ANONYME – Elle vire, parodie du Lac de Lamartine

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    Christine SétrinChristine Sétrin
    Maître des clés
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    Christine SétrinChristine Sétrin
    Maître des clés

    ANONYME – Elle vire, parodie du Lac de Lamartine

    Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux virages,
    Roulant au moins à cent pour ne pas déraper,
    Si j'ai douté de toi, pardonne, ô ma Delage,
    Bien souvent, j'ai freiné. 

    Ô belle torpédo ! je t'aime et je t'admire,
    Quand je vois le décor soudain se rapprocher,
    Je te serre en mes bras et je murmure : « Elle vire. »
    Me voilà rassuré. 

    Et cependant, parfois, avec effroi je pense,
    Que si la direction tout à coup faisait « crac »,
    Nous confiant à Dieu et à sa providence,
    Nous serions dans le lac. 

    Un soir, t'en souvient-il ? nous roulions en silence ;
    On n'entendait tout bas, tant ils sont merveilleux,
    Que le bruit des pistons qui frappaient en cadence
    Tes flancs harmonieux. 

    Tout à coup des sursauts qui viennent de la terre
    Transmirent au volant de surprenants cahots,
    Et l'âme qui s'exhale d'un des pneus arrière
    Laissa tomber ces mots : 

    « Auto ! suspends ton vol ; et vous, forces motrices !
    Suspendez votre cours; 
    Laissez-moi respirer pendant que l'on dévisse
    Une roue de secours. 

    Puissions-nous demeurer quelques instants encore :
    On apporte le cric. 
    Mais l'air est transpercé d'un sifflement sonore :
    C'est la valve qui fuit. 

    Regonflons, regonflons, car l'heure est fugitive !
    Hâtons-nous, dépêchons.
    L'homme n'est plus normal jusqu'à ce qu'il arrive :
    Il roule et nous crevons. » 

    Temps jaloux, il faut donc que je te pulvérise.
    De ce tournoi dépend, tu le sais, mon bonheur.
    Tu fuis! mais tu oublies les fameuses reprises
    De mon carburateur. 

    Bielles et pistons, moteur à plein régime,
    Que faites-vous des gaz que vous engloutissez ?
    Parlez ! Comprenez-vous la honte qui m'opprime ?
    La moyenne est tombée. 

    Ô lac! rochers muets ! grottes ! forêts obscures !
    Seul mon rétroviseur a pu vous contempler,
    Car il nous a fallu encor forcer l'allure
    Pour l'heure du dîner.

    Que le léger zéphyr qui frémit et qui passe,
    Que le bruit du klaxon mille fois répété,
    Que l'astre de la nuit reflétant dans la glace
    Sa blafarde clarté, 

    Que l'agent qui rugit, le piéton qui soupire,
    Que les contraventions et les chiens écrasés,
    Que les noirs tourbillons de fumée qu'on respire,
    Tout dise : « Ils ont gazé. »

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