Janico

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15 sujets de 1 à 15 (sur un total de 17)
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  • en réponse à : recherche aide pour configurer mathos d’enregistrement #151574
    JJanico
    Participant

    Si par hasard, quelqu'un parmi vous est assez calé pour m'aider…

    J'ai acquis en juin dernier une carte son tascam US-122 et un micro cardioide Audiotecnica à prise XLR.

    La carte est livré avec Cubase.

    J'ai réussi à enregistrer un très très mince filet de voix avec audacity, mais je dois amplifier le fichier énormément pour espérer quelque chose d'audible.

    Et quand j'essaie d'enregistrer avec cubase, rien. Nada. Je n'arrive pas a régler les paramètres.

    SOS ! Help !

    Janico.

    en réponse à : Sélection des textes contemporains #147300
    JJanico
    Participant

    Il y a aussi le “problème” du vote en ce sens qu'on ne sait pas rééllement ce que la personne qui vote apprécie. l'oeuvre, la lecture, la qualité technique, que sais-je encore ?

    en réponse à : [Projet en cours] Création de pochettes CD #147100
    JJanico
    Participant

    Chers amis, bravo tout d’abord pour ces recherches avec toute la créativité déployée.
    J’aimerais vous aider, mais enfin… les deux me plaisent. J’aime le côté “débridé” de la présentation proposée par Olivier autant -si ce n’est plus- que celle d’Augustin, avec son côté épuré. Désolé si je ne vous aide pas plus. Bon courage pour la suite. (faut kje termine mon Leroux, moi !)

    en réponse à : Suggestions de présentations nouvelles #146571
    JJanico
    Participant

    Salut les amis !
    D’accord avec Tintin. Le visuel est très joli (bravo Olivier), mais changer 300 fiches… Y a-t-il un si grand avantage par rapport au texte seul ? N’y a-t-il pas d’autres priorités, telles la totale accessibilité du site par exemple ?
    D’autres part, vous savez que pour ces questions, avec ma compagne Jeanne non voyante (dans Janico, il y en a 2 pour le prix d’1 ! ), nous pouvons vous aiguiller. L’accessibilité avec sonorel par exemple, on commence à connaitre un peu.
    Sinon, il y a des sites ( http://wave.webaim.org/ ) où l’on peut demander gratuitement de tester l’accessibilité. Ils nous disent ce qu’il faut faire et comment faire pour l’améliorer.

    JJanico
    Participant

    Cher Augustin, tu évoques ici la possibilité d’enregistrer des livres non libres de droit. Livres qu’il serait possible de ne faire télécharger que par des personnes pouvant prouver leur handicap visuel, si je te suis bien (un peu comme notre ami Jean-Louis Blonde pour l’unadev). Si c’était le cas, il y a déjà un ouvrage que j’aimerais absolument enregistrer. Il faut l’enregistrer à tout prix ! c’est : l’histoire d’Helen Keller par Hickok. Je ne le connaissais pas et l’ai découvert il y a peu grâce à Jeanne. C’est une leçon de vie, de courage, d’amour… et tout et tout !
    Tiens-nous au courant de l’avancée de cette idée.

    en réponse à : Musardeur #145694
    JJanico
    Participant

    Musardeur, y a du style, du rythme dans votre style. il est bien agréable de vous lire.

    en réponse à : Droits d’auteur, ayants droit et ayants cause #145658
    JJanico
    Participant

    Harry Potter ? Bernard Giraudeau s’en souvient !

    en réponse à : Suggestions d’amélioration du site #145564
    JJanico
    Participant

    Si je ne me trompe, actuellement, quand on clique sur “tous nos classements”, il faut atteindre la fin de la (longue) page pour obtenir les différents types de classements. Ne seraient-ils pas mieux en haut de page ?
    Amicalement. NIco

    en réponse à : Droits d’auteur, ayants droit et ayants cause #145541
    JJanico
    Participant

    J’ai demandé à un auteur récemment. Beaucoup de ses ouvrages sont publiés… il suffit que l’auteur donne ses droits pour que ce soit valable.
    Ainsi, il m’a donné les droits oralement pour une de ses nouvelles publiées au Castor Astral. Je crois que ça suffit.
    … Si Augustin en sait davantage…

    en réponse à : Suggestions d’amélioration du site #145465
    JJanico
    Participant

    Effectivement, je ne vois pas ce que la compétition viendrait faire la-dedans.
    Par contre, même si l’internaute qui découvre le site connait certaines des oeuvres proposées, je persiste à imaginer que le comptage des téléchargements doit forcément lui donner des idées.
    Et puis, il y a les oeuvres plus méconnues, ou plus ardues et donc moins attrayantes, que le système de comptage des téléchargements ne ferait pas plus connaître. C’est là qu’intervient le système mis en place par Augustin des 2 titres en découverte.
    J’essaie de me mettre à la place de celui qui découvre et qui voudrait être aiguillé d’une manière ou d’une autre… cela est d’autant plus difficile que maintenant le site s’étoffe de plus en plus avec de plus en plus de donneurs.
    Mais, peut-être les solutions pourraient-être apportées par les internautes eux-mêmes si l’on leur posait la question dans une newsletter par exemple.
    Qu’en pensez-vous chers amis ?
    Au fait, Ar Men, ça avance les Leroux ? J’aimerais bien faire la poupée sanglante (plus méconnue dans son oeuvre), tu connais ?
    Bises
    Nicolas

    en réponse à : Lenteur du téléchargement #145408
    JJanico
    Participant

    Génial,
    Je viens de tester, je suis à plus de 1100 Ko/s !

    On va pouvoir bientôt nous-même poser nos lectures sur le site ?

    Janico

    en réponse à : RACINE, Jean – Le songe d’Athalie #145391
    JJanico
    Participant

    RACINE, Jean – Le songe d’Athalie

    (Extrait de la pièce Athalie de Jean Racine, Acte II, Scène 5)




    C’était pendant l’horreur d’une profonde nuit.
    Ma mère Jézabel devant moi s’est montrée,
    Comme au jour de sa mort pompeusement parée.
    Ses malheurs n’avaient point abattu sa fierté ;
    Même elle avait encor cet éclat emprunté
    Dont elle eut soin de peindre et d’orner son visage,
    Pour réparer des ans l’irréparable outrage.
    « Tremble, m’a-t-elle dit, fille digne de moi.
    Le cruel Dieu des Juifs l’emporte aussi sur toi.
    Je te plains de tomber dans ses mains redoutables,
    Ma fille. » En achevant ces mots épouvantables,
    Son ombre vers mon lit a paru se baisser ;
    Et moi, je lui tendais les mains pour l’embrasser.
    Mais je n’ai plus trouvé qu’un horrible mélange
    D’os et de chairs meurtris et traînés dans la fange,
    Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux
    Que des chiens dévorants se disputaient entre eux.

    en réponse à : GRIMM, Frères – Les sept corbeaux #145376
    JJanico
    Participant

    GRIMM, Frères – Les sept corbeaux

    Traduction: Janico




    Un homme avait sept fils et toujours pas de fille, si fort qu’il le désirât. Enfin, sa femme lui donna de nouveau des espérances, et quand l’enfant vint au monde, voici que c’était une fille. La joie était grande, mais l’enfant était chétive et petite, et à cause de sa faiblesse, il fallut l’ondoyer.

    Le père envoya l’un des garçons chercher en hâte de l’eau lustrale à la fontaine. Les six autres le suivirent, mais comme chacun voulut être le premier à puiser, ils laissèrent tomber la cruche dans le puits. Alors ils restèrent plantés là, ne sachant ce qu’ils devaient faire, et aucun d’eux n’osait rentrer à la maison.

    Comme ils ne revenaient toujours pas, le père s’impatienta et dit: “Certainement, ils auront oublié de rentrer pour jouer, ces garçons impies !” Il se prit à craindre que la petite fille mourut sans baptême, et dans sa colère il s’écria: “Je voudrais qu’ils soient tous changés en corbeaux!”

    Il avait à peine fini de dire ces mots, qu’il entendit un battement d’ailes dans les airs, au-dessus de sa tête. Il leva les yeux et vit sept corbeaux, noirs comme du charbon, qui volaient de-ci de-là.

    Les parents ne purent pas annuler l’enchantement. Mais, si tristes qu’ils fussent d’avoir perdu leurs sept fils, ils se consolèrent néanmoins quelque peu avec leur chère petite fille qui reprit bientôt des forces et embellit de jour en jour.

    Elle ignora longtemps qu’elle avait eu des frères, car les parents se gardaient bien d’en parler. Jusqu’au jour où elle entendit des gens dire par hasard que la jeune fille était belle assurément, mais qu’en réalité, elle était responsable du malheur de ses sept frères. Elle s’en trouva toute affligée. Elle s’en alla trouver son père et sa mère et leur demanda s’il était vrai qu’elle avait eu des frères et ce qu’il en était advenu.

    Les parents ne purent pas garder plus longtemps le secret. Ils dirent néanmoins que c’était là un décret du ciel, et que sa naissance n’en avait été que l’occasion innocente. Mais la jeune fille éprouvait chaque jour du remords et croyait qu’elle devait délivrer ses frères. Elle n’eut ni trêve ni répit qu’elle ne se fut mise en route secrètement pour retrouver leur trace quelque part, et les délivrer, quoiqu’il pût lui en coûter. Elle n’emporta rien qu’un petit anneau en souvenir de ses parents, une miche de pain pour la faim, une petite cruche d’eau pour la soif et une petite chaise pour la fatigue.

    Elle alla toujours tout droit devant elle, loin, très loin, jusqu’au bout du monde. Alors elle arriva au soleil, mais il était trop chaud et terrible, et il mangeait les petits enfants. Elle s’enfuit en hâte et courut jusqu’à la lune. Et quand elle aperçut l’enfant, elle dit: “Je sens la chair humaine…” Alors elle s’enfuit vivement et arriva chez les étoiles, qui furent aimables et bonnes pour elles. Et chacune était assise sur une petite chaise à part. Cependant, l’étoile du matin se leva, lui donna un osselet et lui dit: “Sans cet osselet, tu ne pourras pas ouvrir la Montagne de Verre, et c’est dans la Montagne de Verre que se trouvent tes frères.”

    La petite fille prit l’osselet, l’enveloppa soigneusement dans un petit torchon et continua sa route, tant et si bien qu’elle arriva à la Montagne de Verre. La porte était fermée à clé; elle voulut sortir l’osselet du torchon, mais quand elle l’ouvrit, elle vit qu’il était vide.

    Elle avait perdu le cadeau des bonnes étoiles ! Que faire maintenant ? Elle voulait sauver ses frères… mais n’avait plus la clé de la Montagne de Verre. La bonne petite sœur prit un couteau, se coupa un petit doigt, le mit dans la serrure, et parvint à l’ouvrir.

    Quand elle fut entrée, un gnome vint à sa rencontre et lui dit:

    “Mon enfant, que cherches-tu ?”
    “Je cherche mes frères, les sept corbeaux”, répondit-elle.

    Le gnome répondit: “Messieurs les corbeaux ne sont encore pas à la maison, mais si vous voulez attendre leur retour, entrez!”

    Là-dessus, le gnome apporta le repas des corbeaux sur sept petites assiettes et dans sept petits gobelets. Et la petite sœur mangea une miette dans chaque gobelet; mais, dans le dernier gobelet, elle laissa tomber le petit anneau qu’elle avait emporté.

    Tout à coup, on entendit dans les airs des battements d’ailes et des cris. Le gnome dit alors: “Ce sont Messieurs les corbeaux qui rentrent à tire-d’aile !”

    Alors ils vinrent, voulurent boire et manger, et cherchèrent leur petites assiettes et leurs petits gobelets.
    Puis ils s’écrièrent, l’un après l’autre: “Qui a mangé dans ma petite assiette? Qui a bu dans mon petit gobelet? C’était une bouche humaine !”

    Et comme le septième vidait son gobelet, l’anneau en tomba. Alors il le regarda et voyant que c’était un anneau de son père et à sa mère, il dit: “Dieu veuille que ce soit notre petite sœur… alors nous serions délivrés !”

    Quand la petite fille, qui écoutait derrière la porte, entendit ce souhait, elle se montra et alors tous les corbeaux reprirent leur forme humaine, et ils s’embrassèrent et se firent mille caresses et ils rentrèrent joyeusement chez eux.

    en réponse à : RONSARD, Pierre (de) – Sur la mort de Marie #145375
    JJanico
    Participant

    RONSARD, Pierre (de) – Sur la mort de Marie

    (Recueil : Les Amours de Marie, 1555)




    I Je songeois sous l’obscur de la nuict endormie


    Je songeois sous l’obscur de la nuict endormie,
    Qu’un sepulchre entre-ouvert s’apparoissoit à moy:
    La Mort gisoit dedans toute palle d’effroy,
    Dessus estoit escrit Le tombeau de Marie.

    Espovanté du songe en sursault je m’escrie,
    Amour est donc sujet à nostre humaine loy:
    Il a perdu son regne, et le meilleur de soy,
    Puis que par une mort sa puissance est perie.

    Je n’avois achevé, qu’au poinct du jour, voicy
    Un Passant à ma porte, adeulé de soucy,
    Qui de la triste mort m’annonça la nouvelle.

    Pren courage, mon ame, il fault suivre sa fin:
    Je l’entens dans le ciel comme elle nous appelle:
    Mes pieds avec les siens ont fait mesme chemin.




    II Stances


    Je lamente sans reconfort,
    Me souvenant de ceste mort
    Qui desroba ma douce vie:
    Pensant en ces yeux qui souloient
    Faire de moy ce qu’ils vouloient,
    De vivre je n’ay plus d’envie.
    Amour, tu n’as point de pouvoir:
    A mon dam tu m’as fait sçavoir
    Que ton arc partout ne commande.
    Si tu avois quelque vertu,
    La Mort ne t’eust pas dévestu
    De ta richesse la plus grande.
    Tout seul tu n’as perdu ton bien:
    Comme toy j’ay perdu le mien,
    Ceste beauté que je desire,
    Qui fut mon thresor le plus cher:
    Tous deux contre un mesme rocher
    Avons froissé nostre navire.
    Souspirs, eschaufez son tombeau:
    Larmes, lavez-le de vostre eau:
    Ma vois si doucement se plaigne,
    Qu’à la Mort vous faciez pitié,
    Ou qu’elle rende ma moitié,
    Ou que ma moitié j’accompaigne.
    Fol qui au monde met son cœur:
    Fol qui croit en l’espoir mocqueur,
    Et en la beauté tromperesse.
    Je me suis tout seul offensé,
    Comme celuy qui n’eust pensé
    Que morte fust une Deesse.
    Quand son ame au corps s’attachoit,
    Rien, tant fust dur, ne me faschoit,
    Ny destin, ny rude influance:
    Menaces, embusches, dangers,
    Villes, et peuples estrangers
    M’estoient doux pour sa souvenance.
    En quelque part que je vivois,
    Tousjours en mes yeux je l’avois,
    Transformé du tout en la belle.
    Si bien Amour à coups de trait
    Au cœur m’engrava son portrait,
    Que mon tout n’estoit sinon qu’elle.
    Esperant luy conter un jour
    L’impatience de l’Amour
    Qui m’a fait des peines sans nombre,
    La mort soudaine m’a deceu:
    Pour le vray le faux j’ay receu,
    Et pour le corps seulement l’ombre.
    Ciel, que tu es malicieux!
    Qui eust pensé que ces beaux yeux
    Qui me faisoient si douce guerre,
    Ces mains, ceste bouche, et ce front
    Qui prindrent mon cœur, et qui l’ont,
    Ne fussent maintenant que terre?
    Hélas! où est ce doux parler,
    Ce voir, cest ouyr, cest aller,
    Ce ris qui me faisoit apprendre
    Que c’est qu’aimer? hà, doux refus!
    Hà! doux desdains, vous n’estes plus,
    Vous n’estes plus qu’un peu de cendre.
    Helas, où est ceste beauté,
    Ce Printemps, ceste nouveauté,
    Qui n’aura jamais de seconde?
    Du ciel tous les dons elle avoit:
    Aussi parfaite ne devoit
    Long temps demeurer en ce monde.
    Je n’ay regret en son trespas,
    Comme prest de suivre ses pas.
    Du chef les astres elle touche:
    Et je vy? et je n’ay sinon
    Pour reconfort que son beau nom,
    Qui si doux me sonne en la bouche.
    Amour, qui pleures avec moy,
    Tu sçais que vray est mon esmoy,
    Et que mes larmes ne sont feintes:
    S’il te plaist renforce ma vois,
    Et de pitié rochers et bois
    Je feray rompre sous mes plaintes.
    Mon feu s’accroist plus vehement,
    Quand plus luy manque l’argument
    Et la matiere de se paistre:
    Car son oeil qui m’estoit fatal,
    La seule cause de mon mal,
    Est terre qui ne peult renaistre
    Toutefois en moy je le sens
    Encore l’objet de mes sens,
    Comme à l’heure qu’elle estoit vive:
    Ny mort ne me peult retarder,
    Ny tombeau ne me peult garder,
    Que par penser je ne la suive.
    Si je n’eusse eu l’esprit chargé
    De vaine erreur, prenant congé
    De sa belle et vive figure,
    Oyant sa voix, qui sonnoit mieux
    Que de coustume, et ses beaux yeux
    Qui reluisoient outre mesure,
    Et son souspir qui m’embrasoit,
    J’eusse bien veu qu’ell’ me disoit:
    Or soule toy de mon visage,
    Si jamais tu en euz soucy:
    Tu ne me voirras plus icy,
    Je m’en vay faire un long voyage.
    J’eusse amassé de se regars
    Un magazin de toutes pars,
    Pour nourrir mon ame estonnée,
    Et paistre long temps ma douleur:
    Mais onques mon cruel malheur
    Ne sceut prevoir ma destinée.
    Depuis j’ay vescu de soucy,
    Et de regret qui m’a transy,
    Comblé de passions estranges.
    Je ne desguise mes ennuis:
    Tu vois l’estat auquel je suis,
    Du ciel assise entre les anges.
    Ha! belle ame, tu es là hault
    Aupres du bien qui point ne fault,
    De rien du monde desireuse,
    En liberté, moy en prison:
    Encore n’est-ce pas raison
    Que seule tu sois bien-heureuse.
    “Le sort doit tousjours estre égal,
    Si j’ay pour toy souffert du mal,
    Tu me dois part de ta lumiere.
    Mais franche du mortel lien,
    Tu as seule emporté le bien,
    Ne me laissant que la misere.
    En ton âge le plus gaillard
    Tu as seul laissé ton Ronsard,
    Dans le ciel trop tost retournée,
    Perdant beauté, grace, et couleur,
    Tout ainsi qu’une belle fleur
    Qui ne vit qu’une matinée.
    En mourant tu m’as sceu fermer
    Si bien tout argument d’aimer,
    Et toute nouvelle entreprise,
    Que rien à mon gré je ne voy,
    Et tout cela qui n’est pas toy,
    Me desplaist, et je le mesprise.
    Si tu veux, Amour, que je sois
    Encore un coup dessous tes lois,
    M’ordonnant un nouveau service,
    Il te fault sous la terre aller
    Flatter Pluton, et r’appeller
    En lumiere mon Eurydice:
    Ou bien va-t’en là hault crier
    A la Nature, et la prier
    D’en faire une aussi admirable:
    Mais j’ay grand peur qu’elle rompit
    Le moule, alors qu’elle la fit,
    Pour n’en tracer plus de semblable.
    Refay moy voir deux yeux pareils
    Aux siens, qui m’estoient deux soleils,
    Et m’ardoient d’une flame extréme,
    Où tu soulois tendre tes laqs,
    Tes hamesons, et tes apas,
    Où s’engluoit la raison mesme.
    Ren moy ce voir et cest ouyr:
    De ce parler fay moy jouyr,
    Si douteux à rendre responce.
    Ren moy l’objet de mes ennuis:
    Si faire cela tu ne puis,
    Va-t’en ailleurs, je te renonce.
    A la Mort j’auray mon recours:
    La Mort me sera mon secours,
    Comme le but que je desire.
    Dessus la Mort tu ne peux rien,
    Puis qu’elle a desrobé ton bien,
    Qui fut l’honneur de ton empire.
    Soit que tu vives pres de Dieu,
    Ou aux champs Elisez, adieu,
    Adieu cent fois, adieu Marie:
    Jamais Ronsard ne t’oublira,
    Jamais la Mort ne deslira
    Le nœud dont ta beauté me lie.




    III Terre, ouvre moy ton sein, et me laisse reprendre


    Terre, ouvre moy ton sein, et me laisse reprendre
    Mon thresor, que la Parque a caché dessous toy:
    Ou bien si tu ne peux, ô terre, cache moy
    Sous mesme sepulture avec sa belle cendre.

    Le traict qui la tua, devoit faire descendre
    Mon corps aupres du sien pour finir mon esmoy:
    Aussi bien, veu le mal qu’en sa mort je reçoy,
    Je ne sçaurois plus vivre, et me fasche d’attendre.

    Quand ses yeux m’esclairoient, et qu’en terre j’avois
    Le bon-heur de les voir, à l’heure je vivois,
    Ayant de leurs rayons mon ame gouvernée.

    Maintenant je suis mort: la Mort qui s’en-alla
    Loger dedans ses yeux, en partant m’appella,
    Et me fit de ses pieds accomplir ma journée.




    IV Alors que plus Amour nourrissoit mon ardeur


    Alors que plus Amour nourrissoit mon ardeur,
    M’asseurant de jouyr de ma longue esperance:
    A l’heure que j’avois en luy plus d’asseurance,
    La Mort a moissonné mon bien en sa verdeur.

    J’esperois par soupirs, par peine, et par langueur
    Adoucir son orgueil: las! je meurs quand j’y pense.
    Mais en lieu d’en jouyr, pour toute recompense
    Un cercueil tient enclos mon espoir et mon cœur.

    Je suis bien malheureux, puis qu’elle vive et morte
    Ne me donne repos, et que de jour en jour
    Je sens par son trespas une douleur plus forte.

    Comme elle je devrois reposer à mon tour:
    Toutesfois je ne voy par quel chemin je sorte,
    Tant la Mort me r’empaistre au labyrinth d’Amour.




    V Comme on voit sur la branche au mois de May la rose


    Comme on voit sur la branche au mois de May la rose
    En sa belle jeunesse, en sa premiere fleur
    Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
    Quand l’Aube de ses pleurs au poinct du jour l’arrose:

    La grace dans sa fueille, et l’amour se repose,
    Embasmant les jardins et les arbres d’odeur:
    Mais batue ou de pluye, ou d’excessive ardeur,
    Languissante elle meurt fueille à fueille déclose:

    Ainsi en ta premiere et jeune nouveauté,
    Quand la terre et le ciel honoroient ta beauté,
    La Parque t’a tuée, et cendre tu reposes.

    Pour obseques reçoy mes larmes et mes pleurs,
    Ce vase plein de laict, ce panier plein de fleurs,
    Afin que vif, et mort, ton corps ne soit que roses.




    VI Dialogue le Passant et le Génie


    Passant Veu que ce marbre enserre un corps qui fut plus beau Que celuy de Narcise, ou celuy de Clitie, Je suis esmerveillé qu’une fleur n’est sortie, Comme elle feit d’Ajax, du creux de ce tombeau. Génie L’ardeur qui reste encore, et vit en ce flambeau, Ard la terre d’amour, qui si bien a sentie La flame, qu’en brazier elle s’est convertie, Et seiche ne peult rien produire de nouveau. Mais si Ronsard vouloit sur sa Marie espandre Des pleurs pour l’arrouser, soudain l’humide cendre Une fleur du sepulchre enfanteroit au jour. Passant A la cendre on cognoist combien vive estoit forte La beauté de ce corps, quand mesmes estant morte Elle enflame la terre, et sa tombe d’amour.




    VII Chanson


    Helas! je n’ay pour mon objet
    Qu’un regret, qu’une souvenance:
    La terre embrasse le sujet,
    En qui vivoit mon esperance.
    Cruel tombeau, je n’ay plus rien,
    Tu as dérobé tout mon bien,
    Ma mort, et ma vie,
    L’amant et l’amie,
    Plaints, souspirs, et pleurs,
    Douleurs sus douleurs.
    Que ne voy-je, pour languir mieux,
    Et pour vivre en plus longue peine,
    Mon cœur en souspirs, et mes yeux
    Se changer en une fonteine,
    Mon corps en voix se transformer,
    Pour souspirer, pleurer, nommer
    Ma mort, et ma vie,
    L’amant et l’amie,
    Plaints, souspirs, et pleurs,
    Douleurs sus douleurs.
    Ou je voudrois estre un rocher,
    Et avoir le cœur insensible,
    Ou esprit, afin de cercher
    Sous la terre mon impossible:
    J’irois sans crainte du trespas
    Redemander aux Dieux d’embas
    Ma mort, et ma vie
    Mais ce ne sont que fictions:
    Il me fault trouver autres plaintes.
    Mes veritables passions
    Ne se peuvent servir de feintes.
    Le meilleur remede en cecy,
    C’est mon torment et mon soucy,
    Ma mort, et ma vie.
    Au pris de moy les amoureux
    Voyant les beaux yeux de leur dame,
    Cheveux et bouche, sont heureux
    De bruler d’une vive flame.
    En bien servant ils ont espoir:
    Je suis sans espoir de revoir
    Ma mort, et ma vie.
    Ils aiment un sujet qui vit:
    La beauté vive les vient prendre,
    L’oeil qui voit, la bouche qui dit:
    Et moy je n’aime qu’une cendre.
    Le froid silence du tombeau
    Enferme mon bien, et mon beau,
    Ma mort, et ma vie.
    Ils ont le toucher et l’ouyr,
    Avant-courriers de la victoire:
    Et je ne puis jamais jouyr
    Sinon d’une triste memoire,
    D’un souvenir, et d’un regret,
    Qui tousjours lamenter me fait.
    Ma mort, et ma vie.
    L’homme peult gaigner par effort
    Mainte bataille, et mainte ville:
    Mais de pouvoir vaincre la Mort
    C’est une chose difficile.
    Le ciel qui n’a point de pitié,
    Cache sous terre ma moitié,
    Ma mort, et ma vie.
    Apres sa mort, je ne devois
    Tué de douleur, la survivre:
    Autant que vive je l’aimois,
    Aussi tost je la devois suivre:
    Et aux siens assemblant mes os,
    Un mesme cercueil eust enclos
    Ma mort, et ma vie.
    Je mettrois fin à mon malheur,
    Qui hors de raison me transporte,
    Si ce n’estoit que ma douleur
    D’un double bien me reconforte.
    La penser Déesse, et songer
    En elle, me fait allonger
    Ma mort, et ma vie.
    En songe la nuict je la voy
    Au ciel une estoille nouvelle
    S’apparoistre en esprit à moy
    Aussi vivante, et aussi belle
    Comme elle estoit le premier jour
    Qu’en ses beaux yeux je veis Amour,
    Ma mort, et ma vie.
    Sur mon lict je la sens voler,
    Et deviser de mille choses:
    Me permet le voir, le parler,
    Et luy baiser ses mains de roses:
    Torche mes larmes de sa main,
    Et presse mon cœur en son sein,
    Ma mort, et ma vie.
    La mesme beauté qu’elle avoit,
    La mesme Venus, et la grace,
    Le mesme Amour qui la suivoit,
    En terre apparoist en sa face,
    Fors que ses yeux sont plus ardans,
    Où plus à clair je voy dedans
    Ma mort, et ma vie.
    Elle a les mesmes beaux cheveux,
    Et le mesme trait de la bouche,
    Dont le doux ris, et les doux nœuds
    Eussent lié le plus farouche:
    Le mesme parler, qui souloit
    Mettre en doute, quand il vouloit
    Ma mort, et ma vie.
    Puis d’un beau jour qui point ne faut,
    Dont sa belle ame est allumée,
    Je la voy retourner là haut
    Dedans sa place accoustumée,
    Et semble aux anges deviser
    De ma peine, et favoriser
    Ma mort, et ma vie
    Chanson, mais complainte d’amour,
    Qui rends de mon mal tesmoignage,
    Fuy la court, le monde, et le jour:
    Va-t’en dans quelque bois sauvage,
    Et de là ta dolente vois
    Annonce aux rochers, et aux bois
    Ma mort, et ma vie,
    L’amant et l’amie,
    Plaints, souspirs, et pleurs,
    Douleurs sus douleurs.




    VIII Ha Mort, en quel estat maintenant tu me changes


    Ha Mort, en quel estat maintenant tu me changes!
    Pour enrichir le ciel, tu m’as seul apauvry,
    Me ravissant les yeux desquels j’estois nourry,
    Qui nourrissent là hault les esprits et les anges.

    Entre pleurs et souspirs, entre pensers estranges,
    Entre le desespoir tout confus et marry,
    Du monde et de moymesme et d’Amour, je me ry,
    N’ayant autre plaisir qu’à chanter tes louanges.

    Helas! tu n’es pas morte, hé! c’est moy qui le suis
    L’homme est bien trespassé, qui ne vit que d’ennuis,
    Et des maux qui me font une eternelle guerre.

    Le partage est mal fait: tu possedes les cieux,
    Et je n’ay, mal-heureux, pour ma part que la terre,
    Les souspirs en la bouche, et les larmes aux yeux.




    IX Quand je pense à ce jour, où je la vey si belle

    Quand je pense à ce jour, où je la vey si belle
    Toute flamber d’amour, d’honneur et de vertu,
    Le regret, comme un trait mortellement pointu,
    Me traverse le cœur d’une playe eternelle.

    Alors que j’esperois la bonne grace d’elle,
    L’amour a mon espoir par la Mort combattu:
    La Mort a mon espoir d’un cercueil revestu,
    Dont j’esperois la paix de ma longue querelle.

    Amour, tu es enfant inconstant et leger:
    Monde, tu es trompeur, pipeur et mensonger,
    Decevant d’un chacun l’attente et le courage.

    Malheureux qui se fie en l’Amour et en toy:
    Tous deux comme la Mer vous n’avez point de foy,
    L’un fin, l’autre parjure, et l’autre oiseau volage.




    X Homme ne peult mourir par la douleur transi


    Homme ne peult mourir par la douleur transi. Si quelcun trepassoit d’une extreme tristesse, Je fussé desja mort pour suivre ma maistresse: Mais en lieu de mourir je vy par le souci.

    Le penser, le regret, et la memoire aussi D’une telle beauté, qui pour les cieux nous laisse, Me fait vivre, croyant qu’elle est ores Deesse, Et que du ciel là hault elle me voit ici.

    Elle se sou-riant du regret qui m’affole, En vision la nuict sur mon lict je la voy, Qui mes larmes essuye, et ma peine console:

    Et semble qu’elle a soin des maux que je reçoy. Dormant ne me deçoit: car je la recognoy A la main, à la bouche, aux yeux, à la parole.




    XI Deux puissans ennemis me combattoient alors


    Deux puissans ennemis me combattoient alors
    Que ma dame vivoit: l’un dans le ciel se serre,
    De Laurier triomphant: l’autre dessous la terre
    Un Soleil d’Occident reluist entre les morts.

    C’estoit la chasteté, qui rompoit les efforts
    D’Amour, et de son arc, qui tout bon cœur enferre,
    Et la douce beauté qui me faisoit la guerre,
    De l’oeil par le dedans, du ris par le dehors.

    La Parque maintenant ceste guerre a desfaite:
    La terre aime le corps, et de l’ame parfaite
    Les Anges de là sus se vantent bien-heureux.

    Amour d’autre lien ne sçauroit me reprendre.
    Ma flame est un sepulchre, et mon cœur une cendre,
    Et par la mort je suis de la mort amoureux.




    XII Elégie


    Le jour que la beauté du monde la plus belle
    Laissa dans le cercueil sa despouille mortelle
    Pour s’en-voler parfaite entre les plus parfaits,
    Ce jour Amour perdit ses flames et ses traits,
    Esteignit son flambeau, rompit toutes ses armes,
    Les jetta sur la tombe, et l’arrousa de larmes:
    Nature la pleura, le Ciel en fut fasché
    Et la Parque, d’avoir un si beau fil trenché.
    Depuis le jour couchant jusqu’à l’Aube vermeille
    Phenix en sa beauté ne trouvoit sa pareille,
    Tant de graces au front et d’attraits elle avoit:
    Ou si je me trompois, Amour me decevoit.
    Si tost que je la vey, sa beauté fut enclose
    Si avant en mon cœur, que depuis nulle chose
    Je n’ay veu qui m’ait pleu, et si fort elle y est,
    Que toute autre beauté encores me desplait.
    Dans mon sang elle fut si avant imprimée,
    Que tousjours en tous lieux de sa figure aimée
    Me suivoit le portrait, et telle impression
    D’une perpetuelle imagination
    M’avoit tant desrobé l’esprit et la cervelle,
    Qu’autre bien je n’avois que de penser en elle,
    En sa bouche, en son ris, en sa main, en son oeil,
    Qu’au cœur je sens tousjours, bien qu’ils soient au cercueil.
    J’avois au-paravant, veincu de la jeunesse,
    Autres dames aimé (ma faute je confesse):
    Mais la playe n’avoit profondement saigné,
    Et le cuir seulement n’estoit qu’esgratigné,
    Quand Amour, qui les Dieux et les hommes menace,
    Voyant que son brandon n’eschauffoit point ma glace,
    Comme rusé guerrier ne me voulant faillir;
    La print pour son escorte, et me vint assaillir.
    Encor, ce me dit-il, que de maint beau trofée
    D’Horace, de Pindare, Hesiode et d’Orfée,
    Et d’Homere qui eut une si forte vois,
    Tu as orné la langue et l’honneur des François,
    Voy ceste dame icy: ton cœur, tant soit il brave,
    Ira sous son empire, et sera son esclave.
    Ainsi dit, et son arc m’enfonçant de roideur,
    Ensemble dame et traict m’envoya dans le cœur.
    Lors ma pauvre raison, des rayons esblouye
    D’une telle beauté, se perd esvanouye,
    Laissant le gouvernal aux sens et au desir,
    Qui depuis ont conduit la barque à leur plaisir.
    Raison, pardonne moy: un plus caut en finesse
    S’y fust bien englué, tant une douce presse
    De graces et d’amours la suivoient tout ainsi
    Que les fleurs le Printemps, quand il retourne ici.
    De moy, par un destin sa beauté fut cognue:
    Son divin se vestoit d’une mortelle nue,
    Qui mesprisoit le monde, et personne n’osoit
    Luy regarder les yeux, tant leur flame luisoit.
    Son ris, et son regard, et sa parole pleine
    De merveilles, n’estoient d’une nature humaine:
    Son front ny ses cheveux, son aller ny sa main.
    C’estoit une Deesse en un habit humain,
    Qui visitoit la terre, aussi tost enlevée
    Au ciel, comme elle fut en ce monde arrivée.
    Du monde elle partit aux mois de son printemps,
    Aussi tout excellence icy ne vit long temps.
    Bien qu’elle eust pris naissance en petite bourgade,
    Non de riches parens, ny d’honneurs, ny de grade,
    Il ne l’en fault blasmer: la mesme Deité
    Ne desdaigna de naistre en trespauvre cité:
    Et souvent sous l’habit d’une simple personne
    Se cache tout le mieux que le destin nous donne.
    Vous qui veistes son corps, l’honorant comme moy,
    Vous sçavez si je ments, et si triste je doy
    Regretter à bon droict si belle creature,
    Le miracle du Ciel, le mirouer de Nature.
    O beaux yeux, qui m’estiez si cruels et si doux,
    Je ne me puis lasser de repenser en vous,
    Qui fustes le flambeau de ma lumiere unique,
    Les vrais outils d’Amour, la forge, et la boutique.
    Vous m’ostastes du cœur tout vulgaire penser,
    Et l’esprit jusqu’au ciel vous me fistes hausser.
    J’apprins à vostre eschole à resver sans mot dire,
    A discourir tout seul, à cacher mon martire;
    A ne dormir la nuict, en pleurs me consumer.
    Et bref, en vous servant, j’apprins que c’est qu’aimer.
    Car depuis le matin que l’Aurore s’esveille
    Jusqu’au soir que le jour dedans la mer sommeille,
    Et durant que la nuict par les Poles tournoit,
    Tousjours pensant en vous, de vous me souvenoit.
    Vous seule estiez mon bien, ma toute, et ma premiere,
    Et le serez tousjours: tant la vive lumiere
    De voz yeux, bien que morts, me poursuit, dont je voy
    Tousjours leur simulachre errer autour de moy.
    Puis Amour que je sens par mes veines s’espandre,
    Passe dessous la terre, et r’attize la cendre
    Qui froide languissoit dessous vostre tombeau,
    Pour r’allumer plus vif en mon cœur son flambeau,
    Afin que vous soyez ma flame morte et vive,
    Et que par le penser en tous lieux je vous suive.
    Pourroy-je raconter le mal que je senty,
    Oyant vostre trespas? mon cœur fut converty
    En rocher insensible, et mes yeux en fonteines:
    Et si bien le regret s’escoula par mes veines,
    Que pasmé je me fis la proye du torment,
    N’ayant que vostre nom pour confort seulement.
    Bien que je resistasse, il ne me fut possible.
    Que mon cœur, de nature à la peine invincible,
    Peust cacher sa douleur: car plus il la celoit,
    Et plus dessus le front son mal estinceloit,
    En fin voyant mon ame extremement attainte,
    Je desliay ma bouche, et feis telle complainte:
    Ah, faux Monde trompeur, que tu m’as bien deceu!
    Amour, tu es enfant: par toy j’avois receu
    La divine beauté qui surmontoit l’envie,
    Que maugré toy la Mort en ton regne a ravie.
    Je desplais à moymesme, et veux quitter le jour,
    Puis que je voys la Mort triompher de l’Amour,
    Et luy ravir son mieux, sans faire resistance.
    Malheureux qui le suit, et vit sous son enfance!
    Et toy Ciel, qui te dis le pere des humains,
    Tu ne devois tracer un tel corps de tes mains
    Pour si tost le reprendre: et toy mere Nature,
    Pour mettre si soudain ton œuvre en sepulture.
    Maintenant à mon dam je cognois pour certain,
    Que tout cela qui vit sous ce globe mondain,
    N’est que songe et fumée, et qu’une vaine pompe,
    Qui doucement nous rit; et doucement nous trompe.
    Ha, bien-heureux esprit fait citoyen des cieux,
    Tu es assis au rang des Anges precieux
    En repos eternel, loing de soin et de guerres:
    Tu vois dessous tes pieds les hommes et les terres,
    Et je ne voy qu’ennuis, que soucis, et qu’esmoy,
    Comme ayant emporté tout mon bien avec toy.
    Je ne te trompe point: du ciel tu vois mes peines,
    Si tu as soin là hault des affaires humaines.
    Que doy-je faire, Amour? que me conseilles-tu?
    J’irois comme un Sauvage en noir habit vestu
    Volontiers par les bois, et mes douleurs non feintes
    Je dirois aux rochers: mais ils sçavent mes plaintes.
    Il vaut mieux d’un grand temple honorer son tombeau,
    Et dedans eslever d’artifice nouveau
    Cent autels dediez à la memoire d’elle,
    Esclairez jour et nuict d’une lampe eternelle,
    Et devant le portail, comme les anciens
    Celebroient les combats aux jeux Olympiens,
    Sacrer en son honneur au retour de l’année
    Une feste choumable à la jouste ordonnée.
    Là tous les jouvenceaux au combat mieux appris
    Le funeste Cyprez emporteront pour pris,
    Et seront appellez long temps apres ma vie,
    Les jeux que feist Ronsard pour sa belle Marie.
    Puis quand l’une des Sœurs aura le fil coupé,
    Qui retient en mon corps l’esprit envelopé,
    J’ordonne que mes oz pour toute couverture
    Reposent pres des siens sous mesme sepulture:
    Que des larmes du ciel le tombeau soit lavé,
    Et tout à l’environ de ces vers engravé:
    Passant, de cest amant enten l’histoire vraye.
    De deux traicts differents il receut double playe:
    L’une que feit l’Amour, ne versa qu’amitié:
    L’autre que feit la Mort, ne versa que pitié.
    Ainsi mourut navré d’une double tristesse,
    Et tout pour aimer trop une jeune maistresse.




    XIII De ceste belle, douce, honneste chasteté


    De ceste belle, douce, honneste chasteté
    Naissoit un froid glaçon, ains une chaude flame,
    Qu’encores aujourd’huy esteinte sous la lame
    Me reschauffe, en pensant quelle fut sa clarté.

    Le traict que je receu, n’eut le fer espointé:
    Il fut des plus aiguz qu’Amour nous tire en l’ame,
    Qui d’un trespas armé par le penser m’entame,
    Et sans jamais tomber se tient à mon costé.

    Narcisse fut heureux, mourant sur la fontaine,
    Abusé du mirouër de sa figure vaine:
    Au moins il regardoit je ne sçay quoy de beau.

    L’erreur le contentoit, voyant la face aimée:
    Et la beauté que j’aime, est terre consumée.
    Il mourut pour une ombre; et moy pour un tombeau.




    XIV Je voy tousjours le traict de ceste belle face


    Je voy tousjours le traict de ceste belle face
    Dont le corps est en terre, et l’esprit est aux cieux:
    Soit que je veille ou dorme, Amour ingenieux
    En cent mille façons devant moy le repasse.

    Elle qui n’a soucy de ceste terre basse,
    Et qui boit du Nectar assise entre les Dieux,
    Daigne pourtant revoir mon estat soucieux,
    Et en songe appaiser la Mort qui me menace.

    Je songe que la nuict elle me prend la main:
    Se faschant de me voir si long temps la survivre,
    Me tire, et fait semblant que de mon voile humain

    Veult rompre le fardeau pour estre plus delivre.
    Mais partant de mon lict, son vol est si soudain
    Et si prompt vers le ciel, que je ne la puis suivre.




    XV Aussi tost que Marie en terre fut venue


    Aussi tost que Marie en terre fut venue,
    Le Ciel en fut marry, et la voulut ravoir:
    A peine nostre siecle eut loisir de la voir,
    Qu’elle s’esvanouyt comme un feu dans la nue.

    Des presens de Nature elle vint si pourveuë,
    Et sa belle jeunesse avoit tant de pouvoir,
    Qu’elle eust peu d’un regard les rochers esmouvoir,
    Tant elle avoit d’attraits et d’amours en la veuë.

    Ores la Mort jouyt des beaux yeux que j’aimois,
    La boutique, et la forge, Amour, où tu t’armois.

    Maintenant de ton camp cassé je me retire:
    Je veux desormais vivre en franchise et tout mien.
    Puis que tu n’as gardé l’honneur de ton empire,
    Ta force n’est pas grande, et je le cognois bien.




    XVI Epitaphe de Marie


    Cy reposent les oz de toy, belle Marie,
    Qui me fis pour Anjou quitter le Vandomois,
    Qui m’eschauffas le sang au plus verd de mes mois,
    Qui fus toute mon cœur, mon sang, et mon envie.

    En ta tombe repose honneur et courtoisie,
    La vertu, la beauté, qu’en l’ame je sentois,
    La grâce et les amours qu’aux regards tu portois,
    Tels qu’ils eussent d’un mort resuscité la vie.

    Tu es belle Marie un bel astre des cieux:
    Les Anges tous ravis se paissent de tes yeux,
    La terre te regrette. O beauté sans seconde!

    Maintenant tu es vive, et je suis mort d’ennuy.
    Ha, siecle malheureux! malheureux est celuy
    Qui s’abuse d’Amour, et qui se fie au Monde.

    en réponse à : RIMBAUD, Arthur – Le Mal #145374
    JJanico
    Participant

    RIMBAUD, Arthur – “Le mal”




    Tandis que les crachats rouges de la mitraille
    Sifflent tout le jour par l’infini du ciel bleu ;
    Qu’écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,
    Croulent les bataillons en masse dans le feu ;

    Tandis qu’une folie épouvantable, broie
    Et fait de cent milliers d’hommes un tas fumant ;
    − Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie,
    Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !…

    − Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées
    Des autels, à l’encens, aux grands calices d’or ;
    Qui dans le bercement des hosannah s’endort,

    Et se réveille, quand des mères, ramassées
    Dans l’angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir,
    Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !

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