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BRONTË, Emily – Les Hauts de Hurlevent

Donneur de voix : René Depasse | Durée : 12h 10min | Genre : Romans


Les Hauts de Hurlevent

Les adaptations cinématographiques avec le titre Les Hauts de Hurlevent ont donné la célébrité à ce roman d’Emily Brontë (1818-1848), Wuthering heights, que le traducteur T. de Wyzewa avait intitulé Un amant en 1897.

Perversité, violence, ignorance, macabre, mais aussi puissance de l’amour romantique sont des thèmes récurrents dans cet unique roman de la sœur farouche de Charlotte, auteur la même année de Jane Eyre (1847).

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37 commentaires sur cette page. Ajoutez le vôtre !

  1. Natasha le 30 mars 2010

    Merci, merci, merci bien!

  2. Florence le 9 avril 2010

    je suis en train d’écouter le chapitre 3, mais il manque la fin,du moins, je le suppose, car vous vous arrêtez au milieu d’une phrase!

  3. René Depasse le 9 avril 2010

    Merci,Florence,de signaler qu’une importante partie de ce chap 3 a disparu au montage,Je vais voir avec les « techniciens » comment réparer la la cune Cordialement RD

  4. Carole Bassani-Adibzadeh le 9 avril 2010

    A Florence et René : le fichier du chapitre 4 (non 3) incomplet a été remplacé, merci à tous deux pour votre aide !!!
    (L’archive ZIP correspondante est en cours de ré-envoi sur le serveur – le remplacement sera effectif dès 21 h 30 ce soir.)
    Excellente écoute !!!
    Carole

  5. Luana Le Roy le 11 avril 2010

    Je vous felicite poue ce beau travail.
    Mon père est très agé et vos livres pour entendre ont donné une nouvelle couleur a sa vie!
    Merci a tous!
    (excusez le mauvais français, je suis brèsilienne)
    Luana

  6. Nathalie le 21 juillet 2010

    merci à vous tous pour votre merveilleux travail de lecture.
    ma maman a perdu la vue il y a un an environ et depuis je puise dans votre immense bibliothèque pour lui graver des cd qu’elle écoute tous les jours.
    quelle joie elle a de découvrir ou redécouvrir certains auteurs!
    je vous remercie donc encore une fois du fond du coeur du don que vous nous faites, tant les lecteurs que tous ceux qui leur sont associés pour faire vivre ce site.
    bonne journée.
    Nathalie

  7. Textrix le 6 octobre 2010

    Un beau travail, mais dévalorisé par le choix d’une version non intégrale.
    Très surprise à l’écoute de ne pas entendre le récit fondateur de la nuit où le le narrateur « rencontre » le spectre de Catherine après avoir lu des fragments de son journal, j’ai vérifié qu’il ne s’agissait pas d’un problème d’enregistrement.
    Ce n’est pas le cas, et la coupe de toute cette nuit de cauchemar, la seule partie du texte qui donne la parole à Catherine même et dans laquelle elle évoque son alliance enfantine avec Heathcliff fait l’objet de l’allusion suivante dans la préface:
    « … à peine si nous nous sommes permis de couper, dans les premiers chapitres, quelques passages épisodiques qui embarrassaient le récit. »

    Hallucinant ! Un sommet de cynisme, ou de bêtise monumentale ? On croit rêver…
    J’ai lu ce livre dans mon enfance, ce passage est celui qui m’a le plus marqué comme des générations de lecteurs, et dont je gardais le souvenir le plus vif trente-cinq ans après cette première lecture.
    J’en donne ci-dessous l’extrait, trouvé dans Wikilivres dans la traduction de Frédéric Delebecque, on pourra juger combien cet épisode « embarrassait » le récit :
    Chapitre 3, donc :

    Sur le rebord de la fenêtre où je plaçai ma chandelle, se trouvaient empilés dans un coin quelques livres rongés d’humidité ; ce rebord était couvert d’inscriptions faites avec la pointe d’un couteau sur la peinture. Ces inscriptions, d’ailleurs, répétaient toutes le même nom en toutes sortes de caractères, grands et petits, Catherine Earnshaw, çà et là changé en Catherine Heathcliff, puis encore en Catherine Linton.

    Dans ma pesante apathie, j’appuyai la tête contre la fenêtre et continuai à épeler Catherine Earnshaw… Heathcliff… Linton… mes yeux finirent par se fermer. Mais ils n’étaient pas clos depuis cinq minutes qu’un éblouissement de lettres blanches jaillit de l’obscurité, éclatantes comme des spectres… l’air fourmillait de Catherines. En me soulevant pour chasser ce nom obsédant, je m’aperçus que la mèche de ma chandelle s’inclinait sur un des antiques volumes, d’où se dégageait un parfum de cuir de veau brûlé. Je la mouchai et, très mal à l’aise sous l’influence du froid et d’une nausée persistante, je me mis sur mon séant et ouvris le volume qui avait souffert, en l’appuyant sur mon genou. C’était une Bible, en caractères fins, sentant terriblement le moisi ; la page de garde portait l’inscription « Catherine Earnshaw, son livre », et une date remontant à un quart de siècle environ. Je refermai le volume, en pris un autre, puis un autre, et les examinai tous ainsi à tour de rôle. La bibliothèque de Catherine était choisie et son état de délabrement prouvait qu’on en avait fait un usage fort ample, sinon tout à fait légitime : presque aucun chapitre n’avait échappé à un commentaire à la plume ou au crayon – ou du moins à ce qui semblait en être un – qui couvrait chaque parcelle de blanc laissée par le compositeur. Il y avait des phrases détachées ; ailleurs, cela prenait la forme d’un journal en règle, griffonné d’une main inhabile d’enfant. En haut d’une page blanche (un vrai trésor, probablement quand on la découvrit), je me divertis beaucoup en trouvant une excellente caricature de mon ami Joseph, d’un crayon grossier, mais vigoureux. Je conçus sur-le-champ de l’intérêt pour la Catherine inconnue et me mis aussitôt à déchiffrer ses hiéroglyphes à moitié passés.

    « Un horrible dimanche ! Ainsi débutait le paragraphe qui suivait. Je voudrais que mon père pût revenir parmi nous. Hindley est un détestable remplaçant… sa conduite envers Heathcliff est atroce… H. et moi allons nous révolter… Nous avons fait le premier pas ce soir.

    « Toute la journée il a plu à torrents. Nous n’avons pu aller à l’église, de sorte que Joseph a dû réunir les fidèles dans le grenier. Pendant que Hindley et sa femme se chauffaient en bas devant un bon feu – occupés à n’importe quoi, sauf à lire leur Bible, j’en jurerais – Heathcliff, moi-même et le pauvre valet de charrue recevions l’ordre de prendre nos livres de prière et de monter. Placés en rang, sur un sac de grain, nous maugréions et nous grelottions, tout en espérant que Joseph grelotterait aussi, afin que son propre intérêt le poussât à raccourcir son homélie. Quelle erreur ! Le service a duré exactement trois heures ; et pourtant mon frère a eu le front de s’écrier, en nous voyant descendre : « Quoi ? déjà fini ! » Autrefois, le dimanche après-midi, on nous permettait de jouer, pourvu que nous ne fissions pas trop de bruit ; maintenant, le moindre rire étouffé suffit à nous faire envoyer dans le coin !

    « – Vous oubliez que vous avez un maître ici, dit le tyran. Je démolirai le premier qui me mettra en colère ! J’exige une sagesse et un silence parfaits. Oh ! mon garçon c’est toi qui as fait cela ? Frances, ma chère, tirez-lui les cheveux en passant ; je l’ai entendu faire claquer ses doigts.

    « Frances lui a tiré vigoureusement les cheveux, puis est allée s’asseoir sur les genoux de son mari. Ils sont restés là comme deux bébés à s’embrasser et à dire pendant une heure des niaiseries… vaines et absurdes paroles dont nous serions honteux. Nous nous sommes blottis aussi confortablement que possible sous la voûte du dressoir. Je venais d’attacher ensemble nos tabliers et de les suspendre en guise de rideau, quand est entré Joseph qui revenait d’une tournée aux écuries. Il a arraché mon rideau, m’a giflée et a croassé :

    « – Le maître est à peine enterré, le jour du Sabbat n’est point fini, le son de l’Évangile est co’ dans vos oreilles, et vous osez jouer ! Honte à vous ! Seyez-vous, méchants enfants ! Y a assez de bons livres si vous voulez lire ; seyez-vous, et pensez à vos âmes.

    « En prononçant ces paroles, il nous a forcés de rectifier nos positions, de manière à recevoir du feu lointain un vague rayon de lumière qui nous permît de distinguer le texte du fatras dont il nous accabla. Je n’ai pu supporter cette occupation. J’ai pris mon volume crasseux par le dos et l’ai lancé dans le chenil en protestant que j’avais horreur d’un bon livre. Heathcliff a envoyé le sien d’un coup de pied au même endroit. Il fallait entendre le tintamarre !

    « – M’sieu Hindley ! hurlait notre chapelain, M’sieu v’nez par ici ! Miss Cathy a déchiré l’dos du Casque du Salut et Heathcliff a passé sa rage su’la première partie de Tout dret à la perdition ! Que misère qu’vous leu laissiez continuer c’te vie-là ! Ah ! le vieillard y les aurait rossés comme y faut… mais y n’est pus là !

    « S’arrachant à son paradis au coin du feu, Hindley a saisi l’un de nous au collet, l’autre par le bras, et nous a jetés tous deux dans la cuisine où, assurait Joseph, « le vieux Nick4 » viendrait nous prendre, aussi sûr que nous étions vivants ; ainsi réconfortés, nous avons cherché chacun de notre côté un coin pour attendre son arrivée. J’ai attrapé ce livre-ci, et une bouteille d’encre sur le rayon, j’ai entr’ouvert la porte donnant sur l’extérieur pour avoir un peu de lumière, et j’ai passé vingt minutes à écrire. Mais mon compagnon est impatient ! il propose de nous approprier le manteau de la laitière et de nous abriter dessous pour filer dans la lande. Bonne idée… et puis, si le vieux grognon arrive, il pourra croire que sa prophétie est réalisée… Nous ne pourrons pas être plus à l’humidité ni avoir plus froid sous la pluie qu’ici. »

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    Je suppose que Catherine mit son projet à exécution, car dans la phrase suivante elle abordait un autre sujet ; elle prenait le ton plaintif.

    « Comme je me doutais peu que Hindley me ferait jamais tant pleurer ! écrivait-elle. J’ai mal à la tête, au point de ne pouvoir la garder sur l’oreiller, et pourtant je ne peux pas céder. Pauvre Heathcliff ! Hindley le traite de vagabond et ne veut plus qu’il reste ni qu’il mange avec nous ; il prétend que lui et moi ne devons plus jouer ensemble et menace de le chasser de la maison si nous enfreignons ses ordres. Il a blâmé notre père (comment a-t-il osé ?) pour avoir traité H. avec trop de bienveillance, et il jure qu’il le remettra à sa vraie place. »

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    Je commençais à somnoler et à laisser tomber le nez sur la page à moitié effacée. Mon œil passa du manuscrit à l’imprimé. Je vis un titre rouge ornementé « Septante fois sept5 et le Premier de la septante et unième6. Pieux discours prononcé par le Révérend Jabes Branderham, dans la chapelle de Gimmerton Sough » Pendant que, dans une demi-inconscience, je me creusais la cervelle pour deviner ce que Jabes Branderham avait pu tirer de son sujet, je retombai allongé dans mon lit et m’endormis. Hélas ! tristes effets du mauvais thé et de la mauvaise humeur ! Quelles autres causes auraient pu me faire passer une si terrible nuit ? Je n’ai souvenir d’aucune qui lui soit comparable depuis que j’ai le sentiment de la souffrance.

    Je commençai à rêver presque avant d’avoir cessé de me rendre compte de l’endroit où je me trouvais. Il me semblait que c’était le matin ; je m’étais mis en route pour rentrer chez moi, avec Joseph comme guide. Une épaisseur de plusieurs mètres de neige couvrait notre chemin. Comme nous avancions péniblement, mon compagnon m’accablait d’incessants reproches parce que je n’avais pas pris un bâton de pèlerin ; il m’assurait que je ne pourrais jamais pénétrer dans la maison sans en avoir un, et brandissait fièrement un gourdin à lourde poignée, auquel je compris qu’il donnait ce nom. Pendant un instant, je considérai qu’il était absurde que j’eusse besoin d’une pareille arme pour obtenir accès à ma propre demeure. Puis une autre idée me traversa l’esprit. Ce n’est pas là que j’allais : nous étions partis pour aller entendre le célèbre Jabes Branderham prêcher sur le texte Septante fois sept ; l’un de nous – Joseph, le prédicateur ou moi – avait commis le Premier de la septante et unième, et devait être publiquement dénoncé et excommunié. Nous arrivâmes à la chapelle. J’ai passé devant en réalité, dans mes promenades, deux ou trois fois ; elle est située dans un pli de terrain, entre deux collines, à une assez grande altitude, près d’un marais dont la boue tourbeuse convient très bien, paraît-il, pour embaumer les quelques cadavres déposés là. Le toit est resté entier jusqu’ici ; mais comme le traitement du pasteur n’est que de vingt livres par an, avec la jouissance d’une maison composée de deux pièces qui menacent de se réduire rapidement à une seule, aucun pasteur ne veut accepter les devoirs de cette charge, d’autant plus qu’on dit couramment que ses ouailles le laisseraient mourir de faim plutôt que d’augmenter son revenu d’un penny de leurs poches. Quoi qu’il en soit, dans mon rêve Jabes avait un auditoire nombreux et attentif ; et il prêchait… grand Dieu ! quel sermon ! divisé en quatre cent quatre-vingt dix parties, chacune de la longueur d’un sermon ordinaire, et chacune traitant d’un péché particulier ! Où il allait les chercher, je n’en sais rien. Il avait sa manière à lui d’interpréter le texte, et il paraissait nécessaire que le fidèle commît à chaque occasion des péchés différents. Ceux-ci étaient des plus curieux : de bizarres infractions que je n’avais encore jamais imaginées.

    Oh ! que j’étais fatigué ! Comme je me tortillais, bâillais, m’assoupissais, et me réveillais ! Comme je me pinçais, me piquais, me frottais les yeux, me levais, me rasseyais, et poussais du coude Joseph afin qu’il me dît si le prédicateur aurait jamais fini ! J’étais condamné à tout entendre jusqu’au bout. Enfin, il aborda le Premier de la septante et unième. À cet instant critique, j’eus une inspiration soudaine, sous l’empire de laquelle je me levai pour dénoncer Jabes Branderham comme l’auteur du péché qu’un chrétien n’est pas tenu de pardonner.

    – Monsieur, m’écriai-je, assis entre ces quatre murs j’ai enduré et toléré sans interruption les quatre cent quatre-vingt-dix parties de votre sermon. Septante fois sept fois j’ai pris mon chapeau et j’ai été sur le point de m’en aller… septante fois sept fois vous m’avez déraisonnablement obligé de reprendre mon siège. La quatre cent quatre-vingt-onzième fois dépasse les bornes. Compagnons de martyre, sus à lui ! Faites-le dégringoler, et réduisez-le en atomes, pour que les lieux qui l’ont connu ne puissent plus le connaître !

    – Tu es l’Homme ! s’écria Jabes, après une pause solennelle, en se penchant par-dessus son coussin. Septante fois sept fois tu as tordu ton visage en bâillant… septante fois sept fois j’ai tenu conseil en moi-même… Bah ! ai-je pensé, c’est de la faiblesse humaine, cela encore peut être absous. Mais voici le Premier de la septante et unième. Frères, exécutez sur lui le jugement qui est écrit. C’est un honneur qui revient à tous les bons chrétiens !

    Sur cette parole finale, tous les membres de l’assemblée, levant leurs bâtons de pèlerins, m’assaillirent en cercle d’un même mouvement. N’ayant pas d’arme à leur opposer pour ma défense, je commençai à me colleter avec Joseph, mon assaillant le plus proche et le plus féroce, pour lui enlever le sien. Dans la confusion de la mêlée, plusieurs gourdins se rencontrèrent ; des coups qui m’étaient destinés tombèrent sur d’autres crânes. Bientôt la chapelle entière retentit du bruit des attaques et des ripostes. Chacun se mit à cogner sur son voisin ; et Branderham, ne voulant pas rester oisif, épancha son zèle en une pluie de tapes bruyantes sur le rebord de la chaire, qui résonnait si fort qu’à la fin, à mon indicible soulagement, je me réveillai. Et qu’était-ce qui m’avait fait croire à ce terrible vacarme ? Qui avait joué le rôle de Jabes dans cette bagarre ? Simplement la branche de sapin qui touchait ma fenêtre quand des rafales de vent soufflaient de ce côté-là, et qui frottait ses pommes desséchées contre les vitres ! J’écoutai un instant, encore dans le doute ; je découvris la cause du bruit, puis me retournai, sommeillai, et rêvai de nouveau, d’une manière encore plus désagréable qu’avant, s’il est possible.

    Cette fois, je me souvenais que j’étais couché dans le cabinet de chêne et j’entendais distinctement les rafales de vent et la neige qui fouettait. J’entendais aussi le bruit agaçant et persistant de la branche de sapin, et je l’attribuais à sa véritable cause. Mais ce bruit m’exaspérait tellement que je résolus de le faire cesser, s’il y avait moyen ; et je m’imaginai que je me levais et que j’essayais d’ouvrir la croisée. La poignée était soudée dans la gâche : particularité que j’avais observée étant éveillé, mais que j’avais oubliée. « Il faut pourtant que je l’arrête ! » murmurai-je. J’enfonçai le poing à travers la vitre et allongeai le bras en dehors pour saisir la branche importune ; mais, au lieu de la trouver, mes doigts se refermèrent sur les doigts d’une petite main froide comme la glace ! L’intense horreur du cauchemar m’envahit, j’essayai de retirer mon bras, mais la main s’y accrochait et une voix d’une mélancolie infinie sanglotait : « Laissez-moi entrer ! laissez-moi entrer ! – Qui êtes-vous ? » demandai-je tout en continuant de lutter pour me dégager. « Catherine Linton », répondit la voix en tremblant (pourquoi pensais-je à Linton ? J’avais lu Earnshaw vingt fois pour Linton une fois). « Me voilà revenue à la maison : je m’étais perdue dans la lande ! » La voix parlait encore, quand je distinguai vaguement une figure d’enfant qui regardait à travers la fenêtre. La terreur me rendit cruel. Voyant qu’il était inutile d’essayer de me dégager de son étreinte, j’attirai son poignet sur la vitre brisée et le frottai dessus jusqu’à ce que le sang coulât et inondât les draps du lit. La voix gémissait toujours : « Laissez-moi entrer ! » et l’étreinte obstinée ne se relâchait pas, me rendant presque fou de terreur. « Comment le puis-je ? » dis-je enfin ; « lâchez-moi, si vous voulez que je vous fasse entrer ! » Les doigts se desserrèrent, je retirai vivement les miens hors du trou, j’entassai en hâte les livres en pyramide pour me défendre, et je me bouchai les oreilles pour ne plus entendre la lamentable prière. Il me sembla que je restais ainsi pendant plus d’un quart d’heure. Mais, dès que je recommençai d’écouter, j’entendis le douloureux gémissement qui continuait ! « Allez-vous-en ! » criai-je, « je ne vous laisserai jamais entrer, dussiez-vous supplier pendant vingt ans. – Il y a vingt ans », gémit la voix, « vingt ans, il y a vingt ans que je suis errante. » Puis j’entendis un léger grattement au dehors et la pile de livres bougea comme si elle était poussée en avant. J’essayai de me lever, mais je ne pus remuer un seul membre, et je me mis à hurler tout haut, en proie à une terreur folle. À ma grande confusion, je me suis aperçu que mes hurlements étaient bien réels. Des pas rapides approchaient de la porte de la chambre ; quelqu’un l’a poussée d’une main énergique et une lumière a brillé à travers les ouvertures carrées en haut du lit. J’étais assis encore tout tremblant, essuyant la sueur qui coulait sur mon front ; l’intrus semblait hésiter et se parler à voix basse à soi-même. Enfin il a murmuré, évidemment sans attendre de réponse : « Y a-t-il quelqu’un ici ? » J’ai jugé qu’il valait mieux confesser ma présence, car j’avais reconnu la voix de Heathcliff et je craignais qu’il ne poussât sa recherche plus avant, si je demeurais coi. En conséquence, je me suis tourné et j’ai ouvert les panneaux. Je n’oublierai pas de sitôt l’effet que j’ai produit ainsi.

    Heathcliff se tenait près de l’entrée, en chemise et en pantalon ; une chandelle lui coulait sur les doigts et sa figure était aussi blanche que le mur derrière lui. Le premier craquement du chêne l’a fait tressaillir comme sous une décharge électrique ; la chandelle lui a échappé et est retombée à quelques pieds de distance ; son agitation était telle qu’il a pu à peine la ramasser.

    – Ce n’est que votre hôte, monsieur, lui criai-je, désireux de lui épargner l’humiliation de laisser voir plus longtemps sa poltronnerie, j’ai eu le malheur de pousser des cris dans mon sommeil, en proie que j’étais à un terrible cauchemar. Je regrette de vous avoir dérangé.

    – Oh ! Dieu vous confonde, Mr Lockwood ! Je voudrais que vous fussiez au… a commencé mon hôte, en posant la chandelle sur une chaise, parce qu’il se rendait compte qu’il lui était impossible de la tenir fixe. Et qui vous a introduit dans cette chambre ? a-t-il continué en enfonçant ses ongles dans les paumes de ses mains, et en grinçant des dents pour réprimer des convulsions maxillaires. Qui est-ce ? J’ai bien envie de jeter le coupable dehors immédiatement.

    – C’est votre servante Zillah, répondis-je, en sautant sur le plancher et remettant rapidement mes vêtements. Je n’y verrais pas d’inconvénient, pour ma part, elle le mérite bien. Je suppose qu’elle a voulu avoir à mes dépens une nouvelle preuve que la pièce est hantée. Eh bien ! elle l’est… elle fourmille de spectres et de fantômes ! Vous avez raison de la tenir fermée, je vous assure. Personne ne vous remerciera de lui avoir procuré un somme dans un antre pareil !

    – Que voulez-vous dire et que faites-vous ? Recouchez-vous et finissez votre nuit, puisque vous êtes ici ; mais pour l’amour du ciel, ne recommencez pas cet horrible vacarme, que rien ne saurait excuser, à moins qu’on ne fût en train de vous couper la gorge.

    – Si le petit démon était entré par la fenêtre, il est probable qu’elle m’aurait étranglé ! ai-je riposté. Je ne tiens pas à continuer de subir les persécutions de vos hospitaliers ancêtres. Le Révérend Jabes Branderham n’était-il pas votre allié du côté maternel ? Et cette péronnelle, Catherine Limon, ou Earnshaw, ou je ne sais quoi… elle devait être bien sotte… méchante petite âme ! Elle m’a dit qu’elle errait sur la terre depuis vingt ans : juste punition de ses péchés mortels, j’en suis sûr.

    Je n’avais pas plus tôt prononcé ces mots que je me suis rappelé l’association, dans le livre, du nom de Heathcliff, à celui de Catherine. Cette particularité, qui était complètement sortie de ma mémoire, venait d’y reparaître soudain. J’ai rougi de ma légèreté. Mais, sans manifester autrement que j’eusse conscience de l’avoir offensé, je me suis hâté d’ajouter : « La vérité est, monsieur, que j’ai passé la première partie de la nuit à… » ; je m’arrêtai encore. J’allais dire : « … à parcourir ces vieux volumes », ce qui aurait révélé que j’avais connaissance de leur contenu manuscrit, aussi bien que de leur contenu imprimé. Aussi, me reprenant, j’ai poursuivi : « … à déchiffrer les noms inscrits sur le rebord de la fenêtre. Occupation monotone, à laquelle je me livrais pour m’endormir, de même qu’on compte ou… »

    – À quoi songez-vous de me parler de la sorte, à moi ? a dit Heathcliff d’une voix tonnante et avec une sauvage véhémence. Comment… comment osez-vous ? Sous mon toit ?… Dieu, il faut qu’il soit fou pour parler ainsi !

    Et il se frappait le front avec rage.

    Je ne savais trop si je devais me fâcher de ce langage ou continuer mon explication. Mais il semblait tellement affecté que j’ai eu pitié de lui et ai repris l’histoire de mes rêves, affirmant que je n’avais jamais entendu auparavant le nom de « Catherine Linton », mais qu’à force de le lire et de le relire ce nom avait produit sur moi une impression qui s’était personnifiée quand j’eus perdu le contrôle de mon imagination. Tandis que je parlais, Heathcliff reculait peu à peu dans le renfoncement où se trouvait le lit ; finalement il s’est assis, presque entièrement caché derrière. Je devinai néanmoins, à sa respiration irrégulière et entrecoupée, qu’il luttait contre une violente émotion.

  8. René Depasse le 7 octobre 2010

    Mon cher Textrix,bravo pour votre mécontentement!La réponse est simple(voulue par la loi):Delebecque est mort en juin 1940 et au moment oû j’ai enregistré LES HAUTS DE HURLEVENT sur une vieille traduction autorisée la sienne était interdite.Nous allons voir comment profiter de votre texte pour rendre justice à l’auteur Merci encore

  9. René Depasse le 7 octobre 2010

    Rectificatif:MA chère Textrix..

  10. René Depasse le 7 octobre 2010

    Pour Textrix.Après consultation des »autorités »,il faudra attendre le 1 janvier 2011 pour greffer le chap 3 Delebecque sur la traduction tronquée actuelle à moins qu’un(e) de mes collègues ne se charge d’une version2.(12 heures..)Les redresseurs de textes comme vous sont les bienvenus sur notre site Cordialement

  11. Marie-Ange Bataillé le 7 octobre 2010

    J’ai été moi aussi très étonnée de ne pas entendre ce passage si impressionnant et je revenais aujourd »hui précisement sur le texte pour voir si la coupe était aussi importante qu’il me le semblait ! merci à Tetrix qui s’est faite la porte-parole de tous les auditeurs frustrés dans des termes tout à fait justifiés!Et merci à vous cher René pour vos lectures que j’apprécie tellement!
    Marie-Ange

  12. Textrix le 7 octobre 2010

    Désolée de n’avoir pas le temps de faire d’enregistrement (j’ai déjà essayé pour les Donneurs de Voix, c’est très long et je suis très perfectionniste !) Qui plus est, comme professeur de français je croule sous les copies et ne puis dégager beaucoup de loisirs.

    Par contre je peux faire ma propre traduction sans en relire l’autre pour ne pas être influencée, ce qui n’est pas difficile car le anglais me marque beaucoup plus et vous la donner à enregistrer en complément, qu’en pensez-vous (sans me vanter je me débrouille assez bien en traduction littéraire.)

    Bien cordialement, et toujours au plaisir de vous entendre (j’ai téléchargé d’autres enregistrements que vous avez menés, ils attendent dans mon audiothèque.)

  13. Textrix le 7 octobre 2010

    Désolée pour les fautes, à 39 de fièvre je me relis mal !

  14. René Depasse le 9 octobre 2010

    Chère Textrix,si vous nous faites le plaisir de nous concocter une traduction personnelle du chap 3,je me ferai moi aussi le plaisir de la substituer à la « mauvaise » et l’on mentionnera votre contribution sur le billet(Textrix ou autre..).Sûrement pour vous une récréation dans le pensum des copies et pour E Bronte une réhabilitation urgente!!Merci

  15. Textrix le 9 octobre 2010

    Je ne dirais pas que la traduction que vous avez utilisée est mauvaise, loin de là, c’est la coupe qui a été faite par le traducteur qui me paraît ahurissante.
    Une coupe c’est toujours discutable, par rapport à une édition intégrale, bien sûr, mais là le choix de supprimer l’ »apparition » de Cathy est tout de même sidérant et injustifiable.

    En vous relisant, je note tout de même que la traduction de Delebecque sera disponible dans moins de trois mois, ne la préfèreriez-vous pas à celle d’une amatrice?
    En tout état de cause ma proposition reste valable si pour d’autres raisons il vous semble préférable de greffer une traduction libre de droits plutôt que celle de Delebecque dans votre lecture.

    Bien cordialement,

    Textrix

  16. René Depasse le 9 octobre 2010

    Envoyez votre traduction Marie-Ange Bataillé ne peut plus attendre…Merci Textrix

  17. Textrix le 9 octobre 2010

    Laissez-moi tout de même le temps de la faire ! ;-)

  18. Marie-Josée Harnois le 8 janvier 2011

    Il n’y a pas de chapitre 9 … est-ce normal ?

    Merci !

  19. Augustin le 9 janvier 2011

    Bonjour Marie-Josée,

    Merci pour votre remarque. Le problème a été corrigé !

    Bien cordialement,

    Augustin

  20. Marie-Josée Harnois le 6 février 2011

    Merci beaucoup !

  21. richard le 7 septembre 2011

    Un grand merci car mon fils est dyslexique et dyspraxique et il doit lire ce livre lors de sa scolarité de 4ième. On nous recommandait de trouver la version audio pour l’aider…

  22. René Depasse le 7 septembre 2011

    Heureux de rendre service à votre fils,mon cher Richard, mais la traduction lue n’est pas excellente-une meilleure n’étant pas accessible ,trop récente.Parlez-en à son prof!

  23. sandrine le 27 novembre 2011

    Bonjour je suit vraiment heureuse d’entendre le livre qui ma marquer dans ma vie le livre me suit de partout je vie a amsterdam depuis 32ans et le livre est encore a mes coter merci de votre travaille

  24. Maniez le 7 décembre 2011

    Merci à René Depasse de m’avoir permis de retrouver le charme envoûtant de ce roman, qu’il met en valeur par la fidélité du ton et une diction impeccable.

  25. Raphaelle le 2 septembre 2012

    Bonjour,
    je viens de découvrir que ce texte n’est pas le texte intégral, pourtant il est classé dans les « romans complets ». Comment avons nous la possibilité de savoir s’il s’agit d’un texte intégral ou non sur vos fiches? Écoutant de nombreux livres sur votre site – encore merci pour votre travail – je souhaite néanmoins écouter des ouvres complètes, sinon je préfère les lire. En vous remerciant par avance de votre réponse.
    Bon dimanche

  26. René Depasse le 2 septembre 2012

    Chère Raphaelle,quand j’ai enregistré la traduction imparfaite et incomplète des HAUTS DE HURLEVENT en mars 2010,je ne pouvais avoir accès à la traduction de Delebecque devenue libre de droits en 2011.Il serait souhaitable qu’ un autre lecteur donne une deuxième version intégrale car je ne crois pas bon de mêler du Delebecque et du Wyzewa.Je ne pense pas qu »il y ait sur notre site d’autres textes incomplets dans la rubrique des « Romans complets »Vous avez dû tomber sur l’unique!

  27. Raphaelle le 2 septembre 2012

    Merci beaucoup pour votre réponse, je comprends tout à fait la problématique que pose l’ouverture des droits (j’avais lu les messages précédents), je souhaite juste écouter les œuvres dans leur intégralité, mais me voilà toute rassurée.
    Je vais lire celui ci sur ma liseuse et continuer à écouter sans soucis les autres.
    Encore un grand merci pour le travail que représente la lecture de tous ces livres. Je vous écoute très souvent.
    Bonne soirée.

  28. gloire m-th. le 28 octobre 2013

    grand merci pour ces moments de détente .j’écoute et je suis redevenue enfant ….on me raconte une histoire ,….c’est tellement bien dit! c’est vivant! je ne suis pas mal- voyante, j’écoute en surfant sur le net en jouant à de petits jeux…mais voilà, je reviens sur l’ordi, pour vous retrouver! les jeux deviennent une excuse…mais c’est bien ainsi….merci et continuez S.V.P. marie-therese

  29. Thierry Noyel le 12 avril 2014

    Merci beaucoup Mr Depasse. J’avais vu le film en version originale avec Laurence Olivier et fut tres surpris de constater que le livre est beaucoup moins romantique et bien cruel.

  30. Matt le 15 mai 2014

    Est ce que la partie manquante (revelée par Textrix) a été rajouté a ce livre audio?
    Encore merci a tous les donneurs de voix. Merci, merci et encore merci!!!!!!

  31. L'Huître moderne le 16 mai 2014

    Complet, complet… Complet ou pas, c’est lu par Depasse.
    Est-ce qu’on demande à Louis Jouvet si « Les Bas-fonds » c’est complet ?

  32. L'Huître moderne le 16 mai 2014

    Cela dit, merci à Textrix, sa contribution est loin d’être inutile ; qu’il soit grandement remercié lui aussi.

  33. Sylvie le 4 décembre 2014

    Pour ceux qui comprennent l’anglais, je vous conseille d’écouter la lecture de ce livre sur loyalbooks.com nommé « wuthering-heights-by-emily-bronte ». La lecture est exceptionnelle. la lectrice est capable de changer sa voix en fonction des divers caractères.
    Cela est dommage que le lecteur ne puisse pas en faire autant.
    Il est vrai que lire a haute voix est un acte qui n’est pas des plus facile. Aussi je suis reconnaissante que quelqu’un puisse le faire car mes yeux ne me permettent pas toujours de lire moi même des livres.

  34. Sylvie le 4 décembre 2014

    Je voie que la version de Frédéric Delebecque n’a toujours pas été enregistré qu’elle déception pour moi qui est lu plusieurs fois la version française et Anglaise de ce livre.

  35. Jean Claude le 24 mars 2016

    Votre lecture est captivante et votre voix douce et agréable à écouter. Un régal!
    Au chapitre XIX toutefois, la musique de fond/ambiance qui était jusque-là discrète et synchronisée détonne et devient démeusurément discordante ce qui porte préjudice à l’harmonie de la perspective et charme du récit.

  36. peron le 29 décembre 2017

    Un grand merci à vous cher Monsieur Despasse!
    Votre lecture est un vrai régal!
    Je vois que vous enregistrez beaucoup et vous redis toute mon admiration pour votre travail colossal et de très belle facture.
    Très bonne année à vous et au plaisir de vous écoutez encore longtemps!
    Merci, merci, merci !!!

  37. René Depasse le 29 décembre 2017

    Merci Peron de votre jugement flatteur;j’espère le mériter encore quelque temps,mais vous savez ….à 96 ans, on ne peut jurer de rien!Bonne année!

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