Livres audio gratuits pour 'Ludovic Coudert' :


PÉGUY, Charles – La rémunération des professeurs est la condition de la liberté de l’enseignement

Donneur de voix : Ludovic Coudert | Durée : 4min | Genre : Philosophie


Charles Peguy

Dans son numéro du 19 octobre 1902, le journal La Raison publiait un article d’un certain Henry Bérenger, dans lequel celui-ci attaque les « intellectuels ». Au détour d’une phrase, il laisse tomber ces mots sur un professeur de philosophie à l’université, Mr Célestin Bouglé : ce dernier serait, comme universitaire, selon Bérenger, « subventionné par l’État ». Ces mots vont être l’occasion d’une mise au point cinglante de la part de Péguy, sur le sens des mots « subventionné » et « rémunéré », dans les Cahiers de la quinzaine qui suivent.

Péguy rappelle – n’est-ce pas vrai encore de nos jours ? – qu’en faisant le choix d’une carrière dans l’enseignement, les maîtres renoncent à une vie qui donnerait « une situation financière brillante [...] dans l’industrie ou dans le commerce ». Péguy n’est pas dans la position de celui qui défendrait son salaire, puisque lui-même vit (tant bien que mal d’ailleurs) de son métier de journaliste. Il entend défendre le principe non négociable de la liberté de l’esprit, qui doit fonder un enseignement, parce qu’il est une condition indispensable d’une recherche philosophique sérieuse. Péguy formule donc deux principes essentiels pour une école digne de ce nom : enseigner bien sûr la vérité, mais aussi, bien payer les professeurs.

La rémunération des professeurs est la condition de la liberté de l’enseignement.

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PLATON – Phèdre (Extrait : Le Mythe de Theuth et l’écriture)

Donneurs de voix : Projet collectif | Durée : 10min | Genre : Philosophie


Theuth

« SOCRATE.
Sais-tu comment on peut être le plus agréable à Dieu par ses discours, écrits ou parlés ?

PHÈDRE.
Nullement ; et toi ?

SOCRATE.
Je puis du moins te rapporter une ancienne tradition ; les anciens savent la vérité. Si nous pouvions la trouver par nous-mêmes, attacherions-nous encore beaucoup de prix aux opinions humaines ?

PHÈDRE.
Plaisante question. Mais dis donc ce que tu as appris des anciens ?

SOCRATE.
J’ai entendu dire que près de Naucratis, en Égypte, il y eut un dieu, l’un des plus anciennement adorés dans le pays, et celui-là même auquel est consacré l’oiseau que l’on nomme Ibis. Ce dieu s’appelle Theuth. On dit qu’il a inventé le premier les nombres, le calcul, la géométrie et l’astronomie ; les jeux d’échecs, de dés, et l’écriture. »

Traduction : Victor Cousin (1792-1867).

Avec l’aimable participation de Sylvain B. qui a lu les répliques de Socrate.

Phèdre (Extrait : Le mythe de Theuth et l’écriture).

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BALZAC, Honoré (de) – Le Médecin de campagne

Donneur de voix : Ludovic Coudert | Durée : 10h | Genre : Romans


Benassis Genestas

« Aux cœurs blessés, l’ombre et le silence ».

Dans une lettre à Mme Hanska de janvier 1833, Balzac, parlant de son Médecin de campagne, écrivait : « En ce moment, j’achève un ouvrage tout à fait évangélique et qui me semble l’Imitation de Jésus-Christ poétisée. Il y a une épigraphe qui dira dans quelle disposition j’étais en écrivant ce livre : Aux cœurs blessés, l’ombre et le silence. Il faut avoir souffert pour comprendre cette ligne dans toute son étendue, et il faut avoir souffert autant que moi pour l’enfanter en un jour de deuil. » (Lettres à l’Étrangère, I, 6-7.)

« – Ne sera-ce pas une belle vie à raconter ? dit Genestas.
- Oui, reprit Goguelat, c’est, sauf les batailles, le Napoléon de notre vallée. »

Le docteur Benassis et le commandant Genestas sont deux des « cœurs blessés » évoqués dans la dédicace de Balzac, qui rendent ce livre particulièrement touchant et mémorable.

> Écouter un extrait : Chapitre 01, Première Partie.

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WEIL, Simone – Autobiographie spirituelle (Lettre au Père Perrin)

Donneur de voix : Ludovic Coudert | Durée : 57min | Genre : Correspondance


Simone Weil

« Au Père Perrin, 14 mai 1942 à Marseille,

À lire pour commencer. P.-S.
Cette lettre est effroyablement longue – mais comme il n’y a pas lieu d’y répondre – d’autant moins que je serai sans doute partie – vous avez des années devant vous, si vous voulez, pour en prendre connaissance. Prenez-en connaissance, quand même, un jour ou l’autre. »

« Je peux dire que dans toute ma vie je n’ai jamais, à aucun moment, cherché Dieu.
[...]
Comme je vous l’ai écrit, le Christ lui-même est descendu et m’a prise.
Dans mes raisonnements sur l’insolubilité du problème de Dieu, je n’avais pas prévu la possibilité de cela, d’un contact réel, de personne à personne, ici-bas, entre un être humain et Dieu. J’avais vaguement entendu parler de choses de ce genre, mais je n’y avais jamais cru. »

Simone Weil. (Lettre publiée, post-mortem, en 1955, dans le recueil Attente de Dieu).

Autobiographie spirituelle.

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WEIL, Simone – Réflexions sur le bon usage des études scolaires en vue de l’amour de Dieu

Donneur de voix : Ludovic Coudert | Durée : 27min | Genre : Philosophie


Simone Weil 1921 170220px

« Bien qu’aujourd’hui on semble l’ignorer, la formation de la faculté d’attention est le but véritable et presque l’unique intérêt des études. »

Le bon usage spirituel et chrétien des études, visant donc à la sainteté, dépend de deux conditions : d’abord de la pureté de l’intention dans laquelle l’étude est menée ; ensuite de regarder en face ses erreurs pour les corriger. C’est sur la première condition surtout que porte le texte de Simone Weil : en effet, dit-elle, « pour faire vraiment attention, il faut savoir comment s’y prendre ». C’est que, estime-t-elle, on confond souvent attention et volonté, qui sont pourtant très différentes.

« La volonté [...] contrairement à ce que l’on croit d’ordinaire, n’a presque aucune place dans l’étude. L’intelligence ne peut être menée que par le désir. Pour qu’il y ait désir, il faut qu’il y ait plaisir et joie. L’intelligence ne grandit et ne porte de fruits que dans la joie. »

Mais, « il y a quelque chose dans notre âme qui répugne à la véritable attention beaucoup plus violemment que la chair ne répugne à la fatigue ». Et, ce « quelque chose » est « beaucoup plus proche du mal que la chair ».

C’est pourquoi, conclut Simone Weil, « toutes les fois qu’on fait vraiment attention, on détruit du mal en soi. Si on fait attention avec cette intention, un quart d’heure d’attention vaut beaucoup de bonnes œuvres. »

Ces Réflexions sur le bon usage des études en vue de l’amour de Dieu ont été publiées pour la première fois, après la mort de Simone Weil en 1955, dans le recueil intitulé Attente de Dieu, par le père Perrin. Le texte a été écrit entre janvier et mai 1942.

Réflexions sur le bon usage des études en vue de l’amour de Dieu, avec accompagnement musical.

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WEIL, Simone – Le Conte des six cygnes dans Grimm

Donneur de voix : Ludovic Coudert | Durée : 8min | Genre : Philosophie


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« Parmi les plus belles pensées de Platon sont celles qu’il a trouvées par la méditation des mythes. Qui sait si de nos mythes aussi il n’y aurait pas des idées à tirer ? Choisissons-en un presque au hasard parmi les contes de Grimm, et prenons-le comme objet, en ayant soin de dire, comme Socrate : je dirai comme vrai tout ce que je vais dire.

Un roi tenait cachés dans la forêt ses six fils et sa fille, craignant pour eux la haine de leur belle mère, qui était magicienne. [...] »

À l’extrême fin de sa vie, Simone Weil a sans doute dû s’identifier à l’héroïne de ce conte. « Silence de la petite fille dans Grimm qui sauve les sept cygnes ses frères. Silence du juste d’Isaïe. [...] Silence du Christ. Une sorte de convention divine, un pacte d’amour de Dieu avec lui-même, condamne ici-bas la vérité au silence. » (Carnet de Londres, 1942)

Quand elle rédige sa méditation sur le conte des Six Cygnes (ou sept, peu importe) de Grimm, elle a 16 ans et suit la classe d’Alain, dont on sent l’influence ici. Mais le lecteur aperçoit la cohérence, l’unité et la liberté de sa pensée de 1925 jusqu’à sa mort en 1943.

On trouvera d’autres contes de Grimm sur cette page et un mythe rapporté par Platon ici.

Le Conte des six cygnes dans Grimm.

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GRIMM, Frères – Les Six Cygnes

Donneur de voix : Ludovic Coudert | Durée : 15min | Genre : Contes


Anne Anderson - Les Six Cygnes

« Un roi chassait une fois dans une grande forêt, et il poursuivait le gibier avec tant d’ardeur qu’aucun de ses gens ne pouvait le suivre. Quand le soir vint et que le prince s’arrêta, il se trouva qu’il s’était égaré. En vain chercha-t-il une issue, il n’en découvrit aucune. Enfin il aperçut une vieille femme au chef branlant : c’était une sorcière.

Le roi lui parla et dit :
« Ma bonne femme, ne pourriez-vous pas me montrer un chemin qui mène hors de cette forêt ? »
- Oh, oui certes, seigneur, je le puis répondit-elle, mais à une seule condition et si vous ne la remplissez pas, vous resterez dans la forêt et vous y mourrez de faim.
- Quelle est cette condition ? demanda le roi.
- J’ai une fille, reprit la vieille, qui est aussi belle que personne au monde, et qui mérite bien de devenir votre femme ; si vous consentez à l’épouser et à faire d’elle la reine du pays, je vous montrerai le chemin qui mène hors de la forêt. »

Traduction: Félix Frank (1837-1895) et E. Alsleben (1869).

Les Six Cygnes, avec accompagnement musical.

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WEIL, Simone – Prologue à « La Connaissance surnaturelle »

Donneur de voix : Ludovic Coudert | Durée : 6min | Genre : Poésie


Simone Weil 1921 170220px

À la fin d’avril 1942, Simone Weil, qui pensait partir incessamment en Amérique, confia à Gustave Thibon dix cahiers de notes et de réflexions personnelles. Ces cahiers furent publiés après la mort de Simone Weil sous le titre : La Connaissance surnaturelle, par Gustave Thibon.
Ce texte que Simone Weil avait recopié soigneusement en récapitulation de ses réflexions des cahiers résume « sous forme symbolique et mythique » l’histoire de son âme. D’après son amie Simone Pétrement, on peut y trouver « comment Dieu vient chercher l’âme et ensuite se retire », laisse l’âme seule, « afin qu’elle puisse le chercher à son tour et l’aimer librement » (Oeuvres de Simone Weil, publiées chez Texto Gallimard, p. 806).

Ainsi les catégories proposées sur le site Littérature audio.com, pour classer le texte, ont semblé toutes déficientes. Nul ne peut dire, en effet, avec certitude, à quel genre de texte s’essayait ici Simone Weil. Le titre n’est pas d’elle non plus. Par une lointaine ressemblance avec quelques poèmes en prose de Baudelaire, et en s’appuyant sur le sens étymologique du mot poésie, je choisis finalement de le classer sous la catégorie « Poésie », au sens le plus large et le plus élevé du terme.

Prologue à « La Connaissance surnaturelle » (1942).

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