Simone Weil

Méditations sur l’économie

Dans le contexte actuel de crise sanitaire et sociale, nos dettes explosent, et la France était déjà très endettée à environ 100 % de son PIB. Les États et les particuliers regardent donc l’avenir avec inquiétude. Qui pourra prêter ? rembourser ? pourra-t-on emprunter ? Mais des questions éthiques aussi ressurgissent. Comment juger de la responsabilité en matière de dettes ? La justice consiste-t-elle uniquement à payer ses dettes ? Distinguer rigoureusement et sans faiblir entre créancier et débiteur est-il le signe d’un véritable début d’équilibre économique ?

On pourra se rappeler qu’en 2008 la question de l’annulation des dettes s’était posée. En fait, elle s’est toujours posée. Dans l’Antiquité, l’esclavage pour dettes a posé de multiples problèmes. Chez les Hébreux, l’annulation des dettes était périodiquement prévue. Tout récemment, lors d’une de ses déclarations télévisées pendant le confinement, le chef de l’État français a annoncé que la dette des pays d’Afrique serait annulée. Est-ce surprenant ?

La réflexion de Simone Weil sur l’économie a pour mérite principal d’éclairer le caractère inéluctable des reports et annulations partielles ou totales des dettes. Beaucoup de situations et d’intérêts nous incitent à oublier périodiquement cela, mais ce n’est pas un hasard.

« L’économie est chose singulière. Combien de fois, depuis un certain nombre d’années, ne parle-t-on pas, soit à propos de tel ou tel pays, soit à propos du monde capitaliste dans son ensemble, d’effondrement économique ? On a ainsi l’impression, excitante et romantique, de vivre dans une maison qui, d’un jour à l’autre, peut s’écrouler. Pourtant, qu’on s’arrête un instant pour réfléchir au sens des mots, et qu’on se demande s’il y a jamais eu effondrement économique. Comme toutes les questions extrêmement simples, si simples qu’on ne songe jamais à les poser, celle-ci est propre à jeter dans un abîme de réflexions. […]

L’économie n’est pas comparable à une architecture ni les malheurs de l’économie à des effondrements.

Dans tous les domaines auxquels s’applique la pensée et l’activité humaine, la clef est constituée par une certaine notion de l’équilibre, sans laquelle il n’y a que misérables tâtonnements.»

Simone Weil, Quelques réflexions sur l’économie, 1937.

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Livre ajouté le 07/06/2020.
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Lu par Ludovic Coudert

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