Le Grand Dieu Pan

« Villiers, cette femme, si je puis l’appeler une femme, a corrompu mon âme.
La nuit même de mes noces me vit assis, dans la chambre d’hôtel, et qui l’écoutais parler. Je l’écoutais parler, je l’écoutais parler, de cette voix merveilleuse, parler de choses que maintenant encore, je n’oserais pas chuchoter à la plus noire des nuits, dans la plus vaste des solitudes. Vous, Villiers, vous croyez connaître la vie, Londres et ce qui va et vient dans cette cité d’épouvantes. […] Mais vos rêves les plus fantastiques, les plus hideux, n’ont pu enfanter l’ombre de ce que j’ai entendu – et vu. Oui, vu, j’ai vu l’incroyable, des choses telles que parfois, arrêté au milieu des rues, je me demandais comment un homme pouvait les avoir vues – et vivre. »

Le Grand Dieu Pan d’Arthur Machen (1863-1947), maintenant reconnu comme un classique de la littérature fantastique, dut affronter à sa sortie en 1894 les foudres de la critique victorienne qui y voyait une œuvre dégénérée et sinistre, avec des références sexuelles implicites.

Pourtant, Arthur Machen sait mieux que quiconque dépeindre la sourde terreur qui s’empare de l’homme face à l’indicible. Dans de cossus salons victoriens, des gentlemen frémissent d’horreur en refermant des livres interdits. L’horreur est au-delà des mots, elle ne peut être évoquée que par allusions, à voix basse.

Pour Stephen King, Le Grand Dieu Pan est l’un des meilleurs récits d’épouvante jamais écrit, et peut-être le meilleur en langue anglaise. Il fut aussi une inspiration pour Lovecraft, qui admirait le talent de Machen pour distiller au fil des pages une angoisse sourde et insidieuse.

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Traduction : Paul-Jean Toulet (1867-1920).

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Remarques :

Consulter la version texte de ce livre audio : Partie 01, Partie 02, Partie 03, Partie 04.

Références musicales :

Friedrich Lux, Quartet à cordes op. n°58 – IV. Lento; allegro, interprété par Steve’s Bedroom Band (licence Cc-By-Sa-3.0).

Livre ajouté le 01/11/2018.
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Lu par Vincent de l'Épine

Suggestions

20 Commentaires

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  1. Bonjour Frétillant,
    Je ne vois ce message qu’aujourd’hui. Je vous remercie sincèrement pour votre “petit” mot très encourageant ; heureux que ma lecture vous ait plu !
    Mais ce n’était pas bien difficile avec ce court roman vraiment fascinant. L’horreur pré-Lovecraftienne se marie fort bien avec l’atmosphère victorienne. On touche là à l’oeuvre la plus emblématique, à mon sens, de “l’horreur suggérée”, que dis-je, à peine effleurée tellement elle est monstrueuse. D’ailleurs, j’avertis les autres audio-lecteurs que votre commentaire ci-dessous révèle une petite partie de l’histoire 🙂 !
    Concernant “Le frêne”, vous êtes sacrément observateur ! S’agissant d’une traduction, il ne peut s’agir que d’un hasard… Encore une fois, le diable est parvenu à nous faire croire qu’il n’existait pas !

    1. Bonjour WEDLEY…
      … alors qu ‘ il mène la danse !
      Ceci dit… c’ est fort à propos que PATTI… il y a 3 ans… nous a remis en mémoire un dieu PAN de la mythologie grecque de meilleure compagnie que celui de MACHEN… qui… comme le dit si bien votre compère… euh… commère !… Pauline P…. en a fait un oncle du Nyarlathotep de LOVECRAFT… Chez les Grecs il avait quelque chose ( ” que rigoureusement ma mère m ‘ a defendu de nommer ici ” ) de… sautillant… de fretillant même… voire de… croustillant !
      Ityphallique ( merci ARTHUR… non… pas lui… l’ autre ! ) d’ avoir enrichi mon vocabulaire… Ityphallique sacripan… t… qui se retrouvait le plus souvent… le bec dans l ‘ eau… et repartait la queue entre les jambes… Au fil du temps… il finit par devenir la personnification du Grand Tout.. et de l’ effroi sacré qu ‘ il inspire aux humains… jusqu’ au célèbre… ” Le Grand PAN est mort ! “… Je me demande si l ‘ abominable vision qu’ en a MACHEN… ne lui a pas été inspiree par les interpretations de la ” Golden Dawn “… cette ésotérique société rosicrucienne à laquelle il adhera… comme de nombreux intellectuls de l ‘ époque… Savoir ce qui se chuchotait dans ces lieux d’ initiation !?
      Avant de vous quitter… une question… à tout hasard… Avez-vous lu le ” Malpertuis ” de Jean RAY… et sa terrifiante nouvelle. ” La ruelle ténébreuse ” ? Pour le fort improbable cas où vous ne l ‘ auriez pas fait… courez-y ! D’ infernales figures de la mythologie grecque y salivent méchamment à la pensée de la panique dans laquelle elles vont vous jeter *!
      Cordial salut…

  2. WEDLEY… Bonjour…
    Écouté deux fois… ma façon de célébrer La Nuit de Walpurgis… Du balai SATANAS !… ce grand classique de la littérature fantastique… qui a très profondement influencé LOVECRAFT… avec POE… HODGSON… SMITH… et d ‘ autres… LOVECRAFT est… le David BOWIE de la littérature fantastique !
    … en moins beau… c’ est sûr… mais la beauté ne se mange pas en salade… et moi je ne vous en raconte pas… Mon jugement vous laisse… 🤔… bien bien… je m ‘ explique… Tous deux ont eu le don de capter l’ essence de ce qui se créait dans leur art propre et à partir de vampiriques absorptions
    de donner naissance à une création originale… unique…
    Cette histoire de MACHEN mérite bien la gloire qui est sienne… tant par l ‘ action elle-même que par l’ atmosphère qui la nimbe… Un seul petit reproche de ma part… MACHEN fait dependre l ‘ ouverture à la vision de PAN de la malheureuse MARY… d’ un bidouillage chirurgical… qui m ‘ a irrésistiblement rappelé l’ ouverture du troisième oeil tel que le rapporte… LOBSANG RAMPA…
    ce plombier londonien qui se pretendait… lama tibetain ! 😂… ( ce qui n’ empêche pas le grand plaisir et le grand intérêt pris à la lecture de ses fantasmatiques ouvrages )… cete spirituelle ouverture se faisait chez lui en forant un trou… à l ‘ aide d’ une chignole !… 😱… au beau milieu du front de l ‘ adepte !… ce qui aurait dû nous mettre la puce à la troisième oreille !… Pardonnons à MACHEN… ces bistouriques bricolages étaient dans l’ air de son temps… on en trouve à foison… depuis FRANKENSTEIN… dans la production fantastique d ‘alors… et d’ après… d ‘ ailleurs…
    Etant d’ une nature plus… éthérée… m ‘ aurait mieux plu que la vision de ce lubrique dieu se manifeste par le moyen d’ une operation magique ou d ‘ une quelconque aventure psychique… Ce n’ est qu ‘ un detail… De toute manière… MARY se retrouve engrossee… et son incubique progéniture est bien loin d’ avoir les charmes d ‘ un MERLIN L’ ENCHANTEUR … ( la Vierge MARIE c ‘ est encore autre chose )…
    Votre lecture… WEDLEY… avec la musique qui la ponctue… empêche le lec… l’ auditeur… d ‘ en sortir un seul instant… vous etiez au mieux de votre forme ! Quant à l’ illustration… elle fait la pige à toutes les illustrations de couvertures des nombreuses editions… françaises… L ‘ avez-vous reprise d’ une édition anglaise… ou autre… ou est-ce une decouverte personnelle ? Un tableau… SAISISSANT !… d ‘ un peintre inconnu à mon bataillon…
    Fantastiquement vôtre … 👻👻👻…

    Ps… J’ ai aussi réécouté ” Le frêne “… remarqué ce que je n ‘ avais jamais remarqué encore…
    FRENE = ENFER ! Anagramme que l’ histoire confirme de bout en bout… jusqu ‘ aux flammes finales…

    1. 🤭🤭🤭… C ‘ est la couverture de l’ edition ” Terres de brume ” !. .. remarquable collection… entre parenthèses… J ‘ en ai plusieurs volumes… dont deux MACHEN… mais… faisant totalement confiance à la traduction de PJ TOULET… je n’ ai pas eu le desir d ‘ essayer cette nouvelle traduction…

  3. Merci, grand merci de ton retour chère Pauline, je suis heureux que tu aies apprécié ce texte fascinant !
    Pour la musique, c’était le fruit d’une très longue recherche ! Je recherchais une ambiance musicale inquiétante, mais surtout annonciatrice de terreurs à venir : ce lent crescendo s’est donc imposé à moi à la première écoute. Cela m’a permis en outre de découvrir Friedrich Lux, un compositeur que je ne connaissais pas.

  4. Envoûtant… Hypnotique… Rien à rajouter sur la diction incomparable de Vincent pour suggérer ce que le texte ne dit pas, ni sur l’effet de cette superbe musique – j’ai beaucoup aimé la forme narrative complexe, et l’épouvante qui préfigure en effet beaucoup Lovecraft… Pan ne serait-il pas l’oncle par alliance de Nyarlathotep ?
    Je suis bien heureuse de n’avoir pas eu d’accident en écoutant tout cela dans ma voiture… car je n’étais guère concentrée sur la route !
    😉

  5. Merci Fabrice, c’est un magnifique compliment que vous me faites là ; je vais le garder précieusement ! Heureux que vous ayez apprécié cette oeuvre fascinante et à très bientôt !
    Vincent

  6. monsieur

    felicitation

    ce recit EST des plus prenant et votre voix EST desormais indissociable a ce recit…boys gagner un fidele de plus desormais qui wcouteras ce que vous lirez….merci

  7. Merci Catherine, vous illuminez ma journée !
    Je suis heureux de vous avoir fait apprécier ce récit d’Arthur Machen. Il n’y avait pas eu beaucoup de réactions à ce livre audio et je suis très heureux de constater qu’il est écouté:-)
    A bientôt pour d’autres découvertes !

  8. Brrrr…Il y a des histoires qui font peur, mais c’est sans compter sur le talent de ceux qui les racontent. Et dans ce domaine vous êtes HORRIBLEMENT doué! J’en frissonne encore! Merci pour ce voyage littéraire aux confins de la peur. Je vous y ai accompagnée avec le plus effrayant des plaisirs !! Continuez à nous enchanter de ce talent si particulier que vous avez à marier avec tant de justesse votre narration à de si judicieuses atmosphères musicales ! Bonne continuation! PS: merci à Patti pour sa parenthèse culturelle; j’ai pris des notes

  9. Merci Luc !
    Heureux d’avoir su vous entraîner dans ces sombres contrées parmi ces infernales merveilles. Je suis d’accord avec vous, chez Arthur Machen, l’angoisse est au-delà des mots et s’insinue sournoisement. On peut ne pas aimer cette narration très elliptique, mais j’avoue qu’elle a sur moi un effet très profond.
    J’espère que vous avez apprécié votre séjour en Ecosse. J’y ai là-bas de bons amis : David Balfour, et les frère Durie.
    Chì mi thu a dh ’aithghearr !

  10. Merci Vincent de l’Epine pour cette lecture sobre qui laisse suinter le mystère.
    Merci pour cette découverte, on ressent dans ce texte quelques échos d’Edgar Allan Poe et les prémisses de Lovecraft…
    Un texte conçu comme un kaléidoscope ; on ne nous donne à apercevoir que quelques reflets d’un tout, le fond du sujet est à peine évoqué, laissant libre cours à notre imagination…
    écouté lors d’une nuit d’insomnie au fin fond des highlands, avec pour seul compagnon le vent.

    J’apprécie beaucoup vos illustrations musicales, toujours fort adaptées au texte.

  11. Merci à vous deux, Klaus et Patty !
    Patty, merci également pour votre contribution très érudite au contenu de cette page. J’ignorais, entre autres, que le mot “Panique” tirait son étymologie du nom du Dieu Pan.
    Je suis heureux que vous ayez apprécié cette lecture, qui me tenait beaucoup à coeur. Au plaisir de vous retrouver au fil d’autres lectures.

  12. Pan, révèlé sous mille aspects divers et contradictoires: Esprit de la Terre, Compagnon des esprits simples et joyeux, Dieu des bois, des champs et de la fertilité, fils d’Hermès Messager des Dieux et d’une nymphe arcadienne.
    Mi-homme, mi-bouc, il en avait les cornes, les sabots et les oreilles. Pan était le Dieu des bergers, l’un de ses attributs était la flûte syrinx( la flûte de Pan à 7 tuyaux) née de la tranformation de la nymphe Syrinx en roseau alors qu’elle cherchait à lui échapper. Musicien, il tentait de séduire ardemment les nymphes des bois en jouant quand elles dansaient. Mais Pan à cause de sa laideur et de sa difformité,était éternellement repoussé. Il conquit cependant Echo et Séléné(il se transforma pour cela en un bélier au blanc pelage). Les lieux de prédilection de Pan étaient les montagnes, les grottes, les lieux sauvages(peut-être en référence aux côtés cachés, sombres de l’âme humaine), mais son endroit favori était l’Arcadie où il était né.
    L’origine du mot panique vient de la peur qu’il suscitait auprès des voyageurs.
    Il est dit qu’il aida Hermès à remettre en place les tendons sectionnés de Zeus lors du duel avec Typhon, lui permettant ainsi de reprendre la lutte.
    Dans” les oracles ” de Plutarque il est dit, vers le temps d’Auguste, un navigateur avait entendu sur la mer des voix mystérieuses annonçant ” la mort du Grand Pan “, du dieu qui en était venu à incarner le Tout, en grec Pan signifie ” Tout “, l’Univers pour les philosophes et les mythographes.
    Victor Hugo en un fait un satyre dans son poème ” Feuilles d’Automne “, Nerval ” un sentiment du Beau, de l’Harmonie des Planètes, de la Mélodie.
    En résumé, le culte de Pan est la glorification de l’immuable diversité, l’affirmation de l’unité de substance, de l’égale nécessité de l’homme et de la Nature, de la matière et de l’esprit.
    A vous de choisir: Le Diable déguisé en Pan ou Pan, Puissance Solaire au Jardin des Délices.
    Sans nul doute il donne à réfléchir sur l’Apparence des choses.
    En tous cas, bravo et merci Monsieur De l’Epine pour votre admirable et passionnant récit. Egal à vous-même pour notre plus grand plaisir.