Vincent Van Gogh - Mangeurs de Pommes de Terre

Les Bouches inutiles

« Le jour qu’il fut bien avéré que le père François ne pouvait plus travailler, sa femme, beaucoup plus jeune que lui et très vive, avec deux petits yeux brillants d’avare, lui dit :

– Qué qu’tu veux, mon homme !… Quand tu seras là à te désoler pendant des heures !… Tout a une fin sur c’te terre… T’es vieux comme le pont de la Bernache… t’as près de quatre-vingts ans… t’as les reins noués, quasiment une vieille trogne d’orme… Faut t’faire une raison… repose-toi…

Et ce soir-là elle ne lui donna pas à manger.

Quand il vit que le pain et le pot de boisson n’étaient pas sur la table selon la coutume, le père François eut froid au cœur. Il dit d’une voix tremblante, d’une voix humiliée et qui implorait :

– J’ai faim… ma femme… j’voudrais ben ma p’tite croûte… »

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Illustration : Vincent Van Gogh - Mangeurs de Pommes de Terre.

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Références musicales :

Gabriel Fauré, Sonate pour violon et piano en la majeur, Andante, interprété par Zino Francescatti et Robert Casadesus (1957, domaine public).

Livre ajouté le 02/03/2011.
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14 Commentaires

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  1. Merci !
    Je continue ma découverte de cet auteur d’une étonnante modernité, et dont l’œuvre se teinte d’une sombre poésie.
    Merci à vous deux pour votre belle interprétation, et l’illustration musicale qui est parfaitement adaptée : elle vient soutenir le texte sans jamais s’imposer à lui. Un très beau moment.

  2. Ah! Didier, vous faîtes une erreur qui m’a amusée: c’est Juliette et Milunisu qui ont lu cette nouvelle! Ils ne vous en voudront pas…
    Pomme.

  3. Cette nouvelle me fait penser à la chanson “Les Vieux” de Jacques Brel. C’est cynique et cruel de réalisme.

  4. Votre fidélité chère MF me touche beaucoup et je sais que Juliette y est également très sensible. Un grand merci à vous pour vos messages qui sont toujours de beaux et généreux stimulants. Milunisu

  5. Merci, merci à mes 2 lecteurs préférés. J’attends toujours avec impatience vos lectures qui m’enchantent.

  6. Merci à chacun de vous trois pour vos messages si sympathiques et chaleureux. Ma contribution a été fort modeste sur cette lecture mais ce fut un grand plaisir d’être associé à Juliette. Amicalement,
    Milunisu

  7. Chère Sophie ,
    Merci pour la gentillesse avec laquelle vous commentez si souvent mes lectures , je suis certaine que Milunisu sera aussi touché que je le suis .
    Très amicalement.
    Juliette

  8. Ah! ma chère Pomme ,
    Tes compliments sont flatteurs mais bien trop indulgents .
    Mes lectures sont si modestes comparées aux tiennes que j’en rougis (de plaisir !)
    Je suis certaine que Milunisu partage mon sentiment et , de notre part , Je t’adresse , un tout grand et affectueux merci .
    Juliette

  9. Merci cher Patrick ,
    je suis ravie de savoir que ce site vous a permis de découvrir Mirbeau .
    C’est toujours un si grand plaisir de découvrir de nouveaux textes et j’ai , moi aussi , grâce aux lecteurs (trices ) de L-A , eu cette chance et je suis certaine , que nous ne sommes pas au bout de nos découvertes .
    Amicalement
    Juliette .

  10. MAGNIFIQUE duo!!! Juliette, tu es tout simplement ADMIRABLE! Et quel beau travail avec la musique! Quant au texte, il résonne étonnamment fort aujourd’hui!
    Bravo à tous les deux!
    Pomme

  11. Agréable lecture et excellent choix. J’ai découvert O. Mirbeau grâce à ce site, c’est un auteur impressionnant de modernité.
    Cette nouvelle est d’une parfaite actualité lorsque je songe au licenciement des personnes de plus de 50 ans pour cause de non rentabilité.Nous ne sommes pas encore sortis des âges farouches.

    Patrick