Livres audio gratuits de la catégorie 'Philosophie' :


DIDEROT, Denis – Entretien d’un philosophe avec Madame la Maréchale de ***

Donneur de voix : René Depasse | Durée : 35min | Genre : Contes


Denis Diderot - Entretien d'un philosophe avec la Madame la Maréchale de ***

L’Entretien d’un philosophe avec Madame la Maréchale de *** est une conversation portant sur la religion, entre la maréchale croyante et le philosophe athée. Ce dernier ne cherche pas à contraindre son interlocutrice à penser comme lui, mais veut seulement lui montrer qu’il est possible d’être bon en dehors d’une loi divine.
« Mais croyez-vous que les terribles ravages que la religion a causés dans les temps passés, et qu’elle causera dans les temps à venir, soient suffisamment compensés par ces guenilleux avantages-là ? Songez qu’elle a créé et qu’elle perpétue la plus violente antipathie entre les nations. Il n’y a pas un musulman qui n’imaginât faire une action agréable à Dieu et au saint Prophète, en exterminant tous les chrétiens, qui, de leur côté, ne sont guère plus tolérants. [...] Dans aucun siècle et chez aucune nation, les opinions religieuses n’ont servi de base aux mœurs nationales. Les dieux qu’adoraient ces vieux Grecs et ces vieux Romains, les plus honnêtes gens de la terre, étaient la canaille la plus dissolue : un Jupiter, à brûler tout vif ; une Vénus, à enfermer à l’Hôpital ; un Mercure, à mettre à Bicêtre.[...] La religion, qui a fait, qui fait et qui fera tant de méchants, vous a rendue meilleure encore ; vous faites bien de la garder. Il vous est doux d’imaginer à côté de vous, au-dessus de votre tête, un être grand et puissant, qui vous voit marcher sur la terre, et cette idée affermit vos pas. Continuez, madame, à jouir de ce garant auguste de vos pensées, de ce spectateur, de ce modèle sublime de vos actions. [...] Si l’on peut croire qu’on verra, quand on n’aura plus d’yeux ; qu’on entendra, quand on n’aura plus d’oreilles ; qu’on pensera, quand on n’aura plus de tête ; qu’on aimera, quand on n’aura plus de cœur ; qu’on sentira, quand on n’aura plus de sens ; qu’on existera, quand on ne sera nulle part ; qu’on sera quelque chose, sans étendue et sans lieu… »
On est loin du ton du Pari de Pascal… et il faut noter que le badinage atténue le rationalisme religieux et le matérialisme chers à Diderot et au siècle des Lumières.

Entretien d’un philosophe avec Madame la Maréchale de ***.

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MILOSZ, Oscar V. de L. – Épître à Storge

Donneur de voix : René Depasse | Durée : 45min | Genre : Philosophie


Lovis Corinth - Homme pensant

Le 14 Décembre 1914, Milosz a connu une illumination, une vision divine qu’il décrit dans L’Épître à Storge, publiée en 1917 : « Vers onze heures du soir, au milieu d’un état parfait de veille, ma prière dite et mon verset quotidien de la Bible médité, je sentis tout-à-coup, sans ombre d’étonnement, un changement des plus inattendus s’effectuer par tout mon corps. Je constatai tout d’abord qu’un pouvoir jusqu’à ce jour-là inconnu, de m’élever librement à travers l’espace m’était accordé ; et l’instant d’après, je me trouvais près du sommet d’une puissante montagne enveloppée de brumes bleuâtres, d’une ténuité et d’une douceur indicibles. » Cette vision poétique d’inspiration mystique est précédée d’un essai métaphysique sur le temps, l’espace, la matière que, seuls, les philosophes accoutumés à pareils hermétismes peuvent apprécier comme il le mérite.

« L’illimité est l’ennemi des échappatoires. Il lui faut la sagesse de l’affirmation totale ou la folie de la négation absolue. Il m’est libre d’assigner des bornes à la matière aussi longtemps que je situe un objet seulement par rapport à un autre, dans un espace d’agencement ou d’orientation ; mais aussitôt que je suppose un total absolu de matière, ce n’est plus par opposition à un objet et dans un espace descriptible, mais bien dans l’immesurable, dans ce que j’appelle l’espace pur, que je lui assigne sa place ; et là, toute détermination s’évanouit. Posé mentalement dans cet espace pur, l’infinitésimal de matière comble l’infini de l’étendue. »
« L’espace et le temps semblent avoir été préparés de longue main pour nous recevoir ; cependant, toutes nos inquiétudes nous viennent du besoin de situer cet espace même et ce temps ; et l’opération mentale par laquelle, faute d’un autre lieu au contenant imaginable, nous leur assignons une place en eux-mêmes, en les multipliant et divisant à l’infini, n’ôte rien de ces terribles angoisses, – de ces angoisses d’amour, Storge, – qui nous poursuivent jusqu’aux confins de la Vallée de l’Ombre de la Mort. »
« Mais nous mourrons, Storge, et nous entrerons dans cet état béni où multiplication, division et rhythme sans cesse insatisfaits trouvent le nombre suprême absolu, et la finale immuable, parfaite, de tout poème. C’est le second amour, Storge, c’est l’Elysium de Maître Goethe, c’est l’Empyrée du grand Alighiéri, c’est l’Adramandoni du bon Swedenborg, c’est l’Hespérie de l’infortuné Hölderlin. Il est déjà ici – mais que désigne, ô Storge, ce mot ici ? – oui, et répandu dans l’universelle matière, dans la matière infinie, donc privée de mouvement et de lieu. »

Épître à Storge.

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MORÉAS, Jean – Le Pas d’armes périlleux – Nietzsche et la poésie

Donneur de voix : René Depasse | Durée : 35min | Genre : Nouvelles


Jean Moréas

Poète symboliste, romancier et essayiste, l’Athénien Ioannis Papadiamantopoulos, dit Jean Moréas (1856-1910), publia Contes de la Vieille France (1904) ; Trois Nouveaux Contes de la Vieille France paraissent, posthumes, en 1924, dont Le Pas d’armes périlleux, récit naïf pour la jeunesse, à la manière des fabliaux, tel Aucassin et Nicolette, sur la naissance de l’amour :

« Avec l’âge, l’amitié des deux enfants s’accrut ; et à la vérité, Nature y apporta du changement. Mais ils ne se doutaient de rien, tant il y avait de l’innocence dans leurs âmes. Le jeune homme allait à la pêche ou montait à cheval ; la jeune fille s’amusait à la maison à quelque ouvrage de tapisserie. Puis ils se revoyaient avec joie, et le temps passait.

Cependant Émeraude laissait parfois son aiguille pour rêver, et Léonatus choisissait à présent les sites les plus sauvages, où il chevauchait plein d’une agitation qu’il ne s’expliquait point. »

Toute différente est l’étude Nietzsche et la poésie, riche de réflexions intéressantes, entre autres, sur Goethe, sur le théâtre classique sans doute pour atténuer la dureté du chapitre du Zarathoustra intitulé Des poètes, dénoncés comme des mystificateurs religieux, des faussaires, des fabricateurs d’images et de mensonges :

« Des poètes je suis las, des anciens et des nouveaux : superficiels sont tous pour moi, et mers sans profondeur.

Jusques aux profondeurs assez ne vinrent leurs pensées ; en sorte que jusqu’aux fonds ne plongea leur sentiment. [...]

Non plus je ne les tiens pour assez propres : ils troublent tous leurs eaux pour qu’elles semblent profondes. »

Le Pas d’armes périlleux.

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TOCQUEVILLE, Alexis (de) – De la démocratie en Amérique (Première Partie)

Donneur de voix : Ahikar | Durée : 7h 31min | Genre : Essais


Alexis de Tocqueville

Alexis de Tocqueville (1805-1859), génie extraordinaire, dont Sainte-Beuve disait qu’il « a commencé à penser avant d’avoir rien appris. » Il y a effectivement un mystère Tocqueville. À un âge où les autres n’en sont qu’à leurs premiers balbutiements, sa pensée a déjà atteint sa pleine maturité.
Ses écrits politiques en font l’égal des plus grands : ils analysent nos démocraties modernes encore à leurs débuts avec la même pénétration d’esprit que Démosthène analysait la démocratie athénienne. Il a la profondeur d’esprit d’un Thucydide ou d’un Sima Qian.
Il substitue à un ordre ancien un ordre nouveau : à un ordre ancien ayant des fondements religieux fait place un ordre laïc. Il voit dans la conversion des idéaux éthiques en institutions l’avenir de l’humanité. Pour lui les démocraties tiendront mieux les hommes que les religions, les lois seront plus efficaces que les sermons, il y aura une plus grande égalité des conditions, une égalité concrète et non plus abstraite. C’était un très grand visionnaire.

« Parmi les objets nouveaux qui, pendant mon séjour aux États-Unis, ont attiré mon attention, aucun n’a plus vivement frappé mes regards que l’égalité des conditions. Je découvris sans peine l’influence prodigieuse qu’exerce ce premier fait sur la marche de la société; il donne à l’esprit public une certaine direction, un certain tour aux lois; aux gouvernants des maximes nouvelles, et des habitudes particulières aux gouvernés. »

Illustration : Alexis de Tocqueville par Théodore Chassériau (1850).

> Écouter un extrait : Introduction.

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MONTAIGNE – Du parler prompt ou tardif – Des prognostications

Donneur de voix : René Depasse | Durée : 18min | Genre : Essais


Tagès

Deux Essais (Livre I, chapitres 10 et 11)  sur l’éloquence et sur les oracles :
« Aussi voyons-nous que pour le don de l’éloquence, les uns ont facilité et promptitude, et, comme on dit la répartie si aisée, qu’à tout bout de champ ils y sont prêts. Les autres, plus lents, ne disent jamais rien qui n’ait été élaboré et prémédité. On conseille aux dames de pratiquer les jeux et exercices du corps qui avantagent ce qu’elles ont de plus beau. De la même façon, si j’avais à donner mon avis sur les deux avantages différents de l’éloquence dont, à notre époque, il semble que les prédicateurs et les avocats fassent surtout profession, je verrais mieux le lent en prédicateur, et l’autre en avocat. » (Du parler prompt ou tardif)

« J’ai éprouvé de semblables mouvements, peu raisonnés, mais faits de persuasion ou de dissuasion violentes, si fréquents chez Socrate dit-on, par lesquels je me suis laissé emporter si utilement et avec tant de succès que l’on pourrait les considérer comme ayant quelque chose à voir avec l’inspiration divine. » (Des prognostications)

Traduction de Guy de Pernon, avec les titres modernisés Sur la répartie facile ou tardant à venir (I, 10) et Sur les prophéties (I, 11).

Du parler prompt ou tardif.

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PLATON – Théagès

Donneur de voix : Francis | Durée : 43min | Genre : Philosophie


Buste de Socrate (Musée du Louvre)

« Dèmodocus : Socrate, j’aurais grand besoin de t’entretenir en particulier, si tu en as le loisir, et si tu ne l’as pas, je te supplie de le prendre pour l’amour de moi, à moins que tu n’aies quelque affaire d’importance.

Socrate : J’ai du loisir maintenant et particulièrement pour toi : si donc tu veux me parler, je suis tout prêt.

Démodocus : Veux-tu que nous nous retirions ici, sous le portique de Jupiter Libérateur ?

Socrate : Comme tu voudras. »

Traduction : Victor Cousin (1792-1867).

Théagès.

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FONTENELLE, Bernard (de) – Du bonheur (Version 2)

Donneur de voix : René Depasse | Durée : 35min | Genre : Essais


Fontenelle Du bonheur

Dans l’essai paru en 1724 Du bonheur, Fontenelle essaye de convaincre le lecteur de sa conception du bonheur en analysant le comportement humain vis à vis de cette notion.
« Le bonheur est en effet bien plus rare que l’on ne pense. Je compte pour heureux celui qui possède un certain bien que je désire, et que je crois qui ferait ma félicité : le possesseur de ce bien-là est malheureux ; ma condition est gâtée par la privation de ce qu’il a, la sienne l’est par d’autres privations. Chacun brille d’un faux éclat aux yeux de quelque autre, chacun est envié pendant qu’il est lui-même envieux ; et si être heureux était un vice ou un ridicule, les hommes ne se le renverraient pas mieux les uns aux autres. »

« Nous regardons ordinairement les biens que nous font la nature et la fortune comme des dettes qu’elles nous paient, et par conséquent nous les recevons avec une espèce d’indifférence ; les maux au contraire nous paraissent des injustices, et nous les recevons avec impatience et avec aigreur. Il faudrait rectifier des idées si fausses. Les maux sont très communs, et c’est ce qui doit naturellement nous échoir : les biens, sont très rares, et ce sont des exceptions flatteuses faites en notre faveur à la règle générale. »

Ce texte est parfois assez difficile à suivre à l’audition et la version-texte est la bienvenue pour ceux qui ont « le bonheur » de voir.

Du bonheur.

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JOLY, Maurice – Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu (Dialogues 18 à 25)

Donneurs de voix : Projet collectif | Durée : 2h 7min | Genre : Philosophie


Maurice Joly - Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu

Les  vingt-cinq entretiens du Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu sont destinés à éclairer la pensée de Machiavel que l’on considère généralement comme un cynique et un manipulateur. Il est vrai qu’il dit dans Le Prince : « Sur cela s’est élevée la question de savoir s’il vaut mieux être aimé que craint, ou être craint qu’aimé ? On peut répondre que le meilleur serait d’être l’un et l’autre. Mais, comme il est très difficile que les deux choses existent ensemble, je dis que, si l’une doit manquer, il est plus sûr d’être craint que d’être aimé. » Mais Nietzsche le porte aux nues : « Le Prince, de Machiavel, traité brillantissime sur l’exercice du pouvoir, mériterait d’être mieux lu par ceux qui nous gouvernent. » Il ne serait pas seulement cynique, mais le père du pragmatisme en politique.

Que penser  de cette  constatation désabusée : « Chacun sait combien il est louable, pour un prince, de garder la foi et de procéder rondement et sans finesse. Mais l’expérience de ces temps-ci nous montre qu’il n’est arrivé de faire de grandes choses qu’aux princes qui ont fait peu de cas de leur parole et qui ont su tromper les autres ; alors que ceux qui ont procédé loyalement s’en sont toujours mal trouvés à la fin. » ?

Ce long dialogue  fictif, ce duel théâtral  enfin clos  est  encore source de réflexion en 2013…

Les dialogues précédents : Dialogues 1 à 8Dialogues 9 à 17

> Écouter un extrait : Dialogues 18 et 19.

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