Paul Valéry - photographie par le Studio Harcourt

Propos sur l’intelligence

En 1926, dans son opuscule Propos sur l’intelligence, Paul Valéry se propose de répondre « à quelques questions posées dans la Revue de France par M. Jean Laporte au cours d’une enquête sur la Crise des Professions Libérales ».

Que de résonances, près d’un siècle plus tard, de ces raisonnements !
Les deux parties des jugements exprimés sont De l’intelligence-faculté et De l’intelligence-classe.

« Chacun se sert de l’esprit qu’il a. Un manœuvre se sert du sien, par rapport à soi, autant que quiconque, philosophe ou géomètre. Si ses discours nous semblent grossiers et trop simples, les nôtres lui sont étranges ou absurdes ; chacun de nous est un manœuvre pour quelqu’un.

Nous vivons sur des notions très vagues et très grossières, qui d’ailleurs vivent de nous. Ce que nous savons, nous le savons par l’opération de ce que nous ne savons pas.

L’Intelligence est l’une de ces notions qui ne prennent leur valeur que des autres termes auxquels elles sont jointes dans quelque discours qui les compose ou les oppose. On l’oppose parfois à la sensibilité, parfois à la mémoire, parfois à l’instinct, et parfois à la sottise. Tantôt c’est une faculté, et tantôt un degré de cette faculté.

L’attente et la constance pèsent à notre époque, qui essaye de se délivrer de sa tâche à grands frais d’énergie.La mise en jeu, la mise en train de cette énergie exigent le machinisme, et le machinisme est le véritable gouvernant de notre époque. Il faut voir de quel prix nous payons ses immenses services, en quelle monnaie l’Intelligence se libère, et si l’accroissement de puissance, de précision et de vitesse ne va pas réagir sur l’être qui le désire et qui l’obtient de la nature.

Il y a une sorte de pacte entre la machine et nous-mêmes, pacte comparable à ces terribles engagements que contracte le système nerveux avec les démons subtils de la classe des toxiques. Plus la machine nous semble utile, plus elle le devient ; plus elle le devient, plus nous devenons incomplets, incapables de nous en priver. »

Que dirait aujourd’hui Valéry de l’ordinateur et des robots fortifiant sa thèse ?


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Livre audio gratuit ajouté le 06/05/2017.
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Lu par René Depasse

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