NERVAL, Gérard (de) – Poésies

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  • Ce sujet contient 5 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par VictoriaVictoria, le il y a 14 années.
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  • #146194
    VictoriaVictoria
    Participant

    NERVAL, Gérard (de) – Poésies

    El Desdichado


    Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,
    Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :
    Ma seule Étoile est morte, – et mon luth constellé
    Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

    Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,
    Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,
    La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
    Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.

    Suis-je Amour ou Phoebus ?… Lusignan ou Biron ?
    Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
    J’ai rêvé dans la Grotte où nage la Sirène…

    Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :
    Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée
    Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

    #146195
    VictoriaVictoria
    Participant

    Mélodie

    (Imitée de Thomas Moore)

    Quand le plaisir brille en tes yeux
    Pleins de douceur et d’espérance,
    Quand le charme de l’existence
    Embellit tes traits gracieux, -

    Bien souvent alors je soupire
    En songeant que l’amer chagrin,
    Aujourd’hui loin de toi, peut t’atteindre demain,
    Et de ta bouche aimable effacer le sourire ;
    Car le Temps, tu le sais, entraîne sur ses pas
    Les illusions dissipées,
    Et les yeux refroidis, et les amis ingrats,
    Et les espérances trompées !

    Mais crois-moi, mon amour ! tous ces charmes naissants
    Que je contemple avec ivresse,
    S’ils s’évanouissaient sous mes bras caressants,
    Tu conserverais ma tendresse !
    Si tes attraits étaient flétris,
    Si tu perdais ton doux sourire,
    La grâce de tes traits chéris
    Et tout ce qu’en toi l’on admire,
    Va, mon coeur n’est pas incertain :
    De sa sincérité tu pourrais tout attendre.
    Et mon amour, vainqueur du Temps et du Destin,
    S’enlacerait à toi, plus ardent et plus tendre !

    Oui, si tous tes attraits te quittaient aujourd’hui,
    J’en gémirais pour toi ; mais en ce coeur fidèle
    Je trouverais peut-être une douceur nouvelle,
    Et, lorsque loin de toi les amants auraient fui,
    Chassant la jalousie en tourments si féconde,
    Une plus vive ardeur me viendrait animer.
    “Elle est donc à moi seul, dirais-je, puisqu’au monde
    Il ne reste que moi qui puisse encor l’aimer !”

    Mais qu’osé-je prévoir ? tandis que la jeunesse
    T’entoure d’un éclat, hélas ! bien passager,
    Tu ne peux te fier à toute la tendresse
    D’un coeur en qui le temps ne pourra rien changer.
    Tu le connaîtras mieux : s’accroissant d’âge en âge,
    L’amour constant ressemble à la fleur du soleil,
    Qui rend à son déclin, le soir, le même hommage
    Dont elle a, le matin, salué son réveil !

    #146196
    VictoriaVictoria
    Participant

    Dans les bois

    Au printemps l’oiseau naît et chante :
    N’avez-vous pas ouï sa voix ?…
    Elle est pure, simple et touchante,
    La voix de l’oiseau – dans les bois !

    L’été, l’oiseau cherche l’oiselle ;
    Il aime – et n’aime qu’une fois !
    Qu’il est doux, paisible et fidèle,
    Le nid de l’oiseau – dans les bois !

    Puis quand vient l’automne brumeuse,
    il se tait… avant les temps froids.
    Hélas ! qu’elle doit être heureuse
    La mort de l’oiseau – dans les bois !

    #146197
    VictoriaVictoria
    Participant

    Fantaisie

    Il est un air pour qui je donnerais
    Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,
    Un air très-vieux, languissant et funèbre,
    Qui pour moi seul a des charmes secrets.

    Or, chaque fois que je viens à l’entendre,
    De deux cents ans mon âme rajeunit :
    C’est sous Louis treize; et je crois voir s’étendre
    Un coteau vert, que le couchant jaunit,

    Puis un château de brique à coins de pierre,
    Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,
    Ceint de grands parcs, avec une rivière
    Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs ;

    Puis une dame, à sa haute fenêtre,
    Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,
    Que dans une autre existence peut-être,
    J’ai déjà vue… et dont je me souviens !

    #142142
    VictoriaVictoria
    Participant
    #146198
    VictoriaVictoria
    Participant

    Une Allée du Luxembourg

    Elle a passé, la jeune fille
    Vive et preste comme un oiseau
    À la main une fleur qui brille,
    À la bouche un refrain nouveau.

    C’est peut-être la seule au monde
    Dont le coeur au mien répondrait,
    Qui venant dans ma nuit profonde
    D’un seul regard l’éclaircirait !

    Mais non, – ma jeunesse est finie …
    Adieu, doux rayon qui m’as lui, -
    Parfum, jeune fille, harmonie…
    Le bonheur passait, – il a fui !

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