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VIVIEN, Renée – La Chasteté paradoxale – La Splendide prostituée – La Saurienne

Donneuse de voix : Christine Sétrin | Durée : 28min | Genre : Nouvelles


Gustave Moreau - La Toilette

« Une femme entra. Jamais je ne vis beauté plus magnanime. La magnificence orientale des belles Juives éclatait en elle. Pâle d’extase, je contemplai les reflets roux et bleus de sa chevelure noire. Ses yeux étaient de la couleur des raisins. Le velours rouge des rideaux et des tentures l’encadrait de flammes vives et intensifiait l’ardeur mate de sa chair d’ambre et de nard. Sa bouche était pareille à la rougeur fraîche des pastèques. Cette femme était un faste vivant… [...] Je demeurai confondu. Cette créature, plus belle que la plus belle courtisane, était la proxénète ! » (La Chasteté paradoxale)

« Celui qui a rencontré sur son chemin une femme loyale ne doit plus rien chercher ni rien désirer. Mais que t’importent ma vie et mes pensées, à toi, la servante battue des bouchers et des hurleurs d’estrade ? à toi qui graves dans le marbre les noms insignifiants des rois et dédaignes le nom obscur des bons poètes ? à toi qui places Hugo, le prince des bourgeois, plus haut que Rimbaud et que Charles Cros ? » (La Splendide Prostituée)

« Ne croyez pas que je sois fou. J’ai toute ma raison, j’ai même une très solide réputation de bon sens. Je vous affirme que cette femme ressemblait à un crocodile. Elle avait une peau rugueuse comme des écailles. Ses petits yeux m’épouvantaient. Sa bouche m’épouvantait davantage, immense, aux dents aiguës, immenses aussi. Je vous dis que cette femme ressemblait à un crocodile. » (La Saurienne)

Trois nouvelles extraites du recueil La Dame à la louve (1904).

Illustration : Gustave Moreau, La Toilette (1885-1890).

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> Écouter un extrait : La Chasteté paradoxale.

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VIVIEN, Renée – Les Sœurs du silence – Cruauté des pierreries – Trahison de la forêt

Donneuse de voix : Christine Sétrin | Durée : 47min | Genre : Nouvelles


Giulio Romano - Donna al bagno

« J’avais entendu parler, en termes tantôt élogieux, tantôt méprisants, de ce monastère laïque créé par la douleur d’une femme pour la douleur des autres femmes. C’était, assuraient les uns, un lieu fraternel et sacré où les lassitudes se retrempaient dans le recueillement. Les autres n’y voyaient que le caprice maladif d’un être égaré par les deuils. Je résolus de voir et d’apprendre, et, un jour d’automne, j’allai vers le couvent profane. » (Les Sœurs du silence)

« Il y a des hommes bizarres et terribles qu’enchante la douleur physique d’autrui. Les cris et les contorsions des suppliciés aiguillonnent leurs voluptés lasses… Vous leur ressemblez, vous à qui répugnent la laideur des souffrances corporelles et la barbarie du sang versé. Votre joie est de ranimer l’angoisse qui sommeille dans les âmes. La vision de mes effrois et de mes tortures rougeoie à travers mes paroles. C’est pourquoi vous en écoutez le récit avec un si clair sourire… Vous êtes implacable, Madonna Gemma. Mais vous êtes si belle que je vous obéirai. » (Cruauté des pierreries)

« Je ne suis pas un méchant homme, quoique l’on m’ait surnommé : The Forest Devil. On m’appelle aussi Blue Dirk, parce que je suis tatoué sur tout le corps. Joan aussi était bleue de tatouages. Joan, c’était ma femme. Nous ne nous sommes pas mariés selon l’Église Anglicane, parce que, là où nous nous sommes rencontrés, il n’y avait pas de clergyman. Mais c’était ma femme quand même. Elle avait les plus beaux tatouages qu’une femme puisse convoiter. Une Indienne de l’Amérique n’est pas plus savamment décorée de tomahawks et de tortues. À la jambe droite, je lui avais dessiné un diable avec des cornes de buffalo et une queue de vache. Au poignet droit, un serpent, en guise de bracelet. Et, au-dessus du sein gauche, deux cœurs unis par une flèche, et nos initiales entrelacées. » (Trahison de la forêt)

Trois nouvelles extraites du recueil La Dame à la louve (1904).

Illustration : Giulio Romano, Donna al bagno (S. XVI).

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> Écouter un extrait : Les Sœurs du silence.

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VIVIEN, Renée – La Dame à la louve – La soif ricane – Le Prince charmant

Donneuse de voix : Christine Sétrin | Durée : 49min | Genre : Nouvelles


Alfred Stevens - Adieu au bord de mer

« Je ne sais pourquoi j’entrepris de faire la cour à cette femme. Elle n’était ni belle, ni jolie, ni même agréable. Et moi, (je le dis sans fatuité, mesdames,) on a bien voulu quelquefois ne pas me trouver indifférent. [...] Au surplus, il ne s’agit point de moi en l’occurrence. Il s’agit de cette femme, ou plutôt de cette jeune fille, enfin de cette Anglaise dont le curieux visage m’a plu pendant une heure. C’était un être bizarre. Lorsque je m’approchai d’elle pour la première fois, une grande bête dormait dans les plis traînants de sa jupe. J’avais aux lèvres ces paroles aimablement banales qui facilitent les relations entre étrangers. Les mots ne sont rien en pareil cas, — l’art de les prononcer est tout… Mais la grande bête, dressant le museau, grogna d’une manière sinistre, au moment même où j’abordai l’intéressante inconnue. » (La Dame à la louve)

« Je l’aurais volontiers fait taire d’un coup de pied ou de poing, mais des expériences réitérées et douloureuses m’avaient persuadé que la vigueur physique de Polly surpassait de beaucoup la mienne. Je n’avais sur elle qu’une vague supériorité mentale. Et encore ! Le bon sens de ma compagne m’a souvent tiré d’un mauvais pas, ce que n’auraient pu faire mes divagations de songe-creux. » (La soif ricane)

« On aurait pu prendre Bêla Szécheny pour une petite fille, et sa sœur Terka pour un jeune garçon. Chose curieuse, Bêla possédait toutes les vertus féminines et Terka tous les défauts masculins. Les cheveux de Bêla étaient d’un blond vert, ceux de Terka, plus vivants, d’un blond rose. Le frère et la sœur se ressemblaient étrangement, — cela est très rare entre gens de la même famille, quoi qu’on en dise. La mère de Bêla ne se résignait pas encore à couper les belles boucles blondes du petit garçon et à échanger ses gracieuses jupes de mousseline ou de velours contre une vulgaire culotte. Elle le choyait comme une fillette. Quant à Terka, elle poussait à sa guise, pareille à une herbe sauvage… » (Le Prince charmant)

Trois nouvelles extraites du recueil La Dame à la louve (1904).

Illustration : Alfred Stevens, Adieu au bord de mer (1891).

Licence Creative Commons

> Écouter un extrait : La Dame à la louve.

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