que, par la suite, on a comparées aux Désastres de la guerre de Goya, Boudienny l’illettré avait juré de faire disparaître l’insolent. « Et là, ajoutait Nathalie, le miracle… Par des lettres que Boudienny se faisait lire, Gorki, prenant la défense de Babel, avait empêché le glaive de s’abattre sur mon père. Mais quand Gorki est mort en 1936, Babel a compris que c’en était fini de lui. Il a été arrêté en 1939 et exécuté en 1940… » (d’après Les Carnets d’Hubert Nyssen)

Le contexte politique. La guerre russo-polonaise couvait depuis février 1919 : sous l’influence du maréchal Josef Pilsudski, la toute nouvelle république de Pologne, qui venait de retrouver son indépendance, souhaitait la mise en place d’une fédération comprenant la Pologne, l’Ukraine, la Lituanie et la Biélorussie, afin de se protéger de l’Allemagne et de la Russie. Lénine espérait réaliser la jonction avec le prolétariat allemand aux dépens de la Pologne. De là, l’incendie se serait propagé à l’Europe entière… L’armée rouge lance des offensives sur plusieurs fronts. Fin mai 1920 entre en scène la fameuse cavalerie rouge de Boudienny. En moins d’un mois, elle couvre près de mille kilomètres pour se rendre sur le front polonais. Les premiers affrontements ont lieu le 24 mai… (d’après Isaac Babel, Œuvres complètes, traduites par Sophie Benech)

En juin 1920, sous le pseudonyme de Kirill Vassilievitch Lioutov, Isaac Babel s’engage en tant que correspondant de guerre dans la cavalerie rouge. Derrière le masque de Lioutov se cache l’écrivain. Trente-sept récits paraissent entre 1923 et 1925, dans plusieurs revues d’avant-garde, comme Lef ou Krasnaïa Nov’ (Friches rouges). Trente-quatre sont conservés lors de la publication du recueil en 1926.

Voici les trois premiers :

1. Le Passage du Zbroutch. Le narrateur nous conte le passage du Zbroutch, l’arrivée à Novograd, puis la nuit mouvementée qu’il passe dans le logis qu’on lui a attribué.
2. L’Église de Novograd. Juillet 1920. Dans la maison du curé en fuite, puis dans l’église gardée par le vicaire, le commissaire politique et le chef de la section spéciale découvrent des uniformes militaires et, derrière le tabernacle, pièces d’or, billets de banque et bijoux. Le narrateur, qui les accompagne, se moque du prêtre qui avait cru dissimuler le trésor en accrochant « aux clous de son sauveur les corsages de ses paroissiennes ». Le texte étincelle de splendeurs atroces : « Ô crucifix minuscules comme des talismans de courtisane »… (Adrien Le Bihan)
3. La Lettre. Vassili Kourdioukov dicte au narrateur une lettre, où il raconte comment leur père, russe blanc et chef de compagnie dans l’armée de Dénikine a massacré son frère et la vengeance qui s’ensuivit. Babel atteint ici un des sommets de son art. En décrivant comment Blancs et Rouges pouvaient se massacrer, il montre aussi jusqu’où peut aller la nature humaine en temps de guerre. Effrayant !
Il y a du Shakespeare chez Babel !

Traduction : Maurice Parijanine (1885-1937) (J’ai retouché par endroits la traduction qui ne rendait pas toujours aisée la compréhension du texte.)

Illustration : Kasimir Malevitch, La Charge de la cavalerie rouge (vers 1932, détail).

> Écouter un extrait : Le Passage du Zbroutch.


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> Références musicales :

Alexandre Borodine, Danses polovtsiennes, interprété par l’ensemble Davis High School Symphony Orchestra (domaine public).


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2 commentaires sur cette page. Ajoutez le vôtre !

  1. Adrien Le Bihan le 27 novembre 2016

    Vous avez choisi trois des plus étonnants récits de « Cavalerie rouge ». J’ai moi-même lu le premier à la radio dans une traduction meilleure que celle de Parijanine, mais que j’ai également un peu retouchée. Il est capital, mais pas assez souligné, que ce recueil s’ouvre sur « Le Passage du Zbroutch ».
    Très cordialement,
    Adrien Le Bihan
    (auteur de « Issac Babel. L’écrivain condamné par Staline », dont je vous remercie de citer un extrait)

  2. Ahikar le 30 novembre 2016

    Bonjour monsieur et merci pour votre commentaire.

    J’aimerais, si vous le voulez bien, vous poser quelques questions. Dans l’édition parue en 1959, dans la collection « Du monde entier », aux éditions Gallimard, il est écrit : « Nous réimprimons Cavalerie Rouge. La traduction de M. Parijanine a été faite avec la collaboration de I. Babel. Elle a été publiée en 1930 par les Editions Rieder. » Or cette édition contient beaucoup de lourdeurs et d’incohérences. On trouve par exemple : « Krasnodar : les gens y sont très beaux, la rivière est capable pour le bain. » (Version 1928) qui sera corrigé en 1983 par Andrée Robel pour l’édition Folio (Et non en 1959 comme je l’avais d’abord cru. Merci à Xavier Mottez de la Bibliothèque russe et slave pour cette précision.) Des lourdeurs, on en trouve à la pelle : « Sémion Timoféitch le cherchait partout, sur toutes les lignes, parce qu’il avait un grand ennui au sujet du frère Fédia. » (Version 1928) qui devient en 1983 : « Sémion Timoféitch le cherchait sur toutes les positions, parce que mon frère Fiodor leur manquait rudement. »

    Alors, ma question est la suivante : faut-il attribuer à Isaac Babel lui-même ces lourdeurs, même si je sais qu’il lisait Rabelais, Flaubert et Maupassant en français ? Car Maurice Parijanine était plutôt un bon traducteur et fut quand même rédacteur et critique à la rubrique littéraire de L’Humanité de 1921 à 1928. Il y a là un point qu’il serait intéressant de clarifier.

    Pourquoi ce point me paraît important ? Parce que si les « lourdeurs » de la traduction sont dues à l’auteur lui-même, elles peuvent être aussi révélatrices de sens. Par exemple, dans « Vie et aventures de Pavlitchenko Rodionytch », il est écrit : « Nikitinsky était assis dans une chambre, le vieux bonhomme, et il débrouillait trois selles : une anglaise, une de dragon et une de Cosaque. » Eh bien, ne peut-on penser qu’en employant le mot « débrouiller », Babel avait dans l’idée « nettoyer », plutôt que simplement examiner comme j’ai pu lire dans certaines traductions. La traduction de Sophie Benech est certainement la meilleure, mais est-elle parfaite ? Un exemple, toujours pris dans « Vie et aventures de Pavlitchenko Rodionytch ». Je cite : « Je suis resté planté devant sa porte comme de la bardane, une heure entière je suis resté là, et ça donnait rien. Mais après il m’a regardé. « Qu’est-ce que tu veux ? qu’il a dit. –Je veux mon compte. –T’as quelque chose contre moi ? –J’ai rien contre vous, mais je veux mon compte. » Là, il a détourné les yeux, il est passé de la grande-rue à la ruelle, il a étalé par terre des tapis de selle pourpres… » Eh bien, il me semble qu’il aurait été juste de trouver un équivalent en français à l’expression « passer de la grande-rue à la ruelle », même si, bien sûr, on devine ce qui sous-tend cette expression. Pour ma part, j’ai préféré rendre le texte ainsi : « Alors il a détourné le regard, et prit un chemin de traverse en étalant sur le plancher des chabraques de couleur pourpre, encore plus rouges que les drapeaux du tsar ; et il est monté sur ses grands chevaux, le vieux… »

    Sans doute ai-je commis des contresens en essayant de « réécrire » le récit de la vie de Pavlitchenko Rodionytch, mais j’y ai mis tout mon cœur et toute mon ardeur, et toutes mes nuits pendant une semaine ! ;)

    Je vous l’envoie. Libre à vous de critiquer !

    Sinon, j’ai une immense admiration pour le style de Babel, sa concision et la richesse de son vocabulaire. C’est peu dire que je le tiens pour un des plus grands écrivains du XXe siècle. Je le préfère même à Maupassant, qu’il admirait tant !

    P.-S. – Si vous vous demandez pourquoi j’ai travaillé à partir de la version de Parijanine, eh bien c’est tout simplement parce que c’est la seule traduction qui soit libre de droits.

    J’ai aussi lu tout ce qui concernait Isaac Babel sur votre blog, et écouté l’émission « Répliques » de Finkielkraut. Ce que je trouve fascinant, et pertubant à la fois, c’est que devant les écrits d’un homme, on puisse avoir des positions si différentes. Décidément, les études littéraires sont loin d’être une science exacte !

    Avec toute mon amitié,

    Ahikar

    Vie et aventures de Pavlitchenko Rodionytch
    http://www.aht.li/2989827/Vie_et_aventures_de_Pavlitchenko_Rodionytch.pdf

    Vous pouvez aussi me contacter à cette adresse : ahikar@sfr.fr

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