Fièvre romaine

« Mrs. Ansley la regardait toujours. Il semblait à Mrs. Slade que derrière le masque volontairement sous contrôle de son petit visage calme, elle se livrait à une lutte intérieure. « Je n’aurais jamais cru qu’elle puisse aussi bien garder le contrôle », pensa Mrs. Slade, presque avec ressentiment. Mais à ce moment, Mrs. Ansley se mit à parler. « Je ne sais pas comment vous avez su. J’ai brûlé cette lettre immédiatement. »
« Evidemment vous l’avez brûlée, vous êtes si prudente ! » Elle ricanait ouvertement maintenant.  « Et si vous avez brûlé la lettre, alors vous vous demandez comment j’ai bien fait pour savoir ce qu’elle contenait. C’est bien ça, n’est-ce pas ? »
Mrs. Slade attendit, mais Mrs. Ansley ne parla pas. »

Fièvre romaine (Roman Fever) est paru en 1934. Avec sa progression dramatique implacable, ses dialogues ciselés, sa fin extrêmement poignante, elle est une des meilleures nouvelles d’Edith Wharton, qui montre là toute l’étendue de son talent.

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Traduction : Vincent de l’Épine.

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Références musicales :

Tomaso Albinoni, Concerto pour hautbois en ré mineur, Op.9, n°2, interprété par Paul Arden-Taylor (domaine public).

Livre ajouté le 27/03/2016.
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Lu par Vincent de l'Épine

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24 Commentaires

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  1. Merci Eliette de votre message !
    Oui, “le dernier mot” était bien ce qu’il ne fallait pas rater dans cette lecture ; et je dois vous avouer qu’à l’enregistrement, j’ai fait de nombreuses prises !
    Je suis heureux que vous ayez éprouvé la même sensation que moi à ma première lecture de cette nouvelle, je me souviens d’un grand frisson qui m’a parcouru des pieds à la tête en me disant : “tout s’emboite parfaitement, et la main du destin se referme impitoyablement”.
    L’illustration musicale que j’ai recherchée avait justement pour but d’illustrer l’implacable coup du destin qui clôt cette merveilleuse nouvelle.
    Merci à vous pour vos encouragements, infiniment précieux.

  2. J’ai la chair de poule en écoutant le dernier mot de cette nouvelle, accompagné d’une musique très bien choisie je trouve. Vous lisez avec tant de subtilité M. Vincent de L’Épine ! Edith Warthon m’impressionne par son génie. Merci.

  3. Bonsoir M. Vincent,
    Je viens de terminer l’écoute de cet excellent enregistrement et, par la même occasion, de corriger une lacune qui me poursuivait depuis longtemps, celle d’écouter une au moins de vos interprétations de textes! Là, ce fut magistral et je vous en remercie.
    Au plaisir, comme le dit très sagement Christian Dousset que je salue, de vous retrouver entre de nouvelles pages.
    Sébastien.

  4. Bonjour chère Patty,
    En vous recommandant ces trois nouvelles, je ne m’attendais certes pas à vous y retrouver aussi rapidement ! Et me voilà ravi que vous ayez aussi apprécié cette belle et cruelle nouvelle de la grande Edith Wharton…
    Vous me parlez de Sanditon : il y a assez longtemps que je lorgne du côté des Juvenilia de Jane Austen, et aussi de ses deux romans inachevés. Je n’en ai pas encore eu le courage pour l’instant, et c’est difficile de se lancer dans la traduction d’une oeuvre dont on sait que l’auteure ne l’a jamais terminée… peut-être un jour…
    Concernant le fin de votre message, je ne suis pas bien certain de comprendre 🙂 . Vous pouvez, si vous souhaitez communiquer de façon plus privée, utiliser la messagerie intégrée au forum de notre site, pour laquelle vous avez juste besoin d’avoir créé un compte.
    A très bientôt pour d’autres découvertes !

  5. J’ai bien sûr aimé cette histoire ” d’amitié ” entre ces deux vieilles dames, amitié qui n’en est pas une quand on regarde au fond du coeur. La jalousie est un poison violent si on le laisse nous envahir et il se retourne souvent sur celui qui le laisse pénètrer dans notre subconcient.
    D’où le travail constant et vigilant de chaque instant à ne laisser la place qu’aux pensées positives et le respect de soi et pour les autres.
    Nous voici encore donc saisi par ces auteurs anglais qui nous dévoilent au dernier moment, une sorte de pirouette à l’intrigue, c’est ce qui fait, que nous les aimons aussi.
    Merci donc cher Vincent de m’avoir guidée vers ce choix de lecture. Savez-vous qu’une ultime oeuvre de Jane Austen est parue en film ” Sanditon “; peut-être même que l’auteur n’a pas eu le temps de l’achever. Pour des personnes comme moi qui ne baregouinne que quelques mots d’anglais, on est lèsé, car on ne le trouve qu’en anglais. Est-ce un appel à l’excellent traducteur que vous êtes. Jugez-en!
    Je voulais vous signaler une chose, pour qui aime garder l’incognito et rester un peu secrète, mais les commentaires que l’on vous envoie sont parfois édités, alors que l’on ne clique pas pour qu’ils le soient; on aimerait seulement que le donneur de voix en fasse le choix! D’où les commentaires parfois restreints des auditeurs….

  6. Oui Pascalette, vous avez raison, ces dialogues sont vraiment finement ciselés. Il n’est pas étonnant que cette nouvelle ait donné lieu à une adaptation théâtrale ; elle s’y prête merveilleusement.
    Merci d’avoir pris le temps de me laisser ce petit mot ! C’est très précieux.

    Vincent

  7. Que de vérités se cachent derrière les phrases doucereuses, les silences ! Quelle façon subtile de régler ses comptes… Une très belle lecture de cette nouvelle, merci.

  8. Merci à vous EclatDuSoleil !
    Je suis toujours très heureux de lire vos commentaires. Heureux aussi que cette nouvelle vous ait plu, c’est une de mes préférées de cet auteur. J’en ai en effet deux autres déjà traduites (“The Moving finger” et l’excellentissime “Xingu”), et un autre texte de James en préparation.
    Amicalement

  9. Ah, j’avais oublié de vous remercier pour celui là aussi. Moi aussi je salue la double performance, de traduction et de lecture.
    Wharton, c’est comme James, on ne s’en lasse pas ! Il y a peu d’auteurs qui ont cette finesse sans mollesse pour analyser les méandres de la psychologie humaine, c’est toujours magistral… et fort réjouissant à lire ou à entendre. Je me régale d’avance qu’il y ait d’autres nouvelles dans l’air de ces deux là, par deux excellents lecteurs qui plus est !

  10. Merci à vous Ahikar pour vos encouragements ! Je suis vraiment très heureux que cette nouvelle vous ait plu !
    Merci également pour la version texte. Les messages dans le forum ne peuvent contenir qu’un certain nombre de caractères, et je ne m’étais pas aperçu que l’intégralité de la traduction ne s’y trouvait pas.
    Amicalement
    Vincent

  11. Cher Vincent, 🙂

    Merci pour cette très belle traduction. J’ai pris beaucoup de plaisir à l’écouter.

    Je me permets de vous signaler qu’il manque la fin de la traduction dans la version texte déposée sur le forum.

    Bien amicalement,

    Ahikar

  12. Merci Franz ! Votre petit mot me touche beaucoup.

    La traduction est un art lent et difficile et
    j’avoue que cela me donne beaucoup de peine, car il faut à la fois ne pas trahir l’auteur, et s’exprimer dans une langue qui soit digne du texte original… Mais j’ai ensuite la satisfaction de proposer pour la première fois une version libre de droits d’un texte de mes auteurs favoris, et j’avoue être par là bien payé de mes peines :-).

    Merci pour vos encouragements, ce n’est pas rien !

  13. Très cordiales félicitations ! Enregistrer, c’est une chose, – et nous sommes plusieurs à savoir que ce n’est pas si simple, – mais traduire d’abord, alors là… Respect :-)!

  14. Merci Cyprien !
    Je suis heureux que cette nouvelle vous ait plu. Je la trouve très forte, et cela me plait de penser que j’ai réussi à faire passer un peu de l’émotion que je ressentais. La traduction me donne également beaucoup de travail et bien que la langue d’Edith Wharton soit comparativement plus simple que celle de Lovecraft, elle n’en est pas moins subtile et ce sont quand même de très nombreuses heures de travail… vos encouragements me sont donc très précieux !

  15. Enfin écouté hier soir… Choix du texte, traduction, interprétation, diction, tout est impeccable, comme toujours avec Vincent. Un grand merci !
    Suis impatient d’entendre encore d’autres nouvelles d’Edith Wharton, et bien sûr, le Lovecraft en gestation !

  16. Bonjour Lyse,
    Merci de votre commentaire qui me va droit au coeur ! J’ai deux autres nouvelles d’Edith Wharton que j’ai traduites et que je vous proposerai prochainement : “Xingu” et “The Moving Finger”. J’espère qu’elles vous plairont également. Mon camarade Christian Dousset et moi-même avons aussi prévu quelques nouvelles d’Henry James. Quant à Trollope, il n’y a que de trop rares oeuvres dont la traduction est libre de droits, et ses romans ont une taille qui ne permet généralement pas d’en envisager une traduction…
    Merci à vous de vos encouragements !

  17. Bravo pour cette incomparable lecture !
    Vous avez su rendre la finesse du texte avec brio !

    E.Wharton, H.James, A. Trollope…
    J’en écouterais sans jamais me lasser !

    Un grand merci à vous !

  18. Merci beaucoup Lonzine, Elisabeth et Benoit !
    Heureux que vous appréciez cette nouvelle que j’ai eu un très grand plaisir à enregistrer.
    D’autres Wharton sont à venir, notamment une version 2 de “Lendemain” qui nous sera proposée par Christian Dousset.

  19. Quelle merveilleuse surprise de trouver un Wharton! Et c’est vraiment formidable, chez Wharton, ces retournements de situations et leurs effets que l’on peut deviner, ce jeu de qui perd gagne… , Quel art de l’écriture dans la façon dont l’intrigue est menée et dont vous faites ressortir la cruauté rétrospective. Vraiment, Vincent, c’est magique cette nuit romaine,…à Paris, et la façon dont de drame intime retenu éclate soudain entre ces deux vieilles dames. dont on a d’abord pensé qu’elles n’étaient liées que par un cotoiement banal. ..Merci Xavier.
    elisabeth