Sur le pédantisme (Essais I, 24)

Sur le pédantisme (Livre I, Chapitre 24) est riche en suggestions. En voici quelques-unes qui peuvent donner envie d’écouter les autres :

« Mais j’en suis encore à me demander comment il se fait qu’un esprit riche de la connaissance de tant de choses n’en devienne pas plus vif et plus éveillé, et qu’un esprit grossier et vulgaire puisse faire siens, sans en être amélioré, les discours et les jugements des meilleurs esprits que le monde ait portés. […] Je dirais volontiers que le travail de l’esprit s’étouffe par trop d’étude et de connaissances, comme les plantes qui ont trop d’humidité et les lampes trop d’huile ; et que, encombré et prisonnier d’une trop grande diversité de choses, il ne parvient plus à s’en dépêtrer, et demeure courbé et accroupi sous ce fardeau. […] Mis à l’épreuve de l’action, les philosophes en ont parfois acquis une telle hauteur de vues, qu’il semblait bien que leur cœur et leur âme se soient étonnamment nourris et enrichis par la compréhension intime des choses. Mais certains d’entre eux, voyant le gouvernement politique occupé par des incapables, s’en sont éloignés… Nous ne cherchons qu’à remplir la mémoire, et laissons l’intelligence et la conscience vides. […] Nous ne sommes, je crois, savants que de la science du présent ; non de celle du passé, aussi peu que de celle du futur. […] Nous prenons en dépôt les opinions et le savoir des autres, et c’est tout – alors qu’il faudrait qu’elles deviennent les nôtres. »

Traduction en français moderne de Guy de Pernon.

Consulter la version texte du livre audio.

Licence d'utilisation : voir nos conditions générales.

Livre ajouté le 24/05/2014.
Consulté ~11 308 fois

Lu par René Depasse

Suggestions

Commenter

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.