FLORIAN, Jean-Pierre Claris (de) – Fables

Accueil Forums Textes FLORIAN, Jean-Pierre Claris (de) – Fables

  • Ce sujet contient 17 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par VictoriaVictoria, le il y a 16 années.
15 sujets de 1 à 15 (sur un total de 18)
  • Auteur
    Messages
  • #146235
    VictoriaVictoria
    Participant

      FLORIAN, Jean-Pierre Claris (de) – Fables

      L’Aveugle et le paralytique



      Aidons-nous mutuellement,
      La charge des malheurs en sera plus légère ;
      Le bien que l’on fait à son frère
      Pour le mal que l’on souffre est un soulagement.
      Confucius l’a dit ; suivons tous sa doctrine.
      Pour la persuader aux peuples de la Chine,
      Il leur contait le trait suivant.

      Dans une ville de l’Asie
      Il existait deux malheureux,
      L’un perclus, l’autre aveugle, et pauvres tous les deux.
      Ils demandaient au Ciel de terminer leur vie ;
      Mais leurs cris étaient superflus,
      Ils ne pouvaient mourir. Notre paralytique,
      Couché sur un grabat dans la place publique,
      Souffrait sans être plaint : il en souffrait bien plus.
      L’aveugle, à qui tout pouvait nuire,
      Etait sans guide, sans soutien,
      Sans avoir même un pauvre chien
      Pour l’aimer et pour le conduire.
      Un certain jour, il arriva
      Que l’aveugle à tâtons, au détour d’une rue,
      Près du malade se trouva ;
      Il entendit ses cris, son âme en fut émue.
      Il n’est tel que les malheureux
      Pour se plaindre les uns les autres.
      ” J’ai mes maux, lui dit-il, et vous avez les vôtres :
      Unissons-les, mon frère, ils seront moins affreux.
      – Hélas ! dit le perclus, vous ignorez, mon frère,
      Que je ne puis faire un seul pas ;
      Vous-même vous n’y voyez pas :
      A quoi nous servirait d’unir notre misère ?
      – A quoi ? répond l’aveugle ; écoutez. A nous deux
      Nous possédons le bien à chacun nécessaire :
      J’ai des jambes, et vous des yeux.
      Moi, je vais vous porter ; vous, vous serez mon guide :
      Vos yeux dirigeront mes pas mal assurés ;
      Mes jambes, à leur tour, iront où vous voudrez.
      Ainsi, sans que jamais notre amitié décide
      Qui de nous deux remplit le plus utile emploi,
      Je marcherai pour vous, vous y verrez pour moi. “

      #146236
      VictoriaVictoria
      Participant

        L’Habit d’Arlequin


        Vous connaissez ce quai nommé de la Ferraille,
        Où l’on vend des oiseaux, des hommes et des fleurs.
        A mes fables souvent c’est là que je travaille ;
        J’y vois des animaux, et j’observe leurs moeurs.
        Un jour de mardi gras j’étais à la fenêtre
        D’un oiseleur de mes amis,
        Quand sur le quai je vis paraître
        Un petit arlequin leste, bien fait, bien mis,
        Qui, la batte à la main, d’une grâce légère,
        Courait après un masque en habit de bergère.
        Le peuple applaudissait par des ris, par des cris.
        Tout près de moi, dans une cage,
        Trois oiseaux étrangers, de différent plumage,
        Perruche, cardinal, serin,
        Regardaient aussi l’arlequin.
        La perruche disait : ” J’aime peu son visage,
        Mais son charmant habit n’eut jamais son égal.
        Il est d’un si beau vert ! – Vert ! dit le cardinal ;
        Vous n’y voyez donc pas, ma chère ?
        L’habit est rouge assurément :
        Voilà ce qui le rend charmant.
        – Oh ! pour celui-là, mon compère,
        Répondit le serin, vous n’avez pas raison,
        Car l’habit est jaune-citron ;
        Et c’est ce jaune-là qui fait tout son mérite.
        – Il est vert. – Il est jaune. – Il est rouge morbleu ! “
        Interrompt chacun avec feu ;
        Et déjà le trio s’irrite.
        ” Amis, apaisez-vous, leur crie un bon pivert ;
        L’habit est jaune, rouge et vert.
        Cela vous surprend fort ; voici tout le mystère :
        Ainsi que bien des gens d’esprit et de savoir,
        Mais qui d’un seul côté regardent une affaire,
        Chacun de vous ne veut y voir
        Que la couleur qui sait lui plaire. “

        #146237
        VictoriaVictoria
        Participant

          La Brebis et le chien


          La brebis et le chien, de tous les temps amis,
          Se racontaient un jour leur vie infortunée.
          Ah ! Disait la brebis, je pleure et je frémis
          Quand je songe aux malheurs de notre destinée.
          Toi, l’esclave de l’homme, adorant des ingrats,
          Toujours soumis, tendre et fidèle,
          Tu reçois, pour prix de ton zèle,
          Des coups et souvent le trépas.
          Moi, qui tous les ans les habille,
          Qui leur donne du lait, et qui fume leurs champs,
          Je vois chaque matin quelqu’un de ma famille
          Assassiné par ces méchants.
          Leurs confrères les loups dévorent ce qui reste.
          Victimes de ces inhumains,
          Travailler pour eux seuls, et mourir par leurs mains,
          Voilà notre destin funeste !
          Il est vrai, dit le chien : mais crois-tu plus heureux
          Les auteurs de notre misère ?
          Va, ma soeur, il vaut encor mieux
          Souffrir le mal que de le faire.

          #146238
          VictoriaVictoria
          Participant

            La Coquette et l’abeille


            Chloé, jeune, jolie, et surtout fort coquette,
            Tous les matins, en se levant,
            Se mettait au travail, j’entends à sa toilette ;
            Et là, souriant, minaudant,
            Elle disait à son cher confident
            Les peines, les plaisirs, les projets de son âme.
            Une abeille étourdie arrive en bourdonnant.
            Au secours ! Au secours ! Crie aussitôt la dame :
            Venez, Lise, Marton, accourez promptement ;
            Chassez ce monstre ailé. Le monstre insolemment
            Aux lèvres de Chloé se pose.
            Chloé s’évanouit, et Marton en fureur
            Saisit l’abeille et se dispose
            A l’écraser. Hélas ! Lui dit avec douceur
            L’insecte malheureux, pardonnez mon erreur ;
            La bouche de Chloé me semblait une rose,
            Et j’ai cru… ce seul mot à Chloé rend ses sens.
            Faisons grâce, dit-elle, à son aveu sincère :
            D’ailleurs sa piqûre est légère ;
            Depuis qu’elle te parle, à peine je la sens.
            Que ne fait-on passer avec un peu d’encens !

            #146239
            VictoriaVictoria
            Participant

              La Guenon, le singe et la noix


              Une jeune guenon cueillit
              Une noix dans sa coque verte ;
              Elle y porte la dent, fait la grimace… ah ! Certe,
              Dit-elle, ma mère mentit
              Quand elle m’assura que les noix étaient bonnes.
              Puis, croyez aux discours de ces vieilles personnes
              Qui trompent la jeunesse ! Au diable soit le fruit !
              Elle jette la noix. Un singe la ramasse,
              Vite entre deux cailloux la casse,
              L’épluche, la mange, et lui dit :
              Votre mère eut raison, ma mie :
              Les noix ont fort bon goût, mais il faut les ouvrir.
              Souvenez-vous que, dans la vie,
              Sans un peu de travail on n’a point de plaisir.

              #146240
              VictoriaVictoria
              Participant

                La Jeune poule et le vieux renard


                Une poulette jeune et sans expérience,
                En trottant, cloquetant, grattant,
                Se trouva, je ne sais comment,
                Fort loin du poulailler, berceau de son enfance.
                Elle s’en aperçut qu’il était déjà tard.
                Comme elle y retournait, voici qu’un vieux renard
                A ses yeux troublés se présente.
                La pauvre poulette tremblante
                Recommanda son âme à Dieu.
                Mais le renard, s’approchant d’elle,
                Lui dit : hélas ! Mademoiselle,
                Votre frayeur m’étonne peu ;
                C’est la faute de mes confrères,
                Gens de sac et de corde, infâmes ravisseurs,
                Dont les appétits sanguinaires
                Ont rempli la terre d’horreurs.
                Je ne puis les changer, mais du moins je travaille
                A préserver par mes conseils
                L’innocente et faible volaille
                Des attentats de mes pareils.
                Je ne me trouve heureux qu’en me rendant utile ;
                Et j’allais de ce pas jusques dans votre asile
                Pour avertir vos soeurs qu’il court un mauvais bruit,
                C’est qu’un certain renard méchant autant qu’habile
                Doit vous attaquer cette nuit.
                Je viens veiller pour vous. La crédule innocente
                Vers le poulailler le conduit :
                A peine est-il dans ce réduit,
                Qu’il tue, étrangle, égorge, et sa griffe sanglante
                Entasse les mourants sur la terre étendus,
                Comme fit Diomède au quartier de Rhésus.
                Il croqua tout, grandes, petites,
                Coqs, poulets et chapons ; tout périt sous ses dents.
                La pire espèce de méchants
                Est celle des vieux hypocrites.

                #146241
                VictoriaVictoria
                Participant

                  Le Chat et le miroir


                  Philosophes hardis, qui passez votre vie
                  A vouloir expliquer ce qu’on n’explique pas,
                  Daignez écouter, je vous prie,
                  Ce trait du plus sage des chats.
                  Sur une table de toilette
                  Ce chat apperçut un miroir ;
                  Il y saute, regarde, et d’abord pense voir
                  Un de ses frères qui le guette.
                  Notre chat veut le joindre, il se trouve arrêté.
                  Surpris, il juge alors la glace transparente,
                  Et passe de l’autre côté,
                  Ne trouve rien, revient, et le chat se présente.
                  Il réfléchit un peu : de peur que l’animal,
                  Tandis qu’il fait le tour, ne sorte,
                  Sur le haut du miroir il se met à cheval,
                  Deux pattes par ici, deux par là ; de la sorte
                  Partout il pourra le saisir.
                  Alors, croyant bien le tenir,
                  Doucement vers la glace il incline la tête,
                  Apperçoit une oreille, et puis deux… à l’instant,
                  A droite, à gauche il va jetant
                  Sa griffe qu’il tient toute prête :
                  Mais il perd l’équilibre, il tombe et n’a rien pris.
                  Alors, sans davantage attendre,
                  Sans chercher plus longtemps ce qu’il ne peut comprendre,
                  Il laisse le miroir et retourne aux souris :
                  Que m’importe, dit-il, de percer ce mystère ?
                  Une chose que notre esprit,
                  Après un long travail, n’entend ni ne saisit,
                  Ne nous est jamais nécessaire.

                  #146242
                  VictoriaVictoria
                  Participant

                    Le Chat et la lunette


                    Un chat sauvage et grand chasseur
                    S’établit, pour faire bombance,
                    Dans le parc d’un jeune seigneur
                    Où lapins et perdrix étaient en abondance.
                    Là, ce nouveau Nembrod, la nuit comme le jour,
                    A la course, à l’affût également habile,
                    Poursuivait, attendait, immolait tour-à-tour
                    Et quadrupède et volatile.
                    Les gardes épiaient l’insolent braconnier ;
                    Mais, dans le fort du bois caché près d’un terrier,
                    Le drôle trompait leur adresse.
                    Cependant il craignait d’être pris à la fin,
                    Et se plaignait que la vieillesse
                    Lui rendît l’oeil moins sûr, moins fin.
                    Ce penser lui causait souvent de la tristesse ;
                    Lorsqu’un jour il rencontre un petit tuyau noir
                    Garni par ses deux bouts de deux glaces bien nettes :
                    C’était une de ces lunettes
                    Faites pour l’opéra, que par hasard, un soir,
                    Le maître avait perdue en ce lieu solitaire.
                    Le chat d’abord la considère,
                    La touche de sa griffe, et de l’extrémité
                    La fait à petits coups rouler sur le côté,
                    Court après, s’en saisit, l’agite, la remue,
                    Etonné que rien n’en sortît.
                    Il s’avise à la fin d’appliquer à sa vue
                    Le verre d’un des bouts, c’était le plus petit.
                    Alors il apperçoit sous la verte coudrette
                    Un lapin que ses yeux tout seuls ne voyaient pas.
                    Ah ! Quel trésor ! Dit-il en serrant sa lunette,
                    Et courant au lapin qu’il croit à quatre pas.
                    Mais il entend du bruit ; il reprend sa machine,
                    S’en sert par l’autre bout, et voit dans le lointain
                    Le garde qui vers lui chemine.
                    Pressé par la peur, par la faim,
                    Il reste un moment incertain,
                    Hésite, réfléchit, puis de nouveau regarde :
                    Mais toujours le gros bout lui montre loin le garde,
                    Et le petit tout près lui fait voir le lapin.
                    Croyant avoir le temps, il va manger la bête ;
                    Le garde est à vingt pas qui vous l’ajuste au front,
                    Lui met deux balles dans la tête,
                    Et de sa peau fait un manchon.

                    Chacun de nous a sa lunette,
                    Qu’il retourne suivant l’objet ;
                    On voit là-bas ce qui déplaît,
                    On voit ici ce qu’on souhaite.

                    #146243
                    VictoriaVictoria
                    Participant

                      Le Chien et le chat


                      Un chien vendu par son maître
                      Brisa sa chaîne, et revint
                      Au logis qui le vit naître.
                      Jugez de ce qu’il devint
                      Lorsque, pour prix de son zèle,
                      Il fut de cette maison
                      Reconduit par le bâton
                      Vers sa demeure nouvelle.
                      Un vieux chat, son compagnon,
                      Voyant sa surprise extrême,
                      En passant lui dit ce mot :
                      Tu croyais donc, pauvre sot,
                      Que c’est pour nous qu’on nous aime !

                      #146244
                      VictoriaVictoria
                      Participant

                        Le Grillon


                        Un pauvre petit grillon
                        Caché dans l’herbe fleurie
                        Regardait un papillon
                        Voltigeant dans la prairie.
                        L’insecte ailé brillait des plus vives couleurs ;
                        L’azur, la pourpre et l’or éclataient sur ses ailes ;
                        Jeune, beau, petit maître, il court de fleurs en fleurs,
                        Prenant et quittant les plus belles.
                        Ah! disait le grillon, que son sort et le mien
                        Sont différents ! Dame nature
                        Pour lui fit tout, et pour moi rien.
                        je n’ai point de talent, encor moins de figure.
                        Nul ne prend garde à moi, l’on m’ignore ici-bas :
                        Autant vaudrait n’exister pas.
                        Comme il parlait, dans la prairie
                        Arrive une troupe d’enfants :
                        Aussitôt les voilà courants
                        Après ce papillon dont ils ont tous envie.
                        Chapeaux, mouchoirs, bonnets, servent à l’attraper ;
                        L’insecte vainement cherche à leur échapper,
                        Il devient bientôt leur conquête.
                        L’un le saisit par l’aile, un autre par le corps ;
                        Un troisième survient, et le prend par la tête :
                        Il ne fallait pas tant d’efforts
                        Pour déchirer la pauvre bête.
                        Oh! oh! dit le grillon, je ne suis plus fâché ;
                        Il en coûte trop cher pour briller dans le monde.
                        Combien je vais aimer ma retraite profonde !
                        Pour vivre heureux, vivons caché.

                        #146245
                        VictoriaVictoria
                        Participant

                          Le Jeune homme et le vieillard


                          « De grâce, apprenez-moi comment l’on fait fortune,
                          Demandait à son père un jeune ambitieux.
                          – Il est, dit le vieillard, un chemin glorieux :
                          C’est de se rendre utile à la cause commune,
                          De prodiguer ses jours, ses veilles, ses talents,
                          Au service de la patrie.
                          – Oh ! trop pénible est cette vie ;
                          Je veux des moyens moins brillants.
                          – Il en est de plus sûrs, l’intrigue… – Elle est trop vile ;
                          Sans vice et sans travail je voudrais m’enrichir.
                          – Eh bien ! sois un simple imbécile,
                          J’en ai vu beaucoup réussir. »

                          #146246
                          VictoriaVictoria
                          Participant

                            Le Lierre et le thym


                            Que je te plains, petite plante !
                            Disait un jour le lierre au thym :
                            Toujours ramper, c’est ton destin ;
                            Ta tige chétive et tremblante
                            Sort à peine de terre, et la mienne dans l’air,
                            Unie au chêne altier que chérit Jupiter,
                            S’élance avec lui dans la nue.
                            Il est vrai, dit le thym, ta hauteur m’est connue ;
                            Je ne puis sur ce point disputer avec toi :
                            Mais je me soutiens par moi-même ;
                            Et, sans cet arbre, appui de ta faiblesse extrême,
                            Tu ramperais plus bas que moi.

                            Traducteurs, éditeurs, faiseurs de commentaires,
                            Qui nous parlez toujours de grec ou de latin
                            Dans vos discours préliminaires,
                            Retenez ce que dit le thym.

                            #146247
                            VictoriaVictoria
                            Participant

                              Le Pacha et le Dervis


                              Un Arabe à Marseille autrefois m’ a conté
                              qu’ un pacha turc dans sa patrie
                              vint porter certain jour un coffret cacheté
                              au plus sage dervis qui fût en Arabie.
                              Ce coffret, lui dit-il, renferme des rubis,
                              des diamants d’ un très grand prix :
                              c’ est un présent que je veux faire
                              à l’ homme que tu jugeras
                              être le plus fou de la terre.
                              Cherche bien, tu le trouveras.
                              Muni de son coffret, notre bon solitaire
                              s’ en va courir le monde. Avoit-il donc besoin
                              d’ aller loin ?
                              L’ embarras de choisir étoit sa grande affaire :
                              des fous toujours plus fous venoient de toutes parts
                              se présenter à ses regards.
                              Notre pauvre dépositaire
                              pour l’ offrir à chacun saisissoit le coffret :
                              mais un pressentiment secret
                              lui conseilloit de n’ en rien faire,
                              l’ assuroit qu’ il trouveroit mieux.
                              Errant ainsi de lieux en lieux,
                              embarrassé de son message,
                              enfin, après un long voyage,
                              notre homme et le coffret arrivent un matin
                              dans la ville de Constantin.
                              Il trouve tout le peuple en joie :
                              que s’ est-il donc passé ? Rien, lui dit un iman ;
                              c’ est notre grand visir que le sultan envoie,
                              au moyen d’ un lacet de soie,
                              porter au prophete un firman.
                              Le peuple rit toujours de ces sortes d’ affaires ;
                              et, comme ce sont des miseres,
                              notre empereur souvent lui donne ce plaisir.
                              -souvent ? -oui. -c’ est fort bien ; votre nouveau
                              visir
                              est-il nommé ? -sans doute : et le voilà qui passe.
                              Le dervis, à ces mots, court, traverse la place,
                              arrive, et reconnoît le pacha son ami.
                              Bon ! Te voilà ! Dit celui-ci :
                              et le coffret ? -seigneur, j’ ai parcouru l’ Asie ;
                              j’ ai vu des fous parfaits, mais sans oser choisir :
                              aujourd’ hui ma course est finie ;
                              daignez l’ accepter, grand visir.

                              #146248
                              VictoriaVictoria
                              Participant

                                Le Rhinocéros et le Dromadaire


                                Un rhinocéros jeune et fort
                                disoit un jour au dromadaire :
                                expliquez-moi, s’ il vous plaît, mon cher frere,
                                d’ où peut venir pour nous l’ injustice du sort.
                                L’ homme, cet animal puissant par son adresse,
                                vous recherche avec soin, vous loge, vous chérit,
                                de son pain même vous nourrit,
                                et croit augmenter sa richesse
                                en multipliant votre espece.
                                Je sais bien que sur votre dos
                                vous portez ses enfants, sa femme, ses fardeaux ;
                                que vous êtes léger, doux, sobre, infatigable ;
                                j’ en conviens franchement : mais le rhinocéros
                                des mêmes vertus est capable.
                                Je crois même, soit dit sans vous mettre en courroux,
                                que tout l’ avantage est pour nous :
                                notre corne et notre cuirasse
                                dans les combats pourroient servir ;
                                et cependant l’ homme nous chasse,
                                nous méprise, nous hait, et nous force à le fuir.
                                Ami, répond le dromadaire,
                                de notre sort ne soyez point jaloux ;
                                c’ est peu de servir l’ homme, il faut encor lui plaire.
                                Vous êtes étonné qu’ il nous préfere à vous :
                                mais de cette faveur voici tout le mystere,
                                nous savons plier les genoux.

                                #146249
                                VictoriaVictoria
                                Participant

                                  Le Rossignol et le prince


                                  Un jeune prince, avec son gouverneur,
                                  Se promenait dans un bocage,
                                  Et s’ennuyait suivant l’usage ;
                                  C’est le profit de la grandeur.
                                  Un rossignol chantait sous le feuillage :
                                  Le prince l’apperçoit, et le trouve charmant ;
                                  Et, comme il était prince, il veut dans le moment
                                  L’attraper et le mettre en cage.
                                  Mais pour le prendre il fait du bruit,
                                  Et l’oiseau fuit.
                                  Pourquoi donc, dit alors son altesse en colère,
                                  Le plus aimable des oiseaux
                                  Se tient-il dans les bois, farouche et solitaire,
                                  Tandis que mon palais est rempli de moineaux ?
                                  C’est, lui dit le mentor, afin de vous instruire
                                  De ce qu’un jour vous devez éprouver :
                                  Les sots savent tous se produire ;
                                  Le mérite se cache, il faut l’aller trouver.

                                15 sujets de 1 à 15 (sur un total de 18)
                                • Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.
                                Veuillez vous identifier en cliquant ici pour participer à la discution.
                                ×