La Barbe Bleue – La Petite Sirène

Pourquoi rassembler et réécrire ces deux contes immortels de Perrault et d’Andersen ?

Peut-être parce qu’ils font partie des contes les plus sombres de notre enfance. Ici, la formule « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » ne fonctionne pas; au contraire, il s’agit d’un mariage fatal, d’un amour qui mène à la mort. Les deux héroïnes quittent leur univers originel pour une improbable métamorphose, dont elles ont longuement rêvé, et c’est cette problématique commune qui m’a intéressée : le mouvement qui mène ces deux jeunes filles vers la flamme qui les brûlera, inexorablement.

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Illustration : John William Waterhouse - Une sirène (1901).

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Livre ajouté le 18/02/2014.
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Lu par Pauline Pucciano

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22 Commentaires

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  1. Chère Carole, merci beaucoup pour toutes ces réflexions si justes ! Elles me sont très précieuses.

  2. Chère Pauline,
    « la petite sirène » : j’étais curieuse de savoir comment vous vous l’étiez approprié.
    Le contexte : le lecteur sait que la sirène a trois jours devant elle, pour gagner sa vie, son pari, pari pour la vie, pari pour l’amour.
    L’ambiance : tout au long du conte, le lecteur se doute que l’on va vers le tragique pour la sirène, l’intérêt étant de découvrir de quelle façon on y va…
    la fin : elle n’est donc pas une surprise. Assez vite le lecteur sait que si l’amour fou ne se révèle pas du côté du prince, alors la sirène redeviendra écume. La fin « annoncée » intervient.
    *
    En quoi ce compte « interprété» par vous m’est apparu contemporain : il nous « parle », à nous, maintenant :
    – le prince et sa « déprime », son « mal de vivre », son « mal-être », indestructible, massif, qui va de pair avec le fait qu’il « a » tout, qu’il peut tout acquérir, et qu’il n’a pas de désirs.
    – la princesse : elle est une sorte de « jumelle » du prince. Elle souffre du même mal, vivant dans les mêmes conditions.
    – L’enfance (pour le prince et la princesse) : le monde enchanté du bonheur que l’on ne peut plus approcher une fois que l’on est adulte.
    *
    Mal être, passage difficile de l’enfance à l’âge adulte : oui, cela « parle » au lecteur.
    –La figure de la sirène : c’est le drame de l’amour qui ne peut s’exprimer ou encore de l’incommunicabilité radicale entre les êtres, le drame de leur solitude irrémédiable.
    Séparation inéluctable entre les êtres : c’est cela qui l’emporte. C’est sans doute le sens profond de ce conte sous votre plume.
    *
    Y aurait-il une « bonne » fin du côté du prince et de la princesse ? Il est difficile d’y croire ; cet amour entre « quasi jumeaux », fusionnel et séparé du reste du monde paraît pour le moins abstrait. N’était-ce pas ce qu’ont été tentés de vivre Barbe-Bleue et Éléonore dans « votre » conte de Barbe-Bleue ? Cela dure un temps et puis ensuite…
    j’aime votre façon de vous approprier les contes, d’écrire ainsi sous contrainte. Les contes par eux-mêmes s’emparent d’ores et déjà de thématiques sans doute assez universelles. Dès lors, « l’actualisation » que vous créez est d’autant plus intéressante pour le lecteur
    … et la poésie baigne bien sur l’ensemble du texte…
    … et, comme dans un certain nombre de vos textes, le tragique de la mort rôde…
    très bonne continuation…

  3. … Et oui Pauline, je suis curieuse de découvrir vos différents écrits !
    Toujours sur votre « Barbe-Bleue » : celui de Perrault est noir : un « fou » (?) assassine des femmes, les unes après les autres. La chance fait qu’il ne tue pas la dernière mais le thème principal du conte, en dépit de son apparente fin « heureuse » et la noirceur d’une âme sans doute malade.
    Il me semble que, d’une certaine façon, vous inversez les choses dans votre « interprétation ». Le thème principal de votre histoire pourrait être la « victoire de l’amour ». Votre « Barbe-Bleue » aime profondément Éléonore. Et celle-ci aime passionnément Barbe-Bleue. « Votre » Éléonore est prête à mourir sous les coups de Barbe-Bleue : la vie pour elle ne vaut plus la peine d’être vécue (elle a le sentiment d’avoir trahi celui qu’elle aime).
    Barbe-Bleue meurt (le « scénario » le veut ainsi) mais tout se passe comme si leur amour perdurait : elle devient une « veuve » vivant dans le souvenir constant de son époux…
    pas d’amour dans le compte de Perrault.
    Beaucoup d’amour dans le vôtre…

  4. Encore une fois merci, chère Carole… Je suis heureuse que cette oeuvre de jeunesse (écrite au siècle dernier, rendez-vous compte!) suscite encore de l’intérêt. Je n’ai pas lu la réécriture d’Amélie Nothomb… En tout cas je crois que vous aurez bientôt fait le tour complet de mon travail, et je vous en remercie très chaleureusement !

  5. Bonjour Pauline !
    Barbe-Bleue ! Comme l’écriture « sous contrainte » (d’une certaine façon) vous réussit bien. Réécrire un conte.
    Tout d’abord le château, magique, qui se transforme au fil des désirs, activités, sentiments de ses habitants. Votre description de ce château avec ses tourelles, ses ombres et ses multiples beautés ainsi que celle du parc du parc : une grande poésie.
    Comme Amélie Nothomb, vous jouez ce jeu de « la réécriture de conte» , qui a du sens , qui nous parle, à nous, lecteurs d’aujourd’hui.
    Le sens à donner à ce conte? Chaque lecteur trouvera le sien. Pour ma part, j’y ai vu la description d’un amour fou, passion, des deux côtés, amour d’Éléonore pour Barbe-Bleue et la réciproque.
    « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants » : en général dans les contes « (et dans les romans) c’est ainsi qu’est décrit le bonheur (conjugal le plus souvent ). C’est-à-dire que justement il n’est pas décrit.Le roman raconte « l’avant bonheur » et non pas le « bonheur » lui-même (Jane Austen et tant d’autres).
    Dans votre texte, l’amour fusionnel dans sa durée est donné à voir.. On sait qu’il ne durera pas. On connaît la fin de l’histoire.
    Mon interprétation : le bonheur idéal ne saurait exister. Il ne pourrait être qu’un équilibre renouvelé , à retrouver chaque jour. Éléonore croit que ce bonheur qui lui est offert magiquement au départ, se renouvellera ainsi comme un cadeau éternellement réitéré chaque jour. Elle se trompe. Pour elle, la « chute » (la perte du bonheur » viendra de sa curiosité (le conte vous l’imposait).
    La notion de destin est au cœur de votre histoire. Celle de la mort également (liée au destin)
    La mort : là encore j’ai pensé à « Juliette au tombeau », à « l’homme de la rue » et à « par le fond ».
    J’ai été passionnée et bien sûr j’ai relu Barbe-Bleue de Charles Perrault !
    Belle journée !

  6. Merci beaucoup de votre intérêt, il est vrai que ce sera plus facile pour communiquer via votre page facebook.

  7. Bonjour,
    je ne manquerai pas de vous adresser la copie. Je suis en première année de master et donc ma soutenance finale n’aura lieu qu’à la fin de l’année prochaine.
    Si jamais j’ai des questions à vous poser, comment vous contacter hors de ce site?
    Merci beaucoup

  8. Bonjour,
    merci beaucoup pour votre réponse qui me permet si vous le voulez bien d’utiliser votre nouvelle pour mon mémoire.
    Bien cordialement

  9. Bonjour et merci de votre intérêt… Je ne sais pas trop quoi vous répondre, car mes textes correspondent rarement à des cases éditoriales. Ce n’est pas spécifiquement écrit pour la jeunesse en tout cas…

  10. Bonjour,
    pouvez-vous me dire à quelle tranche d’âge correspond cette réécriture de Barbe Bleue. J’aimerais l’utiliser pour mon mémoire.
    Merci beaucoup

  11. C’est vrai, vous n’êtes pas la première (ou le premier ?) à me le dire et je m’en rends compte… J’essaie souvent de ralentir le débit, mais le naturel finit toujours pas revenir… au galop.

  12. Merci Pauline pour ces lectures merveilleuses et ces réécritures fascinantes. C’est un plaisir pour moi d’écouter ces contes avant de dormir, en ferez vous d’autres bientôt ?

    Je télécharge actuellement votre création, les cités d’Albatre, je suis certaine de ne pas être déçue !

  13. Ecrire, récrire, m’ouais ; s’écouter, s’entendre, j’attends de voir ou plutôt d’entendre.
    Mais l’important est de faire : écoutons, nous qui recevons, celle qui a fait et qui nous donne.